The end of my journalistic investigation on the Israeli businessman who bleeds Africa

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Dossier – Dan Gertler se lance dans le social au profit des «couches vulnérables» pour faire diversion (VI)

Gertler 6

La motivation des démarches de Gertler ne trompe personne en RDC.D.R.

Un député britannique à la tête du groupe parlementaire chargé de la région des Grands Lacs, Eric Joyce, dénonçait fin 2011 un manque à gagner de 5,5 milliards de dollars pour la République démocratique du Congo suite à la vente à moindre coût d’actifs miniers. Des membres du gouvernement de la RDC, en particulier le président actuel, Joseph Kabila, ont vendu d’importants biens miniers à des prix dérisoires à diverses sociétés fictives étrangères installées pour la plupart aux îles Vierges britanniques. Ces sociétés-écrans les ont ensuite revendus à des sociétés minières internationales, parfois cotées à Londres, engrangeant au passage d’importantes plus-values. Parmi les acheteurs, on retrouve le géant mondial du négoce de matières premières Glencore, qui grignote des parts vers l’amont et la production minière, à travers Xstrata mais également en direct. Selon le rapport du député britannique, une bonne partie de ces sociétés appartiennent plus ou moins directement ou sont liées à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler. La multinationale de Gertler a, ces dernières années, développé plusieurs joint-ventures avec des sociétés locales. Elle possède entre autres 50% de Samref Congo, elle-même actionnaire à 80% de la mine de Mutanda, et 50% de Kansuki Investments, propriétaire à 75% de la mine de Kansuki. Les 20% restants de Mutanda et les 25% de Kansuki appartenant avant la vente à la Gécamines. Quand le 28 mars 2011, la Gécamines, fortement endettée, décide de vendre ces deux mines, elle ne passe pas par un système d’appel d’offres, mais les cède discrètement à des sociétés basées aux îles Vierges britanniques, Rowny Assets (Mutanda) et Biko Invest (Kansuki), toutes deux liées à Dan Gertler. Celui-ci avait déjà vendu sa société Nikanor à une filiale de Glencore, Katanga Mining, en 2006. Son nom apparaît dans d’autres affaires liées aux ressources du sous-sol congolais, notamment derrière les sociétés immatriculées aux îles Vierges intermédiaires sur le permis de Kolwezi retiré à First Quantum sans indemnités avant sa revente, en septembre 2010, aux Kazakhs d’Eurasian Natural Resources Corporation (ENRC) pour 175 millions de dollars. Les Canadiens affirment avoir investi, en pure perte, 450 millions de dollars sur un gisement estimé à un million de tonnes de cuivre et 400 000 tonnes de cobalt. Un processus qui ne manque pas d’évoquer le cas de Tullow Oil et Heritage Oil, qui se sont vu retirer leurs droits sur deux blocs pétroliers du lac Albert par la suite attribués à deux sociétés inconnues, Caprikat et Foxwhelp, immatriculées également aux îles Vierges. Citons également la Emerald Star Enterprises, toujours de Gertler, autre société enregistrée aux îles Vierges britanniques, constituée quelques semaines seulement avant qu’elle n’acquière, auprès de la société minière d’État de la RDC, le projet minier SMMK pour 15 millions de dollars, et qui a été vendue quelques semaines plus tard à ENRC pour 75 millions de dollars.
Eric Joyce a fait la déclaration suivante : «J’invite maintenant le gouvernement du Royaume-Uni à mener une enquête publique approfondie sur ces opérations. Il lui incombe d’obtenir la divulgation de la structure de propriété complète de ces sociétés fictives, de savoir pourquoi aucun processus d’adjudication n’a été mis en œuvre dans le cadre de la vente de biens de l’Etat congolais et pourquoi le gouvernement de la RDC brade des biens miniers à des sociétés fictives qui ne semblent pas posséder les ressources financières requises pour mettre en valeur ces biens précieux. L’avenir du peuple congolais est systématiquement dilapidé, et il est grand temps que cela cesse.» Le 7 février 2012, après un long silence suivi d’explications partielles, la Gécamines a fini par publier sur son site les contrats de cession de parts sociales à Rowny Assets et Biko Invest. La vente de Mutanda lui a rapporté 120 millions de dollars et celle de Kansuki 17 millions de dollars. Selon E. Joyce, sur la vente de ses parts dans ces deux seules mines, la Gécamines (donc le gouvernement congolais, actionnaire à 100%) a perdu 920 millions de dollars. La Gécamines cherche actuellement 631 millions pour relancer son développement. Selon son directeur général Ahmed Kalej Nkand, la Development Bank of Southern Africa et l’Agence française de développement pourraient financer cet investissement.

La fondation Gertler Family
Sur son site, la fondation Gertler Family déclare «s’engager à pourvoir aux besoins des couches vulnérables de la population congolaise. Dans toute la République démocratique du Congo, les projets de santé, d’éducation, d’infrastructure, culturels, d’aide d’urgence et bien d’autres contribuent à changer des vies et à développer des communautés pour un avenir meilleur» (sic). Ainsi, après s’être scandaleusement enrichi de la façon que l’on sait, et grâce à ses relations d’affaires avec Joseph Kabila, Dan Gertler se découvre sur le tard une âme de bienfaiteur. La «Gertler Family» a lancé, entre autres, un projet de développement agricole en juin 2013 dans la commune de Maluku, située à une soixantaine de kilomètres de Kinshasa. Coût : 12 000 000 de dollars. En janvier 2012, le même organisme avait amorcé des actions sociales à Mont-Ngafula, une banlieue de la capitale, pour un montant de 49 000 de dollars. Beaucoup s’interrogent sur cette démonstration de générosité. Malgré sa puissance financière, Dan Gertler semble conscient de son image peu reluisante, aussi multiplie-t-il les communications aux relents «humanistes» qui peinent à convaincre. Pierre Deboutte, président de la fondation Gertler Family a indiqué que le projet agricole était piloté par Kitoko Food. Selon lui, l’objectif poursuivi consiste non seulement à promouvoir l’autosuffisance alimentaire dans la capitale mais aussi de générer des emplois pour la population riveraine.
Dans sa première phase, le projet est aménagé sur un espace de 100 hectares, dans le village de Mabasa, pour la culture du maïs, de pomme de terre, de tomate et de l’aubergine. Dans sa seconde phase, le projet vise à cultiver 600 hectares de terres et à construire une école de formation des agriculteurs. L’objectif final, selon Max Muland, le directeur général adjoint de Kitoko Food, est d’inonder le marché de Kinshasa et ses environs en produits alimentaires de base. Notons que la plupart des semences seront importées d’Israël, des Pays-Bas et d’Afrique du Sud. Ce n’est pas la première fois que la fondation Gertler fait une sortie médiatique pour annoncer des actions à caractère «social». En janvier 2012, une dépêche de l’Agence congolaise de presse annonçait avec enthousiasme que la population de Mont-Ngafula saluait les actions de la Fondation Gertler pour l’amélioration des infrastructures hospitalières du centre hospitalier Monkole situé dans le quartier Mazamba de cette municipalité. On apprenait que cet organisme aurait consenti un don de 49 000 de dollars pour l’achèvement de certaines infrastructures hospitalières. Sauf que la motivation de ces démarches ne trompe personne en RDC. Critiqué par les médias internationaux dans le rôle qu’il joue dans le pillage des ressources minérales du Congo, Dan Gertler se lance dans le social pour faire diversion.

Fin

Mohsen Abdelmoumen

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