Interview de l’ambassadeur de l’Uruguay à Bruxelles : «Notre mouvement s’est inspiré du modèle algérien»

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Le président José Mujica. D. R.

Le président José Mujica. AP. D.R.

Algeriepatriotique : Le président de l’Uruguay représente un cas d’école concernant son mode de vie modeste. Il est l’unique chef d’Etat à avoir renoncé à son salaire, au palais présidentiel, au protocole, etc. Pourtant, votre pays affiche un taux de croissance considérable permettant au peuple de vivre confortablement, comment pouvez-vous nous expliquer cela ?
S. E. Walter Cancela : Le président Mujica n’est pas un cas exceptionnel en Uruguay. En général, la classe politique uruguayenne est profondément républicaine. Dans l’histoire moderne, depuis le début du XXe siècle au moins, il n’y a pas eu de président qui ait changé de style de vie en assumant son mandat. Le président Mujica est comme ses prédécesseurs. Il continue à vivre sa vie comme il le faisait avant d’être président. Sa singularité est qu’à la différence des anciens présidents, il n’est pas issu d’une «classe» intellectuelle, universitaire ou entrepreneuriale mais d’une expérience de vie qui inclut la politique, d’abord comme membre d’un parti traditionnel, ensuite par l’action politique en marge des institutions et, enfin, par la réinsertion à la vie démocratique une fois la dictature achevée, en gagnant sa vie comme agriculteur. Son expérience en prison – durant plus de 13 ans, desquelles plus de la moitié dans des conditions extrêmes de privations – lui tempéra le caractère et lui permit de réaffirmer des valeurs qui lui sont propres telles que l’austérité et la solidarité, le respect vis-à-vis des opinions divergentes et, enfin, le culte de la liberté : lui-même se définit comme «libertaire». Ces dix dernières années, l’Uruguay a connu une période de prospérité, comme jamais connue auparavant, en augmentant sa richesse nationale, en diminuant la pauvreté, en éradiquant presque totalement l’indigence et, enfin, en réduisant significativement les inégalités. Cependant, l’ostentation ne fait pas partie de la culture uruguayenne. Il n’y a pas de grandes fortunes en Uruguay et celui qui, toutefois, serait fortuné, quand il exhibe ses avoirs, ne le fait pas de façon ostentatoire.

Le parcours du Président en tant que révolutionnaire et guérillero est-il la cause de sa popularité ?
Ce n’est pas la trajectoire du Président comme guérillero et révolutionnaire qui est la cause de sa popularité. Bien au contraire, les Uruguayens n’aiment pas les extrêmes, bien qu’ils admirent ou respectent le romanticisme épique des lutteurs sociaux. J’ai plus l’impression que sa popularité est due, en premier lieu, à son authenticité : dire ce que l’on pense et vivre comme on pense. En outre, son sens de l’autocritique est aussi apprécié : il n’hésite jamais à revenir sur une décision quand il pense qu’elle était erronée. Enfin, son sentiment de loyauté envers ses compagnons, son organisation, les institutions est une valeur hautement appréciée par les Uruguayens.

Existe-t-il une coopération entre l’Algérie et l’Uruguay sur le plan économique, culturel et social ?
Malheureusement, il n’existe pas de relation étroite entre l’Algérie et l’Uruguay. L’Algérie a toutefois été présente en Uruguay à l’époque du processus de libération algérien. De fait, l’organisation du mouvement Movimiento de liberación nacional – Tupamaros, duquel est issu le président Mujica –, s’est assez bien inspirée du modèle algérien. L’orientation de la politique extérieure uruguayenne a été, jusqu’à récemment, assez orientée vers le centre «occidental» (le Nord développé) et vers la région latino-américaine. C’est il y a relativement peu de temps (moins de trois décennies) que sont nés l’intérêt pour l’Asie et, plus récemment encore, l’intérêt de développer une politique vers «les trois Afriques» (arabe, subsaharienne et du Sud).

Pouvez-vous nous dire si la stratégie Mercosur avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et le Venezuela est une réussite ?
La stratégie Mercosur est centrale dans la politique extérieure de l’Uruguay. En tant que petit pays entre deux géants (l’Argentine et le Brésil), avec lesquels non seulement nous avons des frontières communes, sinon également une histoire et un présent totalement liés, nous ne pouvons pas être en marge du processus d’intégration. Et encore moins adopter une attitude passive. Aujourd’hui, le Mercosur présente des limitations importantes comme schéma d’intégration. Cependant, il a permis un ensemble important de réalisations en matière d’intégration physique et de liens commerciaux. Et au-delà des difficultés qui peuvent surgir aujourd’hui comme conséquence de stratégies nationales divergentes dans certains cas, le problème pour notre économie serait bien plus important si nous n’avions pas ces liens que le Mercosur a créés.

Entretien réalisé par Mohsen Abdelmoumen

Publié dans Algeriepatriotique le 6/12/2013

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