Adieu camarade Giap

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Le général Võ Nguyên Giap D.R.

Le vaillant guerrier qui a brisé les reins au colonialisme français ainsi qu’à l’impérialisme américain nous a quittés. Le grand général Giap qui n’avait fait ni West Point ni Saint Cyr mais qui avait été formé dans la meilleure école, celle de la vie, n’est plus. Quand l’Algérie était encore la Mecque des révolutionnaires, défilaient en permanence sur le tarmac de l’aéroport des grands hommes comme Mao Zedong, Che Guevara, Fidel Castro, l’Oncle Hô, accueillis par le défunt président Boumediene. Cette époque révolue produisait des hommes de valeur et de courage qui n’ont jamais plié devant l’oppression. C’était le temps où la baie d’Alger resplendissante conjuguait sa lumière avec celle de ces grands personnages de l’Histoire. Depuis lors, nous nous sommes éloignés des eaux profondes de l’honneur et celles-ci ne connaissent plus le passage des combattants de la dignité humaine, nos navires ont accosté dans la félonie et la traîtrise, et ces personnages qui ont tant donné dans leur vie partent dans le silence quasi total d’un monde délabré qui s’est transformé en cimetière des idéaux. Nous sommes dans une ère nouvelle qui ne produit pas de grandeur. Ô terre du Viêt Nam, pleure tes héros qui ont sacrifié leur jeunesse, vécu l’enfer des prisons, lutté dans la guérilla contre l’ennemi et dont le parfum du petit matin était l’odeur du napalm et des chairs brûlées, pleure ton pays reconverti dans l’économie de marché. Pleure Viêt Nam, et que tes pleurs riment avec les larmes de l’Algérie oublieuse de ses martyrs qui ne reviendront pas cette semaine. Le général Giap, fidèle ami de l’homme aux sandales de caoutchouc, a tenu tête à deux grandes puissances occidentales, la France et les Etats-Unis, qu’il a vaincues après qu’elles aient ravagé tout ce qui est beau dans le Viêt Nam d’Hô Chi Minh. Les astres scintillants que furent le camarade Giap et l’Oncle Hô s’éteignent, plongeant le monde dans les ténèbres, mais l’Histoire gardera ces deux noms gravés dans le bronze en lettres d’or. Ils n’aimaient pas le faste et ne se battaient pas pour les jouissances terrestres comme la plupart des pseudos guerriers Hi Tech d’aujourd’hui. Quand le mot révolution avait toute sa signification, ces braves ont soulevé des nations et ont fait de leur peuple des hommes libres, leur donnant les soins gratuits, l’enseignement, l’éducation, les réformes agraires, et en abolissant  la servitude et l’esclavagisme colonialiste que certains de nos jours considèrent comme un modèle.Dans l’autobiographie d’Hô Chi Minh, un passage marquant est celui où il raconte son arrivée à Marseille ; il débarquait du bateau dans lequel il travaillait aux cuisines et se trouvait sur le port. Une femme s’approcha de lui et lui demanda du feu pour allumer sa cigarette, il le lui tendit et elle le remercia d’un « merci Monsieur ». Le grand Hô Chi Minh, fondateur du Viêt Nam, se fit appeler pour la première fois de sa vie «Monsieur ». Il était tellement surpris qu’il a répété en boucle tout en marchant : « merci Monsieur, merci Monsieur ». C’est dire la façon dont les colonialistes français traitaient le peuple frère du Viêt Nam. Cette anecdote est tirée de sa biographie à lire absolument. Ce jeune homme qui débarquait en France au début des années 1920 en sandales de caoutchouc et les poches trouées allait jeter à la mer les colonialistes français quelques années plus tard. Lors d’une de ses nombreuses visites en Algérie, le général Giap a vu dans le cortège protocolaire d’accueil, le colonel Zerguini dont il gardait un souvenir amer pour ses exactions lorsqu’il était dans l’armée française et il a refusé de descendre de l’avion, refusant de serrer la main de l’un des bourreaux de son peuple. Zerguini fut écarté du comité d’accueil et le général Giap put descendre de l’avion pour se rendre directement chez son ami, notre camarade Kateb Yacine, dans son modeste appartement à Ben Aknoun, où se croisaient les révolutionnaires de tous les pays, alors qu’il était attendu à la présidence. Dans « la maison du bon dieu », comme on la surnommait, où il m’est arrivé de passer et que j’appelais « le carrefour de la révolution », on rencontrait aussi des hommes de plume, des artistes, des scientifiques, des cinéastes, des poètes, des peintres, des musiciens. Le général Giap préférait l’appartement de Kateb Yacine aux palaces et aux honneurs. En effet, ces hommes-là ne se battaient pas pour des villas, des lots de terrain, ou des comptes off shore. Ils luttaient pour des idéaux tels que la justice sociale, la liberté, la dignité et l’honneur. Le général Giap est parti rejoindre Larbi Ben M’Hidi, Ali La Pointe, le petit Omar, Che Guevara, Abou Dhar Al Ghafari, le maréchal Joukov, le maréchal Tito, Mahjub, Abu Ali Mustapha, Marcel De Ruytter, Mohamed Boudia et tant d’autres braves qui ont inscrit leur nom dans l’Histoire à jamais et dont se souviendront les progressistes de toute la planète. Quant à la lie, elle passera son chemin. Qu’allons-nous retenir à part le courage, la bravoure et l’honneur ? Le reste n’est éphémère et ceux qui veulent construire des châteaux sur des sables mouvants, allez-y, Messieurs, montrez-nous l’effroyable balafre qui défigure le visage de l’humanité. Allons-nous un jour contempler le bûcher des braves révolutionnaires qui ont combattu la face sombre de l’homme ? Nous avons vu des foules déchaînées déboulonner les statues de leurs libérateurs et traîner dans la boue la mémoire des révolutionnaires qui se sont sacrifiés pour elles. Nous assistons médusés aujourd’hui au spectacle de peuples qui veulent être recolonisés à nouveau, tant la graine de la félonie a germé partout. Le général  Võ  Nguyên  Giap, ami fidèle de l’Algérie, et ses camarades resteront un hymne de la liberté face à la barbarie coloniale.

« Rapidité, audace et victoire sûre ». Adieu camarade.

Mohsen Abdelmoumen

Article publié dans Algeriepatriotique le 5/10/2013

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