Soldat de « plume », soldat de plomb

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Je suis las de suivre les couvertures médiatiques données à des événements à travers le monde, lorsque le journaliste a oublié son serment en choisissant de devenir un soldat pour un camp face à l’autre.  Loin de moi, modeste citoyen du monde, l’idée de donner des leçons à de brillants vases communicants qui utilisent la plume comme une arme en ignorant les préceptes déontologiques d’un Albert Londres ou d’un Joseph Pulitzer. En ces temps de misérabilisme, le journalisme est en crise profonde car on n’informe plus, on tue.

Les exemples de mercenariat du verbe sont tellement répandus : des Fayçal al Kassim ou des Mohamed Sifaoui dont le parcours en trahison est très riche, lui qui a mangé à tous les râteliers en étant entre autres employé de Betchine avant d’être le rédacteur sur commande de la « Sale guerre » de l’ignare Souaïdia, etc. Ces ânes bâtés qui polluent les plateaux de télé en bavant leur haine et en exhibant leurs produits à bon marché, nous offrent une véritable friperie de la pensée humaine. J’en oublie d’autres sans doute, comme ces mercenaires de Rachad qui manifestent à Paris avec Mister BHL pour instaurer une démocratie parisienne à Alger. L’union sacrée, absurde et ubuesque en même temps, c’est celle qui règne entre, d’un coté, un nostalgique de l’Algérie française de Camus et ses plages paradisiaques de Tipaza – en l’occurrence le pied-noir emblématique du « printemps » arabe infect – et les soudards de Rachad, comme le diplomate boulanger Zitout, celui-ci symbolisant à lui tout seul l’échec de notre école dont il affirme être issu.

Certains journalistes algériens, comme Fayçal Metaoui et consorts, à l’instar de leurs collègues occidentaux et arabes, n’ont pas éprouvé la moindre gêne à couvrir la prise d’otages tragique de In Amenas planqués derrière leurs ordinateurs en prétendant détenir la vérité absolue, eux qui hésitent à visiter la Casbah ou Bab el Oued qu’ils considèrent comme des zones à haut risque pour leur précieuse petite vie, alors que de braves soldats de l’ANP et des différents corps sécuritaires sont partis au casse-pipe pour préserver la quiétude et le délectable mode de vie de ces bouffons. Concernant cette prise d’otages inédite, l’avenir nous apportera la preuve du professionnalisme et du sens profond du devoir et du sacrifice de notre armée et des autres unités de combat qui n’ont plus rien à prouver, eux qui ont toujours été en première ligne depuis deux décennies de guerre civile et qui ont offert à la nation le plus lourd tribut, en l’occurrence leur vie et celle de leurs camarades.  

Les profits sont tellement énormes que les imposteurs des médias pensent eux aussi à prendre une part du gâteau à défaut de prendre toute la tarte, nous sommes donc très loin du professionnalisme et de l’honnêteté intellectuelle. Le journaliste porte un casque et un gilet pare-balles et se bat avec acharnement contre l’ennemi de ses intérêts et de celui de ses maîtres. Ces traîtres sont liés aux intérêts néocoloniaux de la France, dont le Parquet de Paris n’a pas hésité un instant à ouvrir une enquête sur l’opération de libération des otages sur le site gazier à In Amenas par notre armée, tout en feignant d’ignorer que l’Algérie est un Etat indépendant et souverain depuis cinquante ans et qui a payé un lourd tribut de sang pour son indépendance. Ce même Parquet de Paris, lié au pouvoir politique tout en se targuant de la liberté de la Justice, a certainement oublié d’ouvrir une enquête sur l’intervention des services de la DGSE en Somalie qui a capoté, comme d’habitude, en faisant tout de même des victimes civiles qui s’ajoutent à longue addition des « dommages collatéraux » du néocolonialisme français. On peut se demander si l’Algérie n’est pas la cible principale depuis l’intervention en Libye jusqu’à celle au Nord-Mali. Nous constatons la similitude entre la prise d’otages d’In Amenas et le détournement de l’airbus d’Air France en 1994, et le rôle occulte des services français dans cette affaire qui a engendré le départ de toutes les compagnies aériennes d’Algérie et qui a conduit à un isolement sans précédent du pays. Il est à noter que les compagnies pétrolières étrangères installées en Algérie commencent à rappeler leurs ressortissants. Nous sommes face à une véritable campagne de déstabilisation dont l’intervention en Libye n’était que le préambule.

Tout le monde est devenu expert ès quelque chose. On a toujours vu ces soi-disant experts en n’importe quoi, ces spécialistes des lames de rasoir, qui nous offrent un spectacle pitoyable et désolant sur des questions sécuritaires ou économiques. J’ai même entendu un écrivain algérien devenu directeur du Centre culturel algérien à Paris, se plaindre et gémir sur un plateau de télé, devant ses amis français, et déclarer qu’il est une victime de la censure et de l’oppression en Algérie. Il est hallucinant de subir les propos sournois d’hommes soi-disant cultivés. Dans le cas de ce funeste directeur-écrivaillon, une image m’est venue à l’esprit en l’entendant déblatérer son pays : « il mange avec le loup et pleure avec le berger ». Assister au grand cirque de certains des représentants culturels de notre pays, qui n’hésitent pas à cracher dans la soupe qui les nourrit grassement, est une catastrophe en soi et un véritable scandale. La presse serait-elle en crise ? Quand elle se rallie à un adversaire face à un autre, la réponse est claire : le pouvoir de l’argent a corrompu cette plume qui se vide de sa substance de crédibilité et droiture intellectuelle.  Est-ce trop demander à des journalistes de couvrir les événements au lieu de les créer et d’être intègres face aux tentations des hôtels 5 étoiles et des biens mal acquis ? La crise du journalisme que nous constatons quotidiennement à travers ces énergumènes métamorphosés en agents – pas trop secrets car ils dévoilent trop leur jeu-, est véritablement néfaste pour tout projet ou toute avancée démocratique au vrai sens de ce terme. En agissant sous les ordres des princes du Qatar ou autres, ils saignent la noble cause de la plume. Combattre la médiocrité de ces valets des puissances et des lobbies n’est pas une chose facile car ils ont les moyens de leurs maîtres. Qu’il s’agisse de faiseurs de livres ou de pisse-copies vendant leurs marchandises tels des camelots, le discrédit est total.

Verrons-nous un jour la plume du journaliste libre et honnête surgir de l’océan de mensonges dans lequel la pensée se noie ? A longueur de journée et de soirée, des plateaux de télé et de rédaction garnis et luxueux nous présentent des vendeurs de vents et des boutiquiers de mots qui s’arrachent l’audimat comme des chiffonniers sur un marché matinal. L’espoir est un désespoir qui se meurt. Les tromperies permanentes ou l’ignorance des dossiers, voire les allégeances affichées, nous les constatons dans chaque couverture médiatique, soit sur la Syrie, soit sur la prise d’otages en Algérie… la liste des bavures et du gâchis impressionnant que nous offrent ces agents recrutés pour des missions d’intox n’en finit pas. L’enjeu de contrôler l’information et de l’orienter est devenu une véritable guerre en soi, et on n’a pas besoin de ces spécialistes de pacotille et de ces « experts » qui gèrent l’information derrière leurs ordis, et dont l’envoyé spécial est un drone qui nous balance la bonne parole salvatrice des « civilisés ». Le pouvoir de l’argent est la gangrène de la presse, car qui détient les finances contrôle la presse. Tant de gens de ce noble métier ont donné leur vie pour une idée, juste une idée, au moment ou d’autres s’engraissent, tels des nécrophages, dans les palais des émirs et autres salons d’Occident, mangeant les cadavres de leurs peuples en entrée, et le menu est tellement riche entre le sang des Algériens, des Palestiniens, des Syriens, des Irakiens, des Libyens, des Rwandais, et tant d’autres peuples martyrisés et bafoués par les appétits voraces de l’impérialisme et de ses laquais.

Je vous avoue que je suis fatigué de ces journaleux bien fringués et rasés de près qui squattent les écrans de télé et qui aboient en bavant dans un désert de certitudes qui ne dépasse pas leur nombril de goinfres. Au fait, ça vaut combien un journaliste de nos jours ? Tout dépend des prestations macabres et des massacres, comme les anciens légionnaires de la conquête d’Algérie, ils sont payés pour chaque cadavre et chaque oreille. L’alliance fatale de la presse avec le pouvoir de l’argent a biaisé tout effort de réflexion et toute initiative de sursaut patriotique, elle a annihilé les espoirs des peuples soumis au bon vouloir des émirs et des puissances occidentales. La presse peut-elle renaître de ses cendres, tel le phœnix, loin des bourses médiatiques et des marchés de l’information ? Tant qu’il reste un souffle de l’humain en nous, continuons de croire que ces plumitifs cupides et corrompus seront déplumés par le temps, car le temps a toujours son mot à dire.

Et la plume, baignant dans son encre sanguinolente, reste un véritable martyr dans ce jeu sinistre où se déroule le grand strip-tease des bonimenteurs des médias dominants.

Mohsen Abdelmoumen

Article publié dans La Nouvelle République le 21/01/2013

 

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