L’Egypte figée adoptera-t-elle l’efficacité du modèle algérien ?

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L’actualité égyptienne est caractérisée par une cacophonie gigantesque produite par le défilé discontinu d’Occidentaux de tous bords qui se sont précipités en Egypte et ont échoué lamentablement dans leurs démarches multiples pour régler la crise. L’incapacité des autorités publiques égyptiennes à s’affirmer après avoir destitué Morsi a eu des répercutions catastrophiques pour les habitants du Caire et des autres grandes villes qui souffrent quotidiennement des blocages et des manifestations, comme les deux sit-in en plein cœur du Caire, à Rabia et Nahda, juste en face de l’université, où des armes circulent et où l’on a trouvé des corps mutilés et non identifiés. En essayant de mieux comprendre cette situation d’Etat dans l’Etat, créée par la confrérie des Frères musulmans dans la capitale égyptienne, nous nous sommes basés sur l’approche de notre interlocuteur, le docteur Abdul Rahim Ali, analyste géopolitique spécialiste des mouvements islamistes, qui avance qu’à partir du 2 juillet, les Frères musulmans se sont trouvés face à un dilemme et ont commencé à revoir totalement leurs plans. Pour eux, la question était : est-ce l’organisation qui prime sur le projet ou l’inverse ? Dans le cadre de ce débat sur l’alternative à privilégier, l’Etat a fait preuve de mollesse dans la confrontation et dans la poursuite de cet affrontement, sachant qu’il y a eu divers appels au meurtre de la part des Frères musulmans. Deux options s’offraient à l’Etat et aux Frères musulmans. Dans le premier cas, il y avait une surévaluation de la force de l’adversaire. En effet, du côté de l’Etat, on pensait que les Frères musulmans allaient faire un raz-de-marée suite à leur éviction du pouvoir, et du côté des Frères musulmans, on pensait qu’il y aurait des arrestations massives et une répression généralisée. Or, rien ne s’est passé comme chacun le supposait. Les Frères musulmans, en sentant la peur et la division du côté des autorités, ont compris qu’il y avait une faiblesse au sein du pouvoir décisionnel. Ils se sont engouffrés dans la faille et ont changé leur stratégie en conséquence en optant immédiatement pour le projet plutôt que pour la confrérie : diriger l’Egypte à tout prix. Il y a eu recentralisation de toutes les forces islamistes qui avaient à un moment donné commencé à se retirer, comme El-Gamaa al-islamiya, le Parti du centre et certains salafistes. Ces forces se sont regroupées en s’appropriant la rue et ont commencé à œuvrer sur la plateforme de Rabia al-adaouiya (notons au passage la présence permanente d’une chaîne de télévision israélienne dans ce rassemblement) et à Nahda, installant une nouvelle stratégie pour maintenir la pression et lancer des messages à l’Occident dans un langage qu’il comprend et qu’il apprécie. Les autorités ont réagi en retard, pensant que la situation allait rapidement être hors contrôle, surtout après l’attaque armée contre la Garde républicaine, et ont de nouveau fait appel à un consensus populaire pour convaincre l’Occident qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’Etat. Les Frères musulmans visaient plusieurs objectifs dans l’attaque de la Garde républicaine : se faire passer pour des victimes en prétendant avoir subi une répression sanglante (représailles, massacres, etc.) et casser l’image de la toute-puissance de l’armée. Dans la soirée suivant cet évènement et suite à l’action contre la Garde républicaine, l’armée a pris la décision de disperser les deux sit-in, le but des Frères musulmans de passer pour des victimes n’ayant pas fonctionné auprès de l’armée. Celle-ci a demandé carte blanche au peuple égyptien pour combattre le terrorisme et après que le peuple lui a donné son aval en manifestant en masse dans les rues le 26 juillet, dans la même nuit, la décision d’évacuer les sit-in a été prise. Tout le monde était prêt pour disperser les manifestants pro-Morsi et leurs sit-in. Au même moment, des mouvements ont eu lieu au sein des rassemblements qui ont été filmés par l’armée. Les services des renseignements militaires via les hélicoptères ont filmé des individus cachant des objets – probablement des armes – et se positionnant aux endroits stratégiques de ces deux sit-in. Les vidéos démontrant ces faits et les rapports établis par trois services sécuritaires (les renseignements militaires, les renseignements généraux et la Sûreté nationale) ont été livrées au parquet général et la Sécurité de l’Etat. Quand les snipers islamistes ont été mis en position, ils ont commencé à tirer sur leurs propres partisans et ensuite sur les forces de l’ordre. Les vidéos ont capté ce stratagème et les preuves sont maintenant entre les mains de la justice, démontrant que la plupart de ceux qui sont morts ont été tués par les Frères musulmans eux-mêmes. Les témoins oculaires ainsi que les documents filmés constituent des preuves irréfutables de la manipulation des Frères musulmans. Aucun des cadres ou des dirigeants de la confrérie n’était sur place, ils avaient fait venir des gens de l’intérieur du pays pour les sacrifier à «la cause», mais Safouat Hidjazi avait déclaré, pour «booster» le moral des troupes, que Morsi viendrait les rejoindre dans quelques heures. Suite aux événements de l’attaque de la Garde républicaine et les morts qui s’en sont suivis, il y a eu aussitôt des dissensions au sein du gouvernement transitoire, provoquées notamment par El-Baradei qui a menacé de démissionner et qui a obligé l’Etat à reculer, le chantage à la victimisation ayant repris avec les accusations de la confrérie contre l’armée et provoquant des désaccords dans la manière de gérer la crise. On a vu alors l’apparition immédiate des hommes du Qatar dont Al-Qaradawi et d’un élément de l’Iran, Selim El-Aoua. En tous cas, l’une des choses importantes à retenir, ce sont les tergiversations pour disperser les sit-in et l’absence d’une politique ferme envers la confrérie des Frères musulmans, alors que les preuves de leur militarisation sont multiples et que l’armée attend un signal qui n’est jamais venu. Un problème grave est donc apparu au sein du nouveau gouvernement avec la menace de démission d’El-Baradei. L’homme des USA a voulu édicter la vision américaine consistant à dire que si ce ne sont pas les Frères musulmans qui dirigent l’Egypte, ce sera lui, El-Baradei, les deux options n’étant jamais que les deux faces de la même médaille. La problématique aujourd’hui vient de ce pion américain qui représente la position étasunienne visant à fractionner les Etats arabes et à casser leurs armées au profit de la sécurité d’Israël. En imposant El-Baradei au sein du gouvernement transitoire égyptien, le Front du salut d’Amro Moussa et Hamadine Sabahi ont introduit le loup dans la bergerie et sa menace de démissionner casse la seule dynamique qui résiste aux Frères musulmans. Pourquoi le Front du salut a-t-il désigné pour le représenter au sein de la présidence égyptienne ce même El-Baradei qui a bloqué la décision de dispersion des sit-in ? Ces révélations hallucinantes attestent le rôle trouble d’El-Baradei dans les événements en Egypte. Il apparaît que les manœuvres d’El-Baradei consistent à se positionner en récupérant les voix des Frères musulmans et des salafistes qui ne figureront pas sur la scène politique afin de s’imposer au moment voulu par retour de bons et loyaux services. Même s’il n’est pas candidat, il soutiendra le candidat qui lui convient en demandant un retour d’ascenseur à ceux qu’il a protégés. Il est à souhaiter que malgré ses tentatives, les sit-in soient quand même dispersés tôt ou tard. A l’époque de l’Etat policier en Egypte, celui-ci s’appuyait sur le rôle central de la Sûreté de l’Etat pour ramener des informations, et parmi les informateurs, figurait Mohamed Selim El-Aoua. Le docteur Abdul Rahim Ali n’hésite pas à montrer des documents concernant cet individu, dont un PV de la Sûreté de l’Etat qui prouve la véracité de ses propos et il se tient prêt à être entendu devant les tribunaux en fournissant les documents qu’il détient. Le PV a été dressé le 7 novembre 2008 et stipule que Mohamed Selim El-Aoua, alors secrétaire général des oulémas musulmans, s’est présenté à la Sûreté de l’Etat. Au cours des trois heures d’interrogatoire, El-Aoua a déclaré qu’il voyageait fréquemment au Liban. Il a notamment effectué un séjour du 3 au 6 novembre 2008 au cours duquel il a rencontré le président du parti El-Moustakbal qui revenait d’Arabie Saoudite, Saad Hariri, à la demande pressante de ce dernier, ainsi que Hassan Nasrallah. Hariri demandait l’aide de Selim El-Aoua pour la construction d’un projet immobilier dans les territoires contrôlés par le Hezbollah et dont la valeur était évaluée à 380 millions de dollars. El-Aoua étant un ami de Nasrallah, Hariri comptait sur sa médiation pour réaliser son projet. La synthèse de la Sûreté de l’Etat égyptienne de l’époque est qu’après sa démission, El-Aoua a voulu créer un courant islamiste en parallèle à l’Union des musulmans. Le même PV stipule que Mohamed Selim El-Aoua a été contacté entre autres par Ghannouchi d’Ennahda, alors en exil en Grande-Bretagne, qui l’a informé que les Américains faisaient pression sur le régime de Ben Ali pour libérer les éléments d’Ennahda emprisonnés en Tunisie. Le 21 août 2010, Mohamed Badie, Saad Al-Katatni et Mohamed Morsi se sont rendus au siège de Sûreté de l’Etat égyptienne, Selim El-Aoua servant d’intermédiaire. Pour la première fois, le guide suprême des Frères musulmans rencontrait le chef de la Sûreté de l’Etat, le général major Hassan Abdoul Rahmane. Le but de cette rencontre visait à informer le chef de la Sûreté que les Frères musulmans allaient se présenter aux élections et ramener avec eux tous les partis de l’opposition. A cette époque, celle-ci était divisée quant à la participation des partis au scrutin, mais la conférence de presse organisée immédiatement par le guide suprême pour déclarer la participation de la confrérie aux prochaines élections a entraîné les autres partis à se présenter sur les listes électorales. L’initiative actuelle d’El-Aoua pour la sortie de crise est celle du Qatar, des Etats-Unis et de l’Iran. Comme elle exige le retour de Morsi, cette proposition vient à point nommé alors que le président déchu est accusé entre autres d’intelligence avec les Etats-Unis d’Amérique. En avril 2011, le but des négociations était le retour de Morsi en Egypte. Il existe un PV qui évoque le rôle des Frères musulmans en 2011 lors de la révolte et qui accuse Mohamed Morsi de travailler pour la CIA contre les intérêts de son pays. Dans ce PV, il est fait mention d’un officier supérieur de la CIA venu des USA pour rencontrer Mohamed Morsi, Saad Al-Katatni et Salah Abdelmasoud au Pont de Suez le 25 décembre 2010. Cette première rencontre a été enregistrée. Le 21 janvier 2011 a eu lieu une seconde rencontre qui s’est déroulée au siège des Frères musulmans en Turquie, entre Ahmed Abdelati, responsable de la confrérie des Frères musulmans à l’étranger, et le chef de l’officier supérieur de la CIA qui avait rencontré Morsi. C’est à cette occasion que les agents américains ont demandé au chef des Frères musulmans si la confrérie était capable de reproduire ce qui avait eu lieu en Tunisie tout en leur recommandant de ne pas se montrer les quatre premiers jours de soulèvement en Egypte : il ne fallait pas que les Frères musulmans apparaissent au début de la révolte. Si l’opération réussissait, ils prendraient le pouvoir. Les Frères ont accepté la proposition. Suite à cet accord, les services de renseignement d’un pays très puissant ont intercepté un document et l’ambassade de ce pays a fait une synthèse indiquant : «Mohamed Morsi Ayad futur président de la République arabe égyptienne», alors que tout le monde parlait de Khairat Al-Chater à la tête de l’Etat. Cela a provoqué un tollé au Caire et tous ces mouvements ont été mentionnés dans les différents rapports des services de renseignement égyptiens et étrangers. Cela confirme que la situation n’est pas suivie uniquement par les services de renseignement égyptiens mais aussi par un pays très puissant qui a surveillé de près toutes ces manœuvres. Les Américains ont déclaré aux Frères musulmans que le moment était venu pour eux de prendre les rênes du pouvoir, et que s’ils n’y parvenaient pas à cet instant, ils devraient attendre 50 ans avant de connaître une pareille opportunité. Les Frères musulmans qui s’étaient retrouvés huit ans auparavant sur la liste américaine des organisations terroristes ont été choisis comme seuls garants de la sécurité d’Israël, le seul élément pour appliquer la politique américaine et de créer une constitution sur base confessionnelle, qu’El-Baradei lui-même a tenu à garder telle quelle. En établissant une Constitution basée sur l’aspect confessionnel, Morsi préparait le terrain d’une intervention américaine. En effet, pour la première fois dans la Constitution égyptienne, l’Egypte était déclarée pays sunnite, plantant les germes d’une future guerre civile et ouvrant la porte à une intervention américaine sur la base, par exemple, de la protection des minorités, etc. comme c’est le cas dans plusieurs pays arabes. Cet amendement de la Constitution de Morsi constitue donc une véritable bombe à retardement dans la mesure où l’article n°1 stipule que l’Egypte est un pays sunnite. Le 28 juillet dernier, la Sûreté nationale a déposé une plainte auprès du juge d’instruction Hassan Samir à l’encontre de Mohamed Morsi Ayad pour intelligence avec les Etats-Unis et espionnage au profit de ceux-ci. La plainte porte sur le rôle des Frères musulmans avant et pendant les événements du 25 janvier 2011. Rien que par cette plainte, Morsi risque la peine capitale. Faut-il sauver un homme qui a espionné son pays au profit de la CIA ? Bien évidemment, beaucoup de gens craignent le retour de la Sûreté de l’Etat dissoute et la divulgation des archives effraie bon nombre de personnalités qui trimballent des casseroles.

Autres faits marquants : par le biais des affairistes de la confrérie, les Frères musulmans ont privilégié les membres de la confrérie mondiale dans les appels d’offres et plusieurs projets ont été attribués à des Turcs et à des Qataris. L’écartement de 350 hauts fonctionnaires (magistrats, procureurs, etc.) pour être remplacés par des membres de la confrérie a eu lieu durant le règne de Morsi, ainsi que plusieurs tentatives d’infiltration des renseignements. L’une des tentatives d’envergure s’est produite lorsque Khairat Al-Chater a demandé une entrevue avec le chef des renseignements militaires. Reçu par le ministre de la Défense, le général Abdelfateh Al-Sissi, Chater lui a demandé d’incorporer 500 membres de la confrérie dans les renseignements militaires. La réponse du Général Sissi a été : «Je vais demander aux autres partis politiques de nous envoyer leur liste, ainsi ce sont les partis politiques qui formeront les renseignements militaires.» On évoque également un épisode très significatif, lorsque Khairat Al-Chater a effectué un geste éloquent à l’adresse du général Al-Sissi, le pointant avec une arme imaginaire en formulant «bang bang». Le stratagème des Frères musulmans s’appuie sur des éléments à l’intérieur du pouvoir et à l’extérieur, comme les Etats-Unis, le Qatar et l’Iran qui leur ont permis de prendre confiance. Ils gagnent du temps tout en investissant le terrain. D’une part, ils ont opté pour répandre les rassemblements illégaux et les manifestations tournantes dans toutes les villes égyptiennes, d’autre part, ils ont choisi la provocation des forces armées afin d’ébranler la crédibilité de l’armée et l’accuser de représailles et de massacres lors de leurs manifestations devant les infrastructures militaires, le ministère de la Défense et le renseignement militaire. Le rôle de victime est un subterfuge bien rodé par les Frères musulmans qui leur offre de nombreuses alternatives. La pression exercée au Sinaï et la déclaration d’El-Baltagui, secrétaire général du parti de Morsi, disant que dès la libération de Morsi, les attentats au Sinaï s’arrêteront immédiatement, dévoilent l’objectif visé : la destruction pure et simple de l’armée égyptienne dans une sorte de politique de terre brûlée au profit d’Israël. Selon le docteur Abdul Rahim Ali, les Frères musulmans refuseront la confrontation directe contre l’armée et l’Etat, et se replieront dans la clandestinité, sachant que c’est leur seul moyen de se réapproprier une crédibilité dans leur rôle de victime. Cette stratégie s’appuie sur les expériences passées de la confrérie depuis sa naissance dans les années 1920. Le docteur Abdul Rahim Ali a déclaré qu’il est totalement responsable des propos qu’il avance et qu’il détient toutes les preuves et notamment les documents officiels qu’il nous a montrés. Il est prêt à toutes les éventualités si les personnages qu’il cite le poursuivent en justice, mais à l’heure actuelle, aucun des protagonistes n’a encore osé porter plainte contre lui. Qui ne dit mot consent. Le docteur Abdehalim Kandil, écrivain et journaliste, nous affirme, quant à lui, que l’Egypte est colonisée par notamment l’aide américaine annuelle de 1,5 milliard de dollars, ce qui empêche toute décision souveraine. Le destin de l’Egypte va se jouer dans les prochains jours, sachant que les handicaps internes et externes, notamment les différentes visites de McCain, Ashton, Burns, et autres ont tous lamentablement échoué, car tout en se prétendant des médiateurs, ils ne visaient qu’une seule chose : la libération de Morsi et des autres dirigeants de la confrérie. Ces va-et-vient perpétuels ne manquent pas de soulever bien des questions au sujet de cet acharnement à vouloir libérer coûte que coûte Morsi, malgré toutes les charges qui pèsent sur lui et malgré le fait qu’il est entre les mains de la justice pour des délits extrêmement graves. Il y a donc anguille sous roche et nul doute que les prétentions occidentales obéissent à un agenda précis qui ne nous est pas révélé. L’absurdité a atteint son paroxysme lorsqu’au cours de sa conférence de presse au Caire, McCain a qualifié la destitution de Morsi de «coup d’Etat» et que la Maison Blanche, qui avait déclaré auparavant McCain et Graham ses représentants officiels, a fait immédiatement, devant l’ampleur des protestations des différentes organisations et partis politiques égyptiens, un communiqué stipulant que McCain et Graham ne représentaient qu’eux-mêmes. Le nombre de personnalités étrangères de haut rang qui défilent pour visiter le président déchu dans son lieu de détention laisse perplexe dans la mesure où tous les responsables mondiaux se bousculent pour le rencontrer alors qu’il est détenu pour des raisons bien précises, et où, comble du ridicule, Madame Ashton, lors de sa première visite, s’est empressée d’ouvrir le frigo de Morsi pour vérifier s’il était bien approvisionné. C’est tout simplement effarant. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises lorsqu’on apprend que le représentant de la branche des Frères musulmans en Tunisie, le sinistre Ghannouchi, a donné son accord aux Américains pour l’installation d’une base militaire américaine et l’ouverture d’un bureau de contact avec Israël, contre la promesse d’Obama d’aider la Tunisie. Des sources de renseignement confirment que le même procédé qu’en Egypte avait été utilisé en Tunisie avec la mobilisation de cadres et d’experts américains dans la communication politique et l’organisation des événements de 2011, et que McCain, encore lui !, avait été dépêché sur place pour élaborer un plan d’action dans le but d’installer les islamistes au pouvoir. Ces mêmes sources évoquent également la relation entre Ennahda et le groupe terroriste Ansar al-charia. Ajoutons à ces révélations édifiantes la récente rencontre entre le chef de la branche de la confrérie des Frères musulmans en Algérie, Mokri, et les ambassadeurs américain et allemand au siège de son parti où il les a exhortés de faire pression sur le général Al-Sissi pour un retour de Morsi au pouvoir, arguant le leitmotiv islamiste de la «légitimité». Ainsi, un parti politique algérien demande l’intervention des Etats-Unis et d’un pays européen dans les affaires internes d’un pays arabe ! Il s’agit d’un grave précédent diplomatique dans la mesure où l’un des principes fondateurs de la politique étrangère de l’Algérie est la non-ingérence dans les affaires internes des pays. Il s’avère donc que le parti HMS, représentant des Frères musulmans en Algérie, est en passe de devenir hors-la-loi pour l’intérêt de la mouvance islamiste mondiale qu’est la confrérie des Frères musulmans. Il en résulte que le HMS s’exclut de facto de tout ancrage national et ne peut prétendre à aucune place que ce soit dans la vie politique du pays ou dans la société algérienne, puisqu’il n’est qu’une faction représentant la confrérie des Frères musulmans en Algérie. Malheureusement pour Monsieur Mokri, on n’a pas encore créé le métier de délégué d’une marque labellisée dans la politique. Ton destin politique est fini avec la fin des islamistes dans le monde arabe, ya si Mokri, et on comprend très bien ta situation de comateux politique. Soit tu te plies aux règles du jeu en Algérie, et en bonus tu récupères un peu de ton algérianité perdue, soit tu te casses chez tes amis de la mouvance mondiale à Istanbul, chez ton maître Erdogan ! Il est indispensable que les autorités de notre pays, à travers les différents services sécuritaires suivent de très près les agissements de cet individu qui n’a pas hésité à divulguer des informations diverses et importantes à des ambassadeurs étrangers : cela s’appelle «intelligence et espionnage au profit des puissances occidentales», d’autant plus que son parti a fait partie du gouvernement ! Ce Mokri est lié à Freedom House et Human Right Watch et l’on remarque que les islamistes dans ces moments de défaite politique font appel à leurs maîtres occidentaux pour sauver la face. L’érosion des mouvements islamistes va bientôt avoir des répercussions sur l’organisation mondiale des Frères musulmans et divers groupes islamistes à travers le monde. D’ailleurs, leurs responsables se sont réunis dernièrement en Turquie où ils ont dressé un constat pour le moins catastrophique, surtout en ce qui concerne l’Egypte, et leur déclaration : «Morsi nous a fait perdre l’Egypte définitivement » en dit long sur leur état de délabrement. Quoi qu’il en soit, la situation d’inertie en Egypte doublée d’attentats au Sinaï (on évoque le nombre de 7 000 à 10 000 terroristes surarmés au Sinaï dont la plupart ont été graciés par le président déchu Morsi) et le désordre permanent provoqué par une désobéissance civile qui ne dit pas son nom, l’absence de volonté de décision politique et la frilosité des autorités divisées sur le traitement approprié pour résoudre la crise, non pas seulement des sit-in qui constituent un véritable casse-tête dans la mesure où les islamistes n’ont pas hésité à utiliser des enfants et des bébés comme boucliers humains dans l’éventualité d’une intervention de l’armée (il faut noter que ces enfants ont été récupérés dans les orphelinats appartenant aux diverses associations caritatives des Frères musulmans), mais aussi du rôle de la lutte antiterroriste dans son ensemble, notamment au Sinaï où des groupes armés utilisent des lance-missiles qui proviennent de l’arsenal libyen, et surtout du rôle politique que les Frères musulmans vont jouer dans le futur, nous montrent à quel point la situation est problématique. Sachant que les Frères musulmans disposent de plusieurs associations satellites caritatives qu’il sera difficile de combattre sans volonté politique, surtout que la législation égyptienne est très ambiguë concernant la frontière entre le caritatif et le religieux et entre le politique et le religieux, il serait dangereux d’occulter toutes ces questions et il est impératif de mettre au plus tôt de l’ordre dans cet imbroglio. Les habitants du Caire déposent plainte massivement contre les sit-in qui bloquent la vie des Cairotes qui subissent des fouilles corporelles, qui voient leurs lieux de vie et de travail pollués avec les dépôts d’immondices, et qui constatent la dégradation de la voie publique. Le témoignage du journaliste britannique Robert Fisk est révélateur sur la réalité des rassemblements. Bien qu’ayant été proche des thèses islamistes au début et soutenant les Frères musulmans en les considérant comme des victimes, il a fait un revirement de 180 degrés en visitant les lieux où se tenaient ces sit-in, et lorsqu’il a vu que le guide qui l’accompagnait se baladait avec une kalachnikov à l’épaule. Désormais, dans tous ses écrits actuels, Fisk parle de camps armés et non de rassemblements pacifiques, où la torture se pratique et où il y a des décès suite à des sévices, avec abandon des corps, etc. Ses propos sont corroborés par le dernier rapport accablant les islamistes d’Amnesty International, qu’on ne peut certes pas soupçonner d’être favorable aux gouvernements qui luttent contre le terrorisme. Les morgues des hôpitaux du Caire regorgent de cadavres non identifiés et des appels sont lancés pour que les familles se manifestent pour l’identification des corps et leur enlèvement. Face à un mouvement qui a pris la forme de désobéissance civile et de sédition, l’Etat est resté pour le moins hésitant au lieu de prendre les mesures nécessaires pour combattre cet Etat dans l’Etat lié aux groupes terroristes du Sinaï. Ce ne sont pas les petits états d’âme des dirigeants égyptiens actuels qui vont régler cette crise profonde, mais des mesures fermes et autoritaires comme la suspension de la constitution et l’instauration d’un état d’urgence. Le salut de l’Egypte sera à ce prix. Sans aucun chauvinisme, force est de constater que ce qui a manqué aux Égyptiens, c’est tout simplement une sève algérienne. En effet, l’Algérie a su, avec son armée, prendre ses responsabilités en stoppant le processus électoral meurtrier de 1991 quand la classe politique dans son ensemble était en faillite. Rappelons-nous la phrase qui reste gravée à jamais dans nos mémoires et qui symbolise à elle seule toute la dimension de l’impuissance du pouvoir civil représenté par le chef de gouvernement Mouloud Hamrouche qui, après avoir échoué à gérer le dossier du FIS, et notamment celui des sit-in, a téléphoné au ministre de la Défense, le général Nezzar en lui disant : «Monsieur Khaled, c’est à vous de jouer.» Suite à cet appel, l’ANP a pris ses responsabilités en dispersant les rassemblements du FIS et en combattant le terrorisme avec fermeté et abnégation. Le souffle algérien, que ce soit dans la dispersion des rassemblements avec toutes les répercussions que l’on sait ou dans la lutte antiterroriste qui a suivi, et qui est l’une des plus grandes épopées de guerre de tous les temps contre la barbarie islamiste, manque âprement aux décideurs égyptiens qui ont entrepris une démarche qu’ils n’ont pas le courage d’assumer pleinement, alors même qu’ils ont obtenu l’aval de leur population pour combattre le terrorisme. Voilà ce qui arrive quand un pays n’a pas la décision politique entre ses propres mains et que des forces étrangères imposent leur vision. La victoire égyptienne sur la confrérie des Frères musulmans d’aujourd’hui est, jusqu’à présent, une victoire à la Pyrrhus. Je persiste à dire que le seul modèle qui a pu arriver à bout de l’hydre islamiste, c’est l’Algérie avec son armée appuyée par sa société qui a rejeté en bloc le projet islamiste funeste pour notre nation. L’Egypte doit impérativement s’inspirer de notre expérience inédite dans l’Histoire et se résoudre une fois pour toutes à saisir le taureau par les cornes et à combattre le terrorisme sans craindre les conséquences, car c’est sur ces contradictions de mollesse et de manque de vision claire, voire l’infiltration d’agents de l’impérialisme au sein du gouvernement, que s’appuie la mouvance islamiste pour installer le chaos. Sans cela, les Égyptiens risquent de tourner en rond éternellement sous le regard impavide du Sphinx.

L’œuf ne casse pas la pierre (proverbe égyptien).

Mohsen Abdelmoumen

Publié dans Algeriepatriotique le 13/08/2013

http://www.algeriepatriotique.com/article/l-egypte-figee-adoptera-t-elle-l-efficacite-du-modele-algerien

 

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