Le 5 juillet d’un Algérien à Verviers

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l’orchestre symphonique national algérien LNR D.R.

 

Tout était parfait ce 5 juillet à Verviers, en Belgique. Les âmes de Ben M’Hidi, de Ben Boulaïd, de mon grand-père maternel Saïd Mokrani torturé et fusillé par les paras sanguinaires, du grand résistant belge Marcel De Ruytter fusillé par les nazis, et de tous les chouadas tombés pour un juste combat, fusionnaient dans le théâtre verviétois. L’hymne national belge et notre hymne national Kassaman ont fait vibrer l’espace et le temps, rendant hommage à nos deux nations et rappelant à ceux qui s’en souviennent que des belges valeureux s’étaient impliqués dans notre lutte pour l’Indépendance dans ce qu’on appelait le Front du Nord. Kassaman était un tonnerre de dieu qui a pris aux tripes tous les Algériens présents dans la salle. L’Orchestre symphonique national d’Algérie nous a proposé un répertoire très riche, allant d’Henri Vieuxtemps jusqu’à La Symphonie n°9 en mi mineur dite du Nouveau Monde d’Anton Dvorak, en passant par la Csardas pour flûte et orchestre de Vittorio Monti, des airs du terroir algérien dont l’incontournable Ya rayah du grand chanteur Dahmane al Harachi, ponctué par des youyous enthousiastes, et envoûtant l’auditoire avec la musique du patrimoine algérien comme Bakhta et Gouraya dans leur version classique. Le public était subjugué par cette symbiose entre la mélodie algérienne et les grands classiques occidentaux. C’était un très beau mariage de styles. Dans le public, il y avait des Algériens résidents, tels le jeune Aïd, heureux d’entendre Kassaman dans la salle de spectacle, son copain Ammi Ahmed le ferronnier ému jusqu’aux larmes, Yacine qui brandissait le drapeau national en criant « Tahia Djazaïr » et Mohamed qui s’était déplacé de Charleroi rien que pour humer le parfum de notre mère patrie. Une jeune fille, Amel, m’a avoué qu’elle avait le sentiment de se retrouver au pays de ses parents et en pleurait d’émotion. Catherine, elle, était fière de voir son fils intégré comme quelques musiciens belges dans l’orchestre algérien et rapportait les propos de son fils qui lui avait dit que les musiciens algériens s’étaient montrés très gentils en lui proposant une chambre à l’hôtel alors qu’il avait raté son train la veille et devait attendre toute la nuit à la gare de Mons. Le public belge tapait dans les mains au rythme des derbouka, étonné et ravi de découvrir un autre style musical. Les youyous ponctuaient les ovations chaleureuses du public. Les éléments de la troupe étaient touchés par la présence de la presse nationale et nous avons eu des discussions très intéressantes entre compatriotes. Le chef d’origine égyptienne, Nayer Nagui, dirigeait l’orchestre dans le cadre d’un échange culturel entre l’Egypte et l’Algérie et nous a confié qu’il s’était senti accueilli avec beaucoup d’amitié par l’Algérie alors que son pays est plongé dans une tourmente sans précédent.

Dans ce joli théâtre à l’italienne quelque peu vétuste, le public belge découvrait un pays, une civilisation, une culture, toute une nation au moment où celle-ci commémore sa fête nationale et son cinquante et unième anniversaire, et dont l’orchestre symphonique algérien était l’ambassadeur culturel.  J’ai senti l’âme de nos martyrs remplir la salle sur fond d’une musique raffinée éclaboussant l’espace de mille tons éclatants, enchantant un public conquis dès les premières notes. Dvorak nous décrivait un nouveau monde que nous, Algériens, vivons dans notre chair et dans notre cœur depuis cinquante et une années, nous offrant des paysages d’une splendeur époustouflante dans un nord chatoyant d’art et de musique. La musique d’Henri Vieuxtemps, le violoniste virtuose et compositeur verviétois décédé en 1881 au sanatorium de Mustapha à Alger, chantait par le violon de l’artiste belge Philippe Koch et faisait se rejoindre les deux mondes, l’Occident des phares de Beaudelaire se mélangeant aux couleurs éclatantes de Dinet et de Khada. C’était magnifique. La musique est un langage universel qui unit les peuples et embellit la face sombre des nations. Heureusement que ce langage est là pour nous parler, nous raconter des histoires, et l’épopée du peuple algérien était au rendez-vous ce soir du 5 juillet à Verviers. Le peuple algérien qui a tant enduré a rayonné ce soir à Verviers. L’orchestre, même s’il ne connaissait pas Philippe Koch, s’est adapté rapidement avec ses exigences de virtuose et le soleil éclatant du sud a revivifié les feuilles mortes du nord, offrant au public une fresque musicale riche en nuances. Le nord et le sud se sont épousés ce soir-là en donnant naissance à la meilleure des symphonies, celle de nos martyrs qui ont donné leur vie pour que l’Algérie éternelle rayonne dans le monde.

Au cours de cette soirée, Les rencontres avec des Belges ont été chaleureuses , comme celle avec Monsieur Roger Hotermans, représentant de la communauté Wallonie-Bruxelles à Alger et dont c’était aussi l’anniversaire, ce qui lui a valu un cadeau de l’Algérie. Il y avait aussi ce merveilleux violoniste belge Philippe Koch et des Algériens comme ce membre de la troupe, violoniste et fils de chahid envoyé par l’Algérie, comme tant d’autres, pour se perfectionner à l’école de Saint Pétersbourg et de Budapest et qui était surpris quand ma femme belge a sorti le drapeau algérien de son sac à main pour la photo souvenir. Dieu reconnaîtra les siens. Les enfants de l’Algérie, les patriotes sincères, n’ont pas besoin de voix pour discuter, seul un regard suffit (les gens de l’Andalousie comprennent avec les signes).

Oui, tout était parfait, sauf que j’ai constaté des éléments perturbateurs qui ont terni l’éclat de cette soirée. Ainsi, le directeur de l’orchestre symphonique, en l’occurrence Bouazara, a snobé notre journal et l’échevine de la Culture de la ville de Verviers a déclaré que « l’Algérie n’a pas fait beaucoup choses pour la culture », rapportant les propos de Bouazara qui se plaignait du fait « qu’il avait dû se déplacer durant des années avec son violon dans un sac de sport ». Qu’ai-je fait au bon dieu pour croiser la félonie, même dans des moments de célébration et de détente ? Concernant le jugement stéréotypé de l’échevine de la culture verviétoise à l’égard de notre pays, je pourrais lui rétorquer que vu l’état de délabrement du théâtre dans lequel l’orchestre s’est produit, j’ai craint en constatant des lacunes dans les moulures et les décolements de la toile du plafond, de recevoir un élément de décoration sur la tête à chaque fois que les cuivres et les tambours résonnaient. Et comme nous étions placés juste au-dessus de la ministre de la Culture, nous étions préoccupés à l’idée d’un affaisement de notre balcon sur les autorités wallonnes. L’Algérie des martyrs, à travers sa ministre de la Culture, Madame Khalida Toumi, a offert à ce directeur une tournée à l’étranger aux frais de la vache des orphelins « bagrat litama » mais récolte l’ingratitude. Bien évidemment, pour un bureaucrate qui veut gratter les assiettes, c’est anodin, voire banal, de dénigrer sa patrie à l’étranger avec des propos nauséabonds, alors que l’Algérie a payé 70 chambres d’hôtel  et a offert à boire et à manger à tout le monde. Je demande solennellement à Madame la ministre Khalida Toumi, moi le citoyen qui n’ai jamais bénéficié de quoi que ce soit en Algérie – ce qui me permet d’être critique envers tout le monde et de garder ma marge de manoeuvre d’homme libre – quand vous envoyez des gens à l’étranger, choisissez des personnes dignes et qui portent l’Algérie dans leur cœur, et pas des caves qui la calomnient. « Au suivant » chantait l’immense Jacques Brel. Le hasard a voulu que je sois présent pour dévoiler cette mentalité de plouc qui non seulement ose tourner le dos à la presse nationale mais propage un poison antinational à l’étranger tout en bouffant à la mangeoire de la patrie meurtrie par ces actes de trahison permanente des uns et des autres, et ce, à tous les niveaux. A travers moi, c’est le sang de mon grand-père qui parle aujourd’hui. Si j’ai pris à nouveau la plume, c’est parce que j’ai fait le serment de combattre les traîtres où qu’ils soient et quels qu’ils soient.

Et donc le directeur Bouazara a réussi à gâcher la fête du 5 juillet ici à Verviers, avec ses gesticulations désordonnées, qui m’ont fait penser à une danseuse du ventre de cabaret plutôt qu’à un directeur artistique. Que les begarra et les minables se taisent et cessent d’agresser l’Algérie avec leur mentalité de parvenus qui n’arrêtent pas de nous dénigrer partout, donnant du grain à moudre à tous ceux qui veulent notre perte. Nous en avons ras le bol ! Nous qui vivons ici devons naviguer en terrain miné avec l’omniprésence marocaine qui a décrété que l’ennemi est l’Algérie. J’ai refusé d’interviewer l’échevine en raison de ses propos ainsi que la ministre de la culture belge, d’origine marocaine, qui a voulu utiliser cet événement dans le cadre des futures élections de 2014 en Belgique. En mon âme et conscience, j’ai appliqué l’adage qui dit que « celui qui paie l’orchestre, choisit la musique ». C’est l’Algérie qui a initié et financé un évènement couvrant sa fête nationale, les mérites lui reviennent donc, et certainement pas à une ministre wallonne qui se moque des artistes du pays qui a accueilli sa famille venue chercher du travail en Belgique en les traitant de « pauvres qui se battent entre eux».  Cette fête proprement algérienne n’était pas destinée aux partis politiques belges qui font feu de tout bois pour se mettre en avant en vue des élections législatives de 2014. La cuisine politique interne belge ne nous intéresse pas. Dans le plat pays de Brel, il n’y a pas que le roi qui a abdiqué, bien des valeurs se sont éteintes et depuis bien longtemps… On a remarqué aussi l’absence totale de la délégation diplomatique algérienne en Belgique, sans doute trop occupée ailleurs par la grande hargma (grande bouffe) et qui ne se sent pas concernée par la fête nationale, alors qu’elle est censée représenter l’Algérie à l’étranger. Soit ces gens font leur boulot, soit ils démissionnent et, croyez-moi, la porte est aussi large que la baie d’Alger. A tous les responsables défaillants, y compris ce directeur, ils n’ont qu’à remettre leur démission s’ils s’estiment insatisfaits ou s’ils sont incapables d’assumer leur tâche. Nul n’est indispensable et la relève est assurée. Comme on dit chez nous : trig al saad (la voie du barrage).

Au lieu de commémorer une fête dans la tranquilité, on a eu droit à un ballet de l’ombre où se mouvait cette ministre d’origine marocaine opportuniste et très connue ici en Belgique, et certainement pas pour ses grandes réalisations culturelles, l’échevine arrogante et surtout le directeur Bouazara qui a cru qu’il n’y aurait pas d’oreilles pour le percer à jour en Belgique. Je conseille à ce dernier de ne plus toucher à l’Algérie surtout à l’étranger car il trouvera des gens comme moi pour le recadrer et lui donner sa véritable dimension : celle d’un cloporte. Son comportement est indigne d’un représentant culturel d’Algérie dans un pays dont les responsables politiques sont  de mèche avec le royaume marocain et qui ont un problème sérieux dans leur vision de notre pays, la considérant sous le manteau comme une dictature et lui reprochant son « non alignement », préférant leur laquais des Azoulay, le roi Momo VI du Maroc qui est, d’après nos informations, dans un coma profond et mort cliniquement quelque part en France. Nous demandons donc des images prouvant qu’il est toujours en vie et nous attendons de ses amis français des titres de journaux à l’égal de ceux qu’ils ont réservés à notre président Bouteflika. Nous constatons en outre que chaque fois qu’un événement algérien se produit en Belgique, ce qui est rare, les parasites du Makhzen accourent aussitôt, obsédés et affolés par un seul nom : Algérie. Et je sais très bien de quoi je parle.

Nous les résidents en Belgique, connaissons bien la musique, Monsieur le directeur Bouazara. Vous avez fait des fausses notes à volonté durant cette soirée en vous jetant dans une arène avec la mentalité d’un plouc doublé d’arriviste et prouvant votre complexe de colonisé en n’hésitant pas à évoquer des problèmes internes à l’Algérie, alors que c’est elle qui vous fait manger et boire, qui vous rémunère et paie rubis sur l’ongle vos frais de mission à l’étranger, alors que certains Algériens n’ont pas les moyens de voyager. Vous, vous faites le tour du monde aux frais de la princesse tout en dégueulant sur la patrie. Tout ce dont vous jouissez, vous le devez à des martyrs qui se battaient sans chaussures dans les montagnes enneigées et dont vous salissez la mémoire. Et je dis la même chose à tous les arrivistes, parvenus, nouveaux riches, dont l’existence est une insulte à notre patrie ! Je suis abasourdi par cet esprit de félonie qui s’est répandu au pays. Ont-ils donc attrapé la rage ? Croyez-vous, Monsieur Bouazara, que l’échevine belge à laquelle vous vous êtes plaint va vous offrir monts et merveilles ? Détrompez-vous, vous n’aurez que dalle, ce pays est fauché comme les blés, que ce soit financièrement comme moralement, et dont la politique culturelle se résume à effectuer des coupes budgétaires drastiques qui mettent la plupart des artistes dans une situation des plus précaires. Au lieu de respecter votre pays qui vous a formé, vous jouez les victimes d’une manière tellement stupide en occultant tous les enjeux qui visent notre pays et dont vous ne mesurez pas la gravité. Il y aura toujours en face de vous et des vôtres, des patriotes comme moi qui ont vu des camarades brillants, instruits, partir à la fleur de l’âge parce qu’ils ont servi la patrie, alors que vous, vous crachez dans la soupe. L’art s’est suicidé quand iol vous a rencontré, Monsieur Bouazara ! Il ne s’agit pas de ma part d’un litige concernant un héritage, un lot de terrain, ou encore un logement, c’est juste que j’en ai assez de croiser des gens gavés par l’argent de l’Etat critiquer ma patrie à l’étranger. Pour moi, ce Bouazara est insignifiant mais il reflète une frustration qui existe chez beaucoup de gens qui se confient aux étrangers sans en mesurer les conséquences. Je les somme d’arrêter leur cirque « fik ya brik ». Notre patrie, grâce au sacrifice de nos martyrs survivra aux tempêtes et aux aléas du temps et aux comportements de ceux qui n’ont pas su se débarrasser d’une mentalité de colonisés face à l’arrogance d’un Occident déclinant.

Maintenant que j’ai dressé ces quelques portraits dignes d’une peinture de James Ensor, je reviens à la prestation de notre orchestre national en ce 5 juillet, même s’il s’agit d’un smig culturel dans la présence de l’Algérie en Belgique. Malgré toutes les embûches, il faut approfondir la relation de notre pays avec le royaume belge, tant sur le plan culturel qu’économique et politique, car c’est dans l’intérêt des deux pays. Faisons-en le pari et agissons de sorte que nous soyons mieux représentés dans la capitale européenne, ce qui nous ouvrirait une porte vers l’Europe en gageant sur une coopération gagnant gagnant dans tous les secteurs. Il faut qu’il y ait des gens conscients des enjeux stratégiques qui existent entre nos deux nations et qui sont nés dans l’histoire du combat pour l’indépendance de l’Algérie où des Belges ont rejoint la révolution et ont constitué des comités et des réseaux de soutien au FLN.J’espère qu’il y aura des gens assez sages et visionnaires des deux cotés pour dépasser les intérêts des personnes et surtout pour exclure les stéréotypes rétrogrades qui existent dans la société belge. Pour rappel, nous sommes des Algériens et non pas des Marocains, nous savons que nous dérangeons par notre sève révolutionnaire, mais nous réclamons néanmoins notre existence culturelle, politique, économique, dans tout l’espace européen, voire mondial.

Nous avons tous été tués il y a si longtemps que nous l’avons oublié ! (citation algerienne)

Mohsen Abdelmoumen

Article publié dans La Nouvelle République le 9/07/2013

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