Le diplomate égyptien Maged Mosleh à Algeriepatriotique : «Pas de tolérance face au terrorisme»

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Attentat terroriste au Caire, en décembre dernier, imputé aux Frères musulmans. D. R.

Attentat terroriste au Caire, en décembre dernier, imputé aux Frères musulmans. AP. D.R.

Algeriepatriotique : Quels sont les préparatifs du référendum concernant la nouvelle Constitution de la République arabe d’Egypte ?
Maged Mosleh : Pour le moment, il n’y a pas beaucoup de citoyens égyptiens qui se sont enregistrés pour prendre part au référendum. Nous avons plus ou moins quelque 750 personnes inscrites. Nous sommes ouverts de 9h à 21h pendant cinq jours, du 8 au 12 janvier. Il suffit que les gens arrivent, présentent leur pièce d’identité ou leur passeport, et ensuite ils peuvent entrer dans la salle et utiliser le formulaire que nous leur présentons pour effectuer leur choix concernant le référendum.

Comment analysez-vous le fait que l’organisation mondiale des Frères musulmans veuille apparemment perturber le bon déroulement du référendum, voire de le stopper, notamment par des actions telles que celle de ce 6 janvier avec l’occupation du consulat d’Egypte à Paris ?
Les Frères musulmans et tous les partis politiques ont été invités à prendre part à la feuille de route qui est bien précise : Constitution, élections, présidentielles puis parlementaires ou vice-versa. Telle est la feuille de route désignée et acceptée par les différentes forces politiques en Egypte, y compris l’islam politique. C’est très clair. Tout le monde était invité : les salafistes, les forces libérales, les socialistes, tous y ont participé, mais les Frères musulmans ont refusé. Ils ont boycotté, c’est leur choix. Il n’y a pas de préconditions, mais il y a des normes de la démocratie, celles d’en accepter les principes et de ne pas recourir à la force. On ne peut pas utiliser la force ni utiliser le terrorisme pour atteindre des objectifs politiques, c’est inadmissible. Face au terrorisme, il n’y a ni justification ni tolérance. Que des organisations internationales comme les Frères musulmans, aidées par d’autres, essaient de dresser des obstacles à notre feuille de route, on le comprend bien, nous sommes bien préparés pour ça. Il y a eu des plaintes de Paris suite à l’incursion à l’intérieur du consulat et qui a abouti à un sit-in. D’après ce que je comprends, le consulat a demandé aux forces de police d’intervenir. Ce n’était pas le premier choix de l’ambassade égyptienne à Paris, mais il faut respecter la loi. Nos deux révolutions ont été faites pour le respect de la loi et l’Etat de droit. Le droit protège, il donne des libertés, mais aussi des obligations. Les uns ne vont pas sans les autres : liberté de manifestation, liberté d’opinion, liberté de religion, liberté d’organisation, mais aussi obligation des droits d’autrui. C’est là notre différence par rapport aux Frères musulmans.

Que cherche le Qatar, notamment en octroyant la nationalité qatarie à plus de 400 individus réclamés par l’Egypte, sachant que parmi eux il y a Mahmoud Ezzat, Assem Abdel Majed Maled, etc., que certains ont reçu la nationalité et qu’il y a eu un versement de 54 millions de dollars pour essayer de briser le référendum ?
Personnellement, je n’ai pas eu d’informations sur les chiffres que vous citez ni sur cet octroi de nationalité. Ce que je peux vous dire, c’est que le Qatar est Al-Jazeera. Si on avait compris leur objectif, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Ce qu’on voit là, c’est une ingérence dans les affaires intérieures de l’Egypte et ça, ce n’est pas acceptable. Notre assistant du ministre pour les Affaires arabes vient de convoquer l’ambassadeur du Qatar au Caire. C’est la première fois que cela arrive avec un pays arabe, et nous avons bien précisé que ce n’était ni acceptable ni toléré, et il y aura d’autres réactions. Que le Qatar essaie de prendre part et d’influencer la politique interne de l’Egypte en menaçant la sécurité nationale de notre pays, c’est un jeu non toléré. Cela ne fait pas partie des principes de la Ligue arabe et de la fraternité au sein de la Ligue arabe, ni au sein de la coopération islamique ni des principes de bon voisinage selon la Charte des Nations unies. De toute façon, on espère bien que le Qatar rejoigne le reste du monde, les partenaires et les frères de l’Egypte, en soutenant notre feuille de route. Ils ont bien déclaré qu’ils soutenaient les deux révolutions de l’Egypte, mais il faut aussi, comme on dit en anglais, walk the dog. C’est bien de soutenir, mais il faut le faire aussi par des actes précis ou des non-actes précis. Nous attendons et j’espère qu’ils ont bien reçu notre message.

Les autorités égyptiennes sont-elles au courant que le Qatar vient de créer des camps d’entraînement sur la frontière libyenne avec l’Egypte en vue de prendre l’Egypte en tenailles en ravitaillant, dans le même temps, les terroristes dans le Sinaï à partir de Libye ?
Je n’ai pas cette information. Mais si vous avez ce type d’informations, il serait important pour nous de les connaître, en effet.

Votre ministre des Affaires étrangères a visité l’Algérie ce 5 janvier dans le cadre d’une dynamique pour trouver des alliés à l’Egypte dans ces moments très difficiles avec, notamment, une décantation qui se produit dans le monde arabe. Comment évaluez-vous cette visite ?
Pour commencer, cette coordination entre l’Egypte et l’Algérie n’est pas une surprise. Nous avons toujours coordonné notre travail et nos politiques dans les organisations multilatérales, et surtout dans l’Union africaine. C’est du business, mais il y a aussi une valeur ajoutée. Comme vous venez de le dire, c’est un moment où l’on coordonne et où l’on consulte avec nos frères algériens. Notre ministre a aussi rencontré des hommes d’affaires, il y a des investissements égyptiens en Algérie et la coordination a lieu partout. J’ai eu le plaisir de travailler avec M. Lamamra lorsque j’étais au Caire et qu’il était Commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine, je l’ai même rencontré ici à Bruxelles pour coordonner la position de l’Algérie au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. M. Lamamra a déclaré et répété le soutien de l’Algérie à l’Egypte en ce qui concerne la feuille de route et la position de l’Union africaine vis-à-vis de l’Egypte. Et l’on espère bien, lors des semaines et des jours à venir, que la décision de l’Union africaine de geler la participation de l’Egypte à ses réunions sera annulée le plus tôt possible.

Ne pensez-vous qu’il est très important d’avoir un allié comme l’Algérie, comme vous êtes soutenu par certains membres influents du Conseil de Golfe, tels que les Emirats arabes unis, pour revenir dans la sphère maghrébine et africaine ?
Cette composante dans la politique extérieure de l’Egypte est très importante, et elle acquiert de jour en jour une plus grande importance sur la liste de nos priorités. La relation avec l’Algérie est importante, surtout qu’elle est membre de l’Union africaine et a des activités au niveau du continent africain avec des partenaires européens, chinois, indiens, d’Amérique latine, japonais, etc. Cette composante est donc essentielle et fait partie de deux priorités et principes dans la diplomatie égyptienne, l’un étant la solidarité arabe, et l’autre, pareillement, avec l’Union africaine et dans les relations que nous entretenons avec nos frères africains. Même avec ce gel de l’Union africaine, l’Egypte continue à jouer son rôle avec les pays arabes et les pays africains. Il y a eu des visites de notre ministre à une dizaine de ministres africains ainsi que dans des pays d’Afrique, et cela continue, même avec ce gel. Comme vous le dites, notre coordination n’est pas quelque chose de nouveau, elle existe depuis longtemps et redevient normale, mais le temps et la situation politique nécessitaient que cette visite en Algérie se fasse au moment opportun.

L’Algérie a aussi connu son ère terroriste dans les années 90, ne pensez-vous qu’un échange d’expériences avec l’Algérie dans le domaine de la lutte antiterroriste serait plus que vital ?
Je crois bien qu’il existe une coordination et un échange d’expériences avec l’Algérie à tous les niveaux, sans exclusive. Quand on parle de terrorisme, cette coordination n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Le terrorisme ne connaît pas de frontière, comme vous le savez. Le crime organisé et ses organisations sont partout et présentent des menaces pour la sécurité des individus, et c’est là où une coordination et l’échange des expériences avec l’Algérie et d’autres pays arabes et africains est un travail nécessaire au niveau bilatéral et spécial.

Sur le volet de l’Union africaine et le retour de l’Egypte via la voix de l’Algérie qui pèse au niveau africain, cela pourrait-il régler le problème de l’eau entre l’Egypte et l’Erythrée concernant la construction du barrage qui menace l’Egypte en risquant d’assécher le Nil ?
Ce problème est aussi une question de priorité nationale avec la construction de ce barrage en Ethiopie. Il y a eu bien sûr des réunions régulières dont l’une s’est déroulée voici deux jours, parfois avec progrès, parfois sans. Nous continuons à travailler avec nos frères en Ethiopie et au Soudan, en espérant un certain progrès sur ce dossier. Un soutien des pays frères africains et arabes, comme l’Algérie, est le bienvenu évidemment, mais cela se fait dans le sens du respect du droit international et des conventions internationales, et des accords bilatéraux et multilatéraux que nous avons eus avec l’Ethiopie et les autres pays du Nil.

Entretien réalisé auprès du chef de mission adjoint de l’ambassade d’Egypte à Bruxelles par Mohsen Abdelmoumen

Publié dans Algeriepatriotique le 11/01/2014

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