ArcelorMittal : La sidérurgie se meurt à Liège

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Des salariés d’ArcelorMittal se protègent des canons à eau avec une banderole, le 25 janvier 2013 à Bruxelles.
(Photo > LNR D. R.)

L’histoire de la métallurgie liégeoise remonte au Moyen-Age, mais elle prit toute son ampleur en 1817, avant même la naissance de l’Etat belge, lorsque le britannique John Cockerill fonda sa première usine à Seraing afin de produire l’acier dont il avait besoin pour construire ses machines à tisser. Le bassin sidérurgique liégeois connut alors son âge d’or jusqu’au début des années ’80 où les activités sidérurgiques de Liège et de Charleroi fusionnèrent et prirent le nom de Cockerill Sambre. Jusque là, la Région Wallonne, donc l’Etat, était actionnaire majoritaire de l’entreprise, mais en 1998, elle céda ses parts au groupe français Usinor. Commença alors la lente agonie de la sidérurgie liégeoise, abandonnée par le pouvoir politique et livrée aux mains du capitalisme carnassier.

En 2002, Usinor fusionna à son tour avec les groupes Arbed et Aceralia pour former Arcelor. Ce dernier annonça, début 2003, ses nouvelles orientations stratégiques visant à privilégier de gros  investissements aux lignes à chaud sur des sites plus performants situés dans le nord du pays en bord de mer. Cette décision devait conduire à la fermeture d’un des deux hauts-fourneaux de Liège début 2005, ainsi qu’à l’arrêt de la ligne à chaud en 2009. L’année suivante, suite à une OPA lancée par Mittal Steel sur Arcelor, le groupe ArcelorMittal fut créé. Le géant de la sidérurgie annonça, début 2008, l’abandon du projet de fermeture de la ligne à chaud liégeoise et rouvrit, en février, le haut-fourneau de Seraing, pour le fermer à nouveau en novembre. En novembre 2009, le laminoir de Chertal fut toutefois relancé et en avril 2010, c’est le haut-fourneau d’Ougrée qui reprit du service, apportant près de 600 emplois directs pour le bassin sidérurgique. Mais en mars 2011, la direction du groupe annonça l’abandon des investissements pour la phase liquide à Liège, ce qui provoqua de nombreuses tensions sociales accompagnées d’actions syndicales de plus en plus virulentes. En octobre 2011, la direction d’ArcelorMittal annonça aux syndicats la fermeture de la phase à chaud liégeoise et la perte de plus de 800 emplois.

En septembre 2012, le groupe menaça de retirer un plan d’investissement de 138 millions d’euros dans la phase à froid, plus précisément dans la fabrication d’acier plat à haute valeur, si un accord n’était pas trouvé sur l’aspect social de la restructuration du « chaud ». Deux mois plus tard, les travailleurs rejetèrent une première version du plan social proposé par la direction pour accompagner la fermeture de deux hauts fourneaux, de l’aciérie et des coulées continues sur le site de Liège. Fin novembre 2012, soit plus d’un an après l’annonce de la fin de la phase à chaud, direction et syndicats conclurent un préaccord sur le plan social devant accompagner la fermeture de la phase liquide après de longues négociations houleuses.

Un accord ayant enfin été conclu, le groupe annonça qu’il allait poursuivre son plan d’investissement de 138 millions d’euros dans le « froid ». Cependant, depuis cette annonce, tout contact fut rompu sur fond du départ du directeur de communication du groupe, en place depuis plus de 20 ans. La direction ne répondait plus aux syndicats ni au gouvernement wallon, se bornant à exiger des représentants des travailleurs que les conventions sur les prépensions soient signées « sans quoi plus rien de ce qui a été négocié ne tiendra ». La menace d’arrêt des activités du groupe est alors mise en avant.

Ce jeudi 24 janvier, la direction d’ArcelorMittal a annoncé l’arrêt de six lignes « à froid », ce qui envoie 1300 travailleurs au chômage, sans compter tous les sous-traitants liés à la production. Cette décision  a engendré un grand mouvement de protestation et a mené les métallos à manifester à Bruxelles le 25 et à Namur le 29. Cette dernière mobilisation qui comptait plus de 2000 manifestants visait à protester devant le gouvernement wallon afin qu’il nationalise l’outil de travail. Les métallos, pourtant dans leur droit, ont été accueillis par les forces anti-émeute et des autopompes qui les ont empêchés d’entrer dans le périmètre de sécurité de « l’Elysette », siège du gouvernement wallon, à coup de gaz lacrymogènes. Les manifestants ont répliqué par des jets de pavés et de sachets de peinture. Les représentants syndicaux ont été reçus par les ministres wallons afin de leur soumettre leurs doléances.

Il est à signaler qu’ArcelorMittal a profité d’un système appelé « intérêts notionnels » qui permet à une société de déduire de ses bénéfices un montant équivalent à un pourcentage du capital de la société afin de mettre sur le même pied, d’un point de vue fiscal, une société qui se finance en empruntant et une autre qui se finance en augmentant son capital. Une société qui emprunte de l’argent peut en effet déduire les intérêts de son emprunt. On a donc créé, depuis le premier janvier 2006, une mesure qui offre l’avantage de déduire un taux fictif sur le capital. Ce taux a toutefois diminué au fil du temps, en raison de la baisse générale des taux dans les marchés et est tombé de 4,47 % en 2009 à 3 % actuellement. Ainsi ArcelorMittal a payé en 2010, seulement 496 euros d’impôts pour les revenus de l’année 2009, au cours de laquelle le groupe a engrangé un bénéfice de 1,3 milliards d’euros ! Pour 2010, le groupe n’a pas payé un seul centime d’impôts malgré un bénéfice en hausse de 1.39 milliards. No comment…Le service d’étude du PTB avait déjà souligné le fait qu’ArcelorMittal n’ait payé que 496€ d’impôts lors de l’exercice 2010, portant sur les revenus de l’année 2009 au cours de laquelle le groupe dégageait un bénéfice de 1,3 milliard. Pour 2010, la même source nous informe, étude à l’appui, qu’ArcelorMittal n’a pas payé le moindre euro d’impôt malgré un bénéfice en hausse à 1,39 milliard.Le service d’étude du PTB avait déjà souligné le fait qu’ArcelorMittal n’ait payé que 496€ d’impôts lors de l’exercice 2010, portant sur les revenus de l’année 2009 au cours de laquelle le groupe dégageait un bénéfice de 1,3 milliard. Pour 2010, la même source nous informe, étude à l’appui, qu’ArcelorMittal n’a pas payé le moindre euro d’impôt malgré un bénéfice en hausse à 1,39 milliard.Le service d’étude du PTB avait déjà souligné le fait qu’ArcelorMittal n’ait payé que 496€ d’impôts lors de l’exercice 2010, portant sur les revenus de l’année 2009 au cours de laquelle le groupe dégageait un bénéfice de 1,3 milliard. Pour 2010, la même source nous informe, étude à l’appui, qu’ArcelorMittal n’a pas payé le moindre euro d’impôt malgré un bénéfice en hausse à 1,39 milliard.Le service d’étude du PTB avait déjà souligné le fait qu’ArcelorMittal n’ait payé que 496€ d’impôts lors de l’exercice 2010, portant sur les revenus de l’année 2009 au cours de laquelle le groupe dégageait un bénéfice de 1,3 milliard. Pour 2010, la même source nous informe, étude à l’appui, qu’ArcelorMittal n’a pas payé le moindre euro d’impôt malgré un bénéfice en hausse à 1,39 milliard.

A ce jour, les travailleurs ont repris le travail mais d’autres actions sont prévues ultérieurement à Luxembourg et à Strasbourg devant les différentes instances du Parlement européen. La situation reste très tendue dans le monde de la sidérurgie à Liège et promet de défrayer la chronique dans les semaines à venir tant l’enjeu est vital pour toute la région.

On ne peut que constater les dégâts incommensurables sur des régions entières et leurs populations provoqués par le groupe ArcelorMittal à Liège et en Europe. N’oublions pas que Lakshmi Mittal est un pur produit du capitalisme et de la banque Goldman Sachs dont sont issus des chefs de gouvernement européens. L’emprise du monde corrompu de la finance sur les politiques est dévastatrice pour les travailleurs et les peuples du monde.

En Algérie, où ArcelorMittal a de grands problèmes avec les syndicalistes du complexe sidérurgique d’El-Hadjar à Annaba, fleuron de la sidérurgie algérienne et la plus grande infrastructure africaine, la méfiance s’impose par rapports aux agissements du groupe qui n’hésite pas à licencier des milliers de travailleurs. Car, peut-on dire que le groupe Mittal est un modèle de partenariat pour l’Algérie ? La réponse est bien entendu NON, en entendant les échos des ravages sociaux causés par ces sociétés multinationales sans patrie et sans honneur, et qui ne pensent qu’à récolter des profits plantureux au dépends de la souffrance et de la misère des travailleurs et de leurs familles. Retenons donc la leçon, nous Algériens : autorités, représentants syndicaux et travailleurs, des méfaits de ces multinationales qui ne voient en nous que des vaches à traire.

« Il est grand temps de remplacer l’idéal du succès par celui du service », Albert Einstein.

 Mohsen Abdelmoumen et Jocelyne De Ruytter

Article publié dans La Nouvelle République le 2/02/2013

 

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