Le cadeau empoisonné de François Hollande !

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Le dernier communiqué du directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, datant du 16/01/2012, est pour le moins accablant. Selon l’appréciation critique d’Eric Denécé et de son groupe de travail – dont fait partie Madame Anne-Marie Lizin – à l’égard de l’intervention armée de la France au Nord-Mali, il affirme que la France doit retenir deux leçons majeures :

« – D’abord, nous constatons que l’Union européenne est, une fois de plus, inexistante. Seuls la France, le Royaume-Uni ou l’OTAN sont capables de réaction. Cela doit nous amener à reconsidérer nos attentes dans l’Europe de la Défense.

– Ensuite, il convient de ne pas oublier que nous sommes en partie responsables de la situation actuelle dans le Sahel, en raison de l’intervention inconsidérée de l’OTAN en Libye, en 2011, affaire dans laquelle Paris a joué un rôle clé. Cette action est à l’origine de la déstabilisation de la région et a fourni aux différents groupes les combattants et les armes qui ont permis leur montée en puissance. De plus, les positions de Paris sont totalement contradictoires. Nous luttons contre les djihadistes au mali et en Somalie, mais nous les avons aidés à prendre le pouvoir en Libye et continuons à les soutenir en Syrie, en dépit du bon sens. Certes le régime de Bachar el-Assad n’est pas un modèle de démocratie selon nos critères, mais il est infiniment plus libéral que les monarchies islamistes du Golfe persique : la Syrie est un Etat laïque où la liberté religieuse existe et Damas a participé à la lutte contre Al-Qaeda depuis 2002.

Pourtant, paradoxalement nous continuons d’être alliés de l’Arabie saoudite et du Qatar, deux Etats ouvertement wahhabites, qui, après avoir engendré et appuyé Ben Laden, soutiennent les groupes salafistes partout dans le monde, y compris dans nos banlieues.

En conséquence, une remise à plat de notre politique étrangère s’impose et il nous faut balayer devant notre porte. »

Yves Bonnet, ex-chef de la DST, s’exprimant dans une télévision française (France24) ce jeudi 17, en pleine crise des otages occidentaux dans le désert algérien, nous remémore l’histoire de la prise d’otages de l’avion d’Air France en 1994 par un groupe terroriste et qui a eu des conséquences dramatiques. Est-ce une coïncidence, surtout que l’affirmation provient d’un ancien chef des services français ?

On peut se poser les questions suivantes, après la visite du Président français en Algérie, peut-on dire que « l’hirondelle », à défaut de nous avoir annoncé le printemps, nous a ramené l’enfer en ouvrant la boîte de Pandore terroriste sur notre propre sol ? Alger était-elle au courant de l’imminence d’une intervention lors de la visite du président français et quel intérêt pourrions-nous engranger dans cette perspective? Nous sommes informés par voie de presse qu’un deal a eu lieu concernant un quatrième mandat pour le Président Bouteflika. C’est ce que déclare Chafik Mesbah, ex-officier supérieur du DRS, dans son entretien à ECHOUROUK, ce jeudi 17. Lecteur averti de la scène nationale, si ses propos sont avérés, l’Algérie traverserait une zone de brouillard et d’énigmes qui n’augure rien de bon pour l’avenir de notre patrie. Les nations ne se bâtissent pas à coup de compromis et de visions tactiques limitées, bien au contraire, il nous faut des visionnaires éclairés qui agissent pour l’intérêt national. Rappelons-nous les paroles de l’immortel président algérien Houari Boumediene : « Nous devons créer un État qui ne disparaîtra pas avec le départ des hommes qui le gouvernent ».

Le Ministre de l’Intérieur algérien qui affirme que ces terroristes ne sont venus ni de Libye ni du Nord-Mali nous montre à quel point cette intervention irresponsable a revigoré le potentiel terroriste à l’intérieur du pays. La position française et son mutisme concernant la présence et le nombre de ses otages est assez énigmatique. On peut s’interroger sur le timing de cette intervention qui arrive quelques jours après la visite de François Hollande en Algérie et de la prise d’otages inédite dans la mesure où jamais l’Algérie n’a connu un tel événement dans les sites pétroliers et gaziers du grand sud algérien durant toute la guerre civile.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de l’intervention au Mali mais bien d’une prise d’otages spectaculaire et d’une menace immédiate et foudroyante de l’intégrité territoriale de l’Algérie. L’enjeu est de taille sachant que notre désert abrite en son sein la quasi-totalité du potentiel économique algérien. Au moment où des nations comme la France qui peut déclarer la guerre du jour au lendemain à sa guise  à qui elle veut en dehors de toute légitimité, les autorités algériennes sont d’une timidité voire d’une cécité frôlant l’inconscience en donnant l’autorisation de survol de son territoire par l’aviation française, ce qui constitue une atteinte à sa souveraineté nationale et une première dans son histoire. En outre, l’incompétence de la diplomatie algérienne actuelle qui a laissé l’exclusivité au Ministre français des Affaires Etrangères d’annoncer une telle information a fait certainement bondir nos martyrs qui doivent se retourner mille fois dans leur tombe. L’Algérie a un besoin urgent d’investir dans l’humain et non pas dans les briques et le béton ! Bâtir une nation, ce n’est pas seulement construire des ponts et des routes, mais c’est avant tout produire des cerveaux capables de réfléchir et d’anticiper. Pour cela, il faut un travail en profondeur d’éducation dans la famille, dans l’école, et dans toutes les institutions. Si par malheur l’indifférence de ce qui se passe en ce moment sur notre sol et à nos frontières nous gagne, il viendra un temps où nous regretterons la politique du « je-m’en-foutisme » généralisé, du laisser-aller, de l’enrichissement outrancier au dépend des caisses de l’Etat, du régionalisme assassin et de tous les méfaits dont souffre notre pays actuellement.

A l’instar d’un écolier qui aurait volé les bonbons de son condisciple et qui répète au maître d’école : « C’est pas moi qui ai volé les bonbons »,  le Président français, en manque de popularité et certainement de charisme dans son pays, affirme inlassablement que la France n’intervient pas pour ses intérêts dans la région mais juste pour aider le pauvre président malien. Soulignons que toute la classe politique française est unanime pour accorder son soutien à l’intervention française au Nord-Mali. Eux au moins savent où se trouve leur intérêt commun, qu’ils soient de droite ou de gauche, comme à leur accoutumée et fidèles à eux-mêmes, ils se tiennent les coudes. Leur pays étant en pleine crise, tout le monde a intérêt à s’impliquer et à mouiller sa chemise pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

La grande leçon de cette intervention qui nous rappelle la précédente en Libye, c’est la préparation d’une nation face à son destin et à ses ennemis d’hier et d’aujourd’hui. L’Algérie est appelée à avoir un sursaut patriotique qualitatif dans cette reconfiguration qui n’est que la nouvelle formule des accords Sykes-Picot. Si le gouvernement et le peuple algériens ferment les yeux sur le véritable danger d’une fragmentation voire d’un éclatement de notre pays, en ne s’investissant que dans le matériel et l’immédiat et en occultant la stratégie qui consiste à porter et à défendre nos intérêts, nous assisterons en direct à notre propre extinction, en exclusivité, sur Al-Jazeera ou France24. Il faut savoir choisir son chemin, soit dans la continuité qui nous ramène une stabilité précaire, soit le destin conçu par nos valeureux martyrs, c’est-à-dire une Algérie Une, Indivisible et Eternelle. To be or not to be : c’est une question de stratégie, pas seulement d’argent.

Mohsen Abdelmoumen

Article publié dans La Nouvelle République le 19/01/2013

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