L’Algérie à l’ère Bouteflika

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Quand l’histoire d’une nation se conjugue avec celle d’un homme

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Le président Bouteflika LNR D.R.

Il existe des destins hors du commun qui s’inscrivent dans le processus historique fondateur d‘un Etat, parce que ces personnalités correspondent exactement à une situation concrète déterminée. De cette synergie découle un parcours exceptionnel dont Abdelaziz Bouteflika est un parfait exemple.

Né le 2 mars 1937 à Oujda, au Maroc, il intègre à 19 ans les premières unités de l’Armée de libération nationale (ALN), la branche armée du FLN, de la wilaya 5 (Oranais), où il fait la connaissance de Houari Boumediene. Le tout jeune homme montre une grande aptitude au commandement et à l’organisation. Après plusieurs missions qui le mènent jusqu’à Gao, au Mali, celui qui porte désormais le nom de guerre Si Abdelkader el-Mali retrouve la wilaya 5. Il y côtoie d’autres grandes figures de la révolution telles que Cherif Belkacem, Ahmed Medeghri, Kaïd Ahmed, Abdelhafid Boussouf et Boumediene. C’est à partir de là qu’il va nouer une grande amitié entre Bouteflika, Boumediene et Boussouf qui vont lui confier des missions de plus en plus importantes.

Après l’Indépendance, il devient député de Tlemcen et rejoint le gouvernement de Ben Bella en tant que ministre de la Jeunesse et des Sports, puis ministre des Affaires Etrangères sous Boumediene, devenant ainsi le plus jeune diplomate du monde. À cette époque, l’Algérie était porte-parole des pays non alignés. Élu à l’unanimité président de la 29e session de l’Assemblée générale de l’ONU en 1974, le jeune ministre obtient la désapprobation de la communauté internationale à l’égard du régime de l’apartheid sud-africain et accueille comme un chef d’État Yasser Arafat, président de l’OLP, qui prononce un discours historique.

Après la mort du président Boumediene, Abdelaziz Bouteflika voyage consécutivement en Suisse, en France, en Syrie et surtout aux Emirats Arabes Unis, où il s’installe à partir de 1984, et où, par la suite, devient  le conseiller du cheikh Zayed Ben Sultan qui fut le seul chef d’Etat arabe à avoir dit un jour qu’il fallait aider l’Algérie isolée par la communauté internationale pendant les années du terrorisme islamiste des années ‘90.

Chadli démis de ses fonctions en janvier 1992, suite à l’interruption du processus électoral qui allait nous mener droit à l’âge de pierre sous la botte islamiste, et Mohamed Boudiaf à la tête d’une direction collégiale, Bouteflika est sollicité pour occuper le poste de ministre conseiller du Haut Conseil d’État, puis celui de représentant permanent de l’Algérie à l’ONU, ce qu’il refuse. En 1994, à nouveau, des émissaires de l’armée lui proposent d’être président, mais estimant que les conditions ne sont pas réunies, il décline la proposition.

Lors du départ anticipé du président Liamine Zéroual, Bouteflika se présente en candidat indépendant à l’élection d’avril 1999. Pour le peuple, il incarne l’âge d’or de l’Algérie, celle de Boumediene, et bénéficie d’une popularité incontestable. Il se fait élire haut la main, avec plus de 73% des voix, surtout après la défection des six autres candidats juste avant le scrutin, ce qui n’a pas manqué d’écœurer le peuple algérien. Ces candidats avaient sans doute lu dans une boule de cristal qu’ils n’avaient aucune chance face à Bouteflika, et d’ailleurs on les voit encore errer de nos jours dans le no man’s land politique, sans perspective ni projet d’avenir pour eux et pour le peuple. Le 27 avril 1999, l’Algérie indépendante  se dote de son septième président, celui du consensus, celui qui lança plus tard la phrase restée célèbre dans la mémoire collective : « aarfaa rassek ya baa » (lève la tête).

Le nouveau président hérite d’un pays meurtri : plus de 200 000 morts, des dégâts économiques évalués à plus de 20 milliards de dollars, l’exode des intellectuels, scientifiques, artistes, sur fond d’assassinats et d’attentats permanents. C’est toute la société algérienne qui est martyrisée : attentats à l’explosif, faux barrages, guet-apens,  monstres islamistes assoiffés de sang qui tuent, égorgent, saccagent, brûlent, violent. L’horreur atteint son paroxysme partout dans le pays, en ville, dans les campagnes, et Bouteflika déclare : «Je saurai mettre fin à la fitna ».

En septembre 1999, le long processus initié par le président Zéroual, la Loi Er-Rahma, trouve son aboutissement dans la Concorde civile qui est approuvée par référendum populaire. Les terroristes descendent des maquis, 6000 hommes déposent les armes, renonçant définitivement à la violence et sont amnistiés. La seconde étape, en 2006, donne une dernière chance aux indécis grâce à la Charte nationale pour la paix et la réconciliation : 2 000 terroristes en profitent et sont réintégrés au sein de la société. La réconciliation nationale, aussi imparfaite soit-elle, représente l’unique solution. Pour mettre fin au bain de sang, l’Algérie doit tourner la page coûte que coûte.

Entretemps, en 2001, un mouvement de contestation s’installe en Kabylie, ramenant son lot de morts et de destructions et mettant le pays en proie à une nouvelle déstabilisation dont les séquelles se ressentent encore à présent. Cet événement n’a pas facilité le travail du président fraîchement élu qui a dû user de son expérience de diplomatie pour parvenir à réinstaurer le calme, au prix de nombreuses négociations entre le gouvernement et le mouvement des Arouchs. L’Etat a réussi à conclure un accord avec les contestataires en leur octroyant des compensations matérielles qui ont apaisé les esprits.

Si le président a su triompher des conditions pour le moins défavorables qui l’ont vu accéder à la magistrature suprême, sa santé a été son talon d’Achille. Ses ennuis débutent en novembre 2005 lorsqu’il est victime d’un ulcère hémorragique à l’estomac qui requiert une hospitalisation à l’hôpital militaire d’Aïn-Naâdja d’Alger, duquel il est évacué vers le Val-de-Grâce, le 26 novembre, où il est opéré avec succès. Commence alors le temps des spéculations, la presse française faisant ses choux gras des communiqués, allant même jusqu’à annoncer la mort du président, et la presse algérienne lui emboîte le pas. Les rumeurs les plus folles se répandent comme une traînée de poudre, sans aucune retenue ni respect pour lui,  pour sa famille et pour le peuple algérien. Cette campagne de dénigrement organisée visant directement le président et l’Algérie à travers lui, se répètera inlassablement, même lorsqu’il s’enrhume. Le président sort de l’hôpital le 17 décembre et rentre en Algérie le 31 décembre. Depuis lors, les rumeurs persistent, colportées par ses détracteurs et ses adversaires politiques qui n’hésitent pas à utiliser son point faible, en l’occurrence sa maladie, et qui prétendent que le président Bouteflika n’est plus en mesure de diriger le pays. Conclusion du président lui-même : « Tout le monde sait que j’ai été malade et que j’ai dû suivre une convalescence très sérieuse. Mais maintenant, j’ai repris mes activités normales et je ne pense pas que mon état de santé doive encore susciter des commentaires et des supputations plus ou moins fantaisistes».

Ce 27 avril, le président a subi un accident ischémique sans séquelles pour lequel il est hospitalisé au Val de Grâce afin d’y passer une série de tests. Comme d’habitude, les informations les plus rocambolesques sur son état de santé circulent dans toute la presse nationale et internationale, allant même jusqu’à l’annonce de son décès sur la chaîne qatarie « Al Khanzeera ». Il ne manque plus que les larmes de crocodile d’Al Qaradaoui, le mufti de Moza et de son dieu dollar, comme lorsqu’il a pleuré sur le pauvre peuple américain victime des cocottes-minute de destruction massive. Cette fois-ci cependant, nous remarquons une évolution dans le traitement de l’information émanant du gouvernement et des instances de la présidence. Cela dit, on aurait pu faire mieux, par exemple par l’installation d’une cellule de communication spécialement consacrée au suivi de la santé du président afin d’enlever toute équivoque, car l’enjeu de l’information et de celui qui la contrôle est plus que vital et si l’on avait géré le dossier de la maladie du président avec une communication moderne et active, prenant en charge les attentes du peuple, nous n’aurions pas connu autant de spéculations provenant pour la plupart de l’étranger, s’engouffrant dans la faille de la santé du président et dans le but non avoué de déstabiliser l’Algérie, hypothèses extravagantes aussitôt suivies malheureusement par notre presse qui, à défaut de mûrir, a pris goût aux intrigues du palais. Chacun sait qu’en tant que mortels, nous avons tous notre limite ici-bas, et certainement l’énergie dépensée par le président durant l’exercice de ses multiples fonctions l’a-t-elle fatigué énormément, mais ce n’est pas une raison pour justifier le comportement irresponsable des charognards, que ce soit dans le monde politique ou des médias qui sans aucune retenue ni morale, se lancent dans des supputations macabres, certains personnages politiques s’imaginant déjà à la fonction suprême ! Ces individus misent-ils sur la biologie à défaut de présenter des projets de société viables ? Voilà donc l’état de l’Algérie actuelle, tout le monde est braqué sur le président et sa santé au lieu de participer à l’effort national de construction. Ce qu’il nous faut, c’est une véritable dynamique, celle qui aurait dû accompagner le président durant l’exercice de ses fonctions et non pas les commérages stériles dans les hammams.

Le point faible du président réside dans son entourage immédiat qui faisait partie de ses gouvernement successifs. Le choix de ces personnalités obéit à des facteurs subjectifs, ce qui en renforce l’illisibilité et de ce fait a eu un impact négatif sur les mandats du président. Un aspect frappant dans ce choix, c’est que tous ces personnages sont issus d’une même région, ce qui n’est pas du tout aisé à comprendre et bien entendu alimente les fantaisies et les critiques les plus mesquines par une presse et une oposition qui ne propsent rien et se focalisent uniquement sur les faux-bonds du président. Contrairement à lexigence et la maîtrise des dossiers alliées à une expérience incontestée dans la gestion des affaires de l’Etat qui caractérisent le président Bouteflika, qualités auxquelles il faut ajouter une intelligence vive et un esprit brillant, la question reste posée quant à sa motivation réelle concernant la sélection de son staff. A titre anecdotique, d’après nos sources, Chakib Khelil a bénéficié de la recommandation de Belaid Abdeslam, ancien ministre de l’Energie sous la présidence de Boumediene, et connaissant le parcours de Monsieur Abdeslam, on imagine qu’il doit se mordre les doigts d’avoir introduit le loup dans la bergerie. Ce Chakib Khelil, comme chacun sait, a defrayé la chronique par son implication dans des affaires de pots-de-vin et de détournements qui  entacheront à jamais son nom et qui méritent d’être qualifiés de « braquage à l’algérienne », avec la complicité active de Farid Bedjaoui,  neveu de l’ancien ministre des Affaires étrangères et grand Juge à la Cour de La Haye, Mohamed Bedjaoui. L’édifice a commencé à se fissurer avec le rôle trouble de Khelil, premier élément de ceux que l’on surnomme désormais « les mousquetaires » Hammid Temmar, Yazid Zerhouni, Abdellatif Benachenhou. Les autres ont failli comme Zerhouni dans la gestion des événements de la Kabylie de 2001 ou Temmar avec sa lecture ultra-libérale de l’économie  qui a voulu impulser la privatisation de l’industrie, des PME, PMI, ce qui lui a vallu une mise à l’écart en lui créant une voie de garage sous forme d’un nouveau ministère, Prospectives et Statistiques , qui n’a ni prérogative ni organigramme. Benachenhou quant à lui, est exlu du gouvernement.

Le cas de Chakib Khelil est particulier, sachant qu’il est un proche des néoconservateurs américains, et plus spécifiquement de Dick Cheney. Ses liens avec le vice-président de l’administration Bush ont joué en sa faveur surtout que l’Algérie avait besoin de se libérer de son isolement catastrophique durant la décennie du sang. Je pense que Khelil était une sorte de caution, un point de contact stratégique avec les Américains sauf que l’individu en question a usé et abusé de ce positionnement politique pour faire des affaires qui ont causé des dommages incommensurables à l’économie du pays et terni l’image de l’Algérie tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Une véritable avalanche de scandales ont fait surface grâce au travail des services de sécurité qui ont plus d’une fois attiré l’attention du président Bouteflika sur les agissement néfastes de son ministre de l’Energie. L’Algérie ayant connu une stabilité juridique durant 20 ans avec la loi 86/14, voyait survenir l’introduction de la loi des hydrocarbures de 2005, antinationale, et qui a été la source du mécontentement et de la discorde de larges pans de la société algérienne et des responsables du pays. Celle-ci, poussée par Khelil a finalement été gelée et jetée aux orties. Ce lamentable épisode a incontestablement brouillé l’image de l’Algérie sans pour autant altérer sa signature, même si les litiges avec les compagnies pétrolières internationales peuvent le laisser supposer. La loi des hydrocarbures de 2005 qui se voulait attractive ne correspondait plus aux réalités de l’industrie pétrolière laquelle s’était habituée aux contrats de partage production en vigueur dans la loi de 1986, y compris les mécanismes d’écrémage des superprofits tant critiqués aujourd’hui.

Chakib Khelil, soupçonné dans plusieurs affaires de corruption et dont les domiciles ont été perquisitionnés, y compris par le FBI, soutenait l’obtention par Qatar Fuel Woqod, propriété d’Abdullah Ben Hamad Al Attiyah, second vice-Premier ministre qatari, du « méga projet de stations-service localisé dans des régions stratégiques d’Algérie ». Il soutenait également  le  transfert de ces infrastructures au bénéfice du groupe qatari après une période de deux ans pendant laquelle elles seraient gérées par Sonatrach. Des négociations avec des intermédiaires en Italie et en Suisse ont eu lieu, selon nos sources, et Qatar Fuel Woqod aurait torpillé Naftal, filiale de Sonatrach spécialisée dans la distribution des produits pétroliers. Le projet a été bloqué suite au départ précipité de Chakib Khelil de son poste, en mai 2010, après l’éclatement de scandales de corruption au sein du groupe pétro-gazier public. Dans un courrier adressé par Chakib Khelil, le 20 septembre 2008, à Mohamed Khalifa Turki Al Sobai, vice-président et directeur managérial du groupe qatari, on peut lire « Nous avons accepté vos requêtes et ferons de notre mieux pour vous satisfaire. La nouvelle stratégie adoptée dans le domaine de l’énergie permet d’atteindre vos objectifs dans l’obtention du méga projet de stations-service localisé dans des régions stratégiques d’Algérie. Nous vous informons que nous avons pris en considération vos recommandations et suivi vos directives». Les scandales  en cascade tels que le Métro d’Alger, l’autoroute Est-Ouest ou le barrage de Béni Haroun sont évoqués en long et en large par tout le monde. Khalifa Bank, Djezzy, et Sonatrach, trois enseignes dont les démêlés spectaculaires impactent lourdement trois secteurs clés de la création de valeurs dans le pays. En 2006, l’affaire Sonatrach- BRC (Brown Roots and Condor) avait mis à nu l’affairisme qui règne dans le secteur de l’énergie. C’est d’ailleurs une affaire qui poursuit toujours l’ex-ministre du secteur, Chakib Khelil.

Le président Bouteflika a lancé à l’intention de son entourage impliqué dans ces affaires, que nul n’est à l’abri du  « glaive de la justice ». Le DRS, quant à lui, s’est lancé dans la plus grande enquête de l’histoire de l’Algérie, avec des équipes d’enquêteurs dépêchées à Milan, au Canada, aux Etats-Unis. L’opération mains propres a commencé et des perquisitions, des saisies ont eu lieu. La machine bien huilée du DRS s’est mise en place pour éradiquer la corruption et les corrompus.

Une autre équipe faisant partie de l’entourage du président s’active à la présidence avec des noms moins connus regroupés autour du frère du président, Saïd Bouteflika. Ce cercle est composé de Mohamed Rougab qui a été auditionné par le DRS dans le cadre de l’opération mains propres, Mokhtar Reguieg, Logbi Habba, infatigable secrétaire général de la présidence. Ce groupe restreint s’occupe de la gestion et de la coordination avec l’exécutif et les différentes institutions de la république et semble moins nocif que le mousquetaire Khelil and Co.

La période de « tab jnanna » a commencé. La problématique de l’entourage du président pose des questions majeures dans la perspective d’une vision stratégique claire et bien définie qui épargnerait à l’Algérie bien des égarements et bien des dégâts. Certaines personnalités de valeur ont fait les frais des fautes commises, à l’image du défunt général Belkheir, un grand homme d’état qui malgré son influence n’a jamais été concerné par la moindre affaire, ou l’ex-premier ministre Ouyahia qui s’est retiré avant la tempête et qui n’a jamais trempé dans des affaires louches, lui dont on garde une image positive lors de son exercice du pouvoir et de sa gestion des deniers publics. En voulant privilégier un cadre d’intimes pour le seconder dans la gestion des affaires de la Cité, le président Bouteflika s’est vu trahi par un processus qui ne relève pas des grilles de lecture de l’ancienne école à laquelle il appartient et dont le mérite ne se résume pas à l’appartenance à telle région ou à telle recommandation. Bien au contraire, les anciens critères de sélection se basaient uniquement sur l’intégrité, la compétence et l’engagement. Renoncer à cette règle d’or a ouvert la voie à tous les vautours qui n’ont eu de cesse d’attaquer notre pays, que ce soit à l’intérieur comme à l’extérieur. Même si on ne fait pas l’histoire avec des si, il aurait fallu s’inspirer de Houari Boumediene dont le président a été le plus proche collaborateur, surtout dans la gestion des ressources humaines. Le défunt Boumediene a toujours fait preuve de prudence par rapport aux nominations de ses ministres et conseillers et je défie qui que ce soit de nous citer une seule histoire de détournement ou de corruption impliquant ses proches. A titre d’exemple, des personnalités comme Réda Malek quittent la politique alors qu’on a plus que besoin de l’expérience de ces hommes de valeur dans les moments difficiles. Le président Bouteflika connaissant très bien le pouvoir et ses tentations, aurait dû (et loin de nous l’intention de donner des leçons au président comme savent le faire les diseuses de bonne aventure tant répandues de nos jours) être intransigeant envers ses collaborateurs, car dans le monde politique, quoi que l’on fasse, il y aura toujours des manquements. Nul n’est parfait et nous sommes tous mortels et faillibles.

L’Algérie n’a pas besoin de voyous en col blanc et ne mérite pas d’être traînée dans la boue au moment où elle est la cible permanente des cercles sionistes. L’exemple nous vient avec cette information grotesque relayée par les médias et réseaux sociaux marocains, reprise par El Watan, un journal qui a oublié qu’il a bénéficié de l’aide de l’Etat et qui n’a plus aucune crédibilité, et qui nous apprend l’imminence d’un embarquement de Marines US stationnés en Espagne dans l’objectif de destituer le président Bouteflika. Cette information révèle à quel point l’hystérie s’est emparée de nos ennemis et démontre que l’Algérie est visée de toute part par des forces occultes. Allons-nous voir le rêve de Kouchner se réaliser avec la disparition de ce qu’il reste de la génération de novembre aux commandes du pays pour que les sionistes et leurs valets fassent de nous ce qu’ils ont fait à la Libye, à la Syrie ou à la Tunisie, ce dernier pays où probablement le gouvernement Marzouki va inscrire l’adoration du Qatar dans sa future constitution ? D’un autre coté, ceux de chez nous qui veulent utiliser les malversations d’un élément ou deux afin de solder leurs comptes, en entretenant le « tous pourris » oublient sans doute que la corruption est la matrice fondatrice du capitalisme. Partout dans le monde, on assiste à des « off shore leaks » ou à des déballages successifs de scandales de corruption devenus monnaie courante dans tous les secteurs. De la crise des subprimes à Madoff en passant par le Sarkozygate, Lagarde, les emplois fictifs de Chirac, etc. La liste est interminable… Même le Qatar s’y met avec les pots-de-vin versés aux personnalités de la FIFA pour l’obtention de l’organisation de la coupe du monde de football. Donc le phénomène de corruption n’est pas propre à l’Algérie, il n’est que le reflet de la gestion capitaliste des affaires, agissant en amont et en aval et impliquant le plus modeste des citoyens jusqu’au responsable le plus important. Cela s’appelle juste le mode de fonctionnement capitaliste qui a toujours existé. Quant à ceux qui visent le président par le biais de son entourage, et qui se nichent dans une presse tout aussi corrompue par l’emprise de l’argent et des affaires, ils omettent le message d’information qui devrait être le leur pour se transformer en partis et porte-parole d’opposition spéculant sans retenue sur tout et n’importe quoi . Concernant les partis en panne de création politique pour ne pas dire définitivement disqualifiés, ils occultent la conjoncture particulière que traverse le pays en privilégiant leur intérêt personnel au détriment de l’intérêt de la nation. Ils ne représentent pas un quelconque contre-pouvoir, mais sont juste des boutiquiers, des  Bagaras antinationaux. L’alibi de la corruption ne tient pas la route puisqu’ils la pratiquent comme tout le monde et il n’est pas inutile de rappeler leurs pratiques mafieuses d’achats des voix et des sièges lors des élections, où le scrutin se transforme en un véritable souk au lieu d’être un vivier de la réflexion et de la proposition en vue de consolider les fondations de la patrie.

Les services de sécurité doivent frapper fort et sonner la fin de la recréation. Tous les individus impliqués de près ou de loin dans des scandales de corruption doivent payer cash. Des têtes doivent tomber quel que soit leur rang, et personne ne doit être épargné car il s’agit de l’image de notre Algérie et celui qui ose lui nuire doit être châtié sans aucune pitié. Nous avons réussi à terrasser l’hydre terroriste, maintenant l’heure est venue de déraciner les mauvaises herbes.

A ceux qui ne cessent de hurler dans un désert d’incertitudes, il serait bon d’examiner quelques chiffres issus du bilan du président Bouteflika. La dette extérieure a été intégralement remboursée. L’ardoise de plusieurs pays africains et arabes a été effacée pour permettre à ces pays de faire face à des conditions humanitaires catastrophiques. 250 milliards de dollars d’investissement publics ont été engagés durant les deux précédents plans quinquennaux, le nouveau programme de 150 milliards de dollars devant créer les conditions objectives d’un développement équilibré et pérenne ne se basant pas seulement sur la rente pétrolière. Le programme comprend tous les paliers de la formation (5000 écoles, lycées et collèges, 50.000 nouveaux enseignants, 600.000 nouvelles places pédagogiques universitaires, etc.), la santé (172 hôpitaux nouveaux), l’habitat (2 millions de logements, dont 800.000 seront encore en construction en 2014), le raccordement électricité-gaz-eau, la jeunesse et les sports.

Treize ans après son accession au pouvoir, le président Bouteflika a tenu une bonne partie de ses engagements électoraux. La réconciliation nationale a ramené la paix, même si elle n’a pas mis fin au terrorisme. Le retour de l’Algérie sur la scène internationale est une évidence. Les grands chantiers d’infrastructures, le triplement du PIB par habitant (4 900 dollars en 2009, contre 1 600 en 1999), la construction d’un million de logements, la baisse du taux de chômage constituent de vrais motifs de satisfaction pour un État qui a investi 150 milliards de dollars.

Je n’aime pas du tout le FMI et ce qu’il représente comme appareil capitaliste affamant les peuples, mais pour clouer le bec aux oiseaux de mauvais augure, voici son dernier rapport sorti tout droit de mon chapeau de magicien. Dans un rapport spécial réactualisé sur les perspectives économiques de la région du Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, rendu public hier à Washington, le FMI a classé l’Algérie au titre du pays le moins endetté des 20 pays de la région MENA pour l’année 2012, et du deuxième plus gros détenteur de réserves officielles de change après l’Arabie Saoudite, avec des prévisions de clôture de l’année 2012 de 205,2 milliards de dollars. Le FMI pronostique un matelas de devises de 224,1 milliards de dollars en 2013 (contre 183,1 milliards de dollars en 2011). Le Fonds indique que la dette extérieure brute de l’Algérie ne représentera que 2,4% du PIB en 2012 et devra se maintenir au même taux en 2013 (contre 2,8% en 2011). La dette publique devra baisser, quant à elle, à 8,9% du PIB en 2012 et à 8,6% en 2013 (contre 9,9% en 2011). Selon les évaluations du FMI sur les réserves de change officielles 2012 (hors fonds de souveraineté) des pays pétroliers de la région, les trois plus gros détenteurs de ces réserves sont l’Arabie Saoudite (683,5 milliards de dollars), l’Algérie (205,2 milliards de dollars) et l’Iran (113,1 milliards de dollars).

Durant l’exercice de sa fonction, le président Bouteflika n’a jamais trouvé de partenaire à la hauteur de la tâche d’autant plus qu’il est venu dans une conjoncture très particulière où l’Algérie se cherchait dans un océan de sang. Le terrorisme vaincu, les élites politiques, médiatiques ne se sont jamais mises à jour pour s’adapter à une situation de paix et apporter leur pierre à l’édifice. Cet état de fait qui ressemble au désert des Tartares n’a pas du tout aidé le président dans une perspective d’exigence ou de perfectionnisme quelconque. Cela aurait été possible si les contre pouvoirs, telles une opposition forte par ses propositions et son engagement et non par la stérilité de ses débats, et une presse qui informe les citoyens et ne se transforme pas en partis politiques. La popularité de Bouteflika reste intacte car le peuple, même quand il se soulève dans des émeutes, affirme à chaque fois qu’il s’attaque à des responsables et non au président, et cela prouve que la politique ne se fait pas dans les salons ni dans les journaux mais dans l’Algérie profonde. Ce peuple désespère de la classe politique et de la politique tout court, car il y voit un tremplin vers l’enrichissement personnel au détriment de l’intérêt collectif. Tous ces maux sociaux émanent de la responsabilité de tout le monde et à tous les niveaux. Pas de rendement politique de la part de l’opposition ou des partis représentés au gouvernement qui s’y sont transformés en coquilles vides, aucun débat ni contre débat, aucune proposition constructive, uniquement des chamailleries et des redressements à volonté, tout cela participe au désintérêt de la population à l’égard de ces ringardises politiques. Résultat, spéculation sur la santé du président, climat tendu, impact néfaste sur toutes les institutions de l’Etat, méfiance généralisée. Cela donne naissance à des fausses-couches car la sage-femme qui délivre la parturiente est en vacances, comme on le voit dans les mouvements du sud menés par des énergumènes sans envergure politique ou avec les prétentions d’individus sans carrure ni charisme rêvant à la magistrature suprême … L’Histoire donnera raison à ceux qui la forgent et la façonnent par leur parcours exemplaire et leur persévérance.

Rappelons cette anecdote du défunt président sénégalais Léopold Sédar Senghor, pourtant peu suspect de sympathie pour l’orientation révolutionnaire de l’Algérie et qui avoua un jour qu’il aimait beaucoup discuter avec le président Bouteflika, car c’est un plaisir de l’intelligence.

Mohsen Abdelmoumen

Paru dans La Nouvelle république le 05/05/2013

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