The fifth part of my journalistic investigation concerning the Israeli businessman who bled Africa (part 5)

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Dossier – La bagarre pour s’approprier le butin ou la saignée des finances publiques africaines (V)

Dan Gertler9

Le prédateur Gertler s’intéresse dorénavant au pétrole. D.R.

Sachant que la RDC renferme dans son sous-sol 80% des réserves mondiales de coltan, près de la moitié de celles de cobalt, 10% du cuivre mondial, plus d’un quart des diamants, et beaucoup d’or, de manganèse, de fer, etc., on comprend aisément que ses richesses suscitent la convoitise. Les intérêts Gertler-Steinmetz sont en conflit avec ceux de Kinross Forrest Group de la famille belge Forrest pour l’acquisition des concessions de cuivre et de cobalt. Georges Forrest fait également partie d’une liste de pillards établie par l’ONU. Malta et Georges Forrest étaient administrateurs et contrôlaient Katanga Mining Limited. Avec l’Entreprise générale Malta Forrest, les intérêts belges de Forrest ont été les piliers de l’exploitation du Congo depuis au moins 1922, quand ils ont lancé des opérations minières au Katanga. Parmi les administrateurs de Katanga Mining Forrest, on trouvait Jean-Claude Masangu Mulongo du Congo, un haut fonctionnaire au FMI et à la Banque mondiale, et gouverneur actuel de la Banque centrale de la RDC. La dynastie Forrest a des usines de munitions en Belgique et au Kenya, et a établi un partenariat avec l’OM Group, dans l’Ohio, spécialisé dans le cobalt et le coltan du Congo. Forrest International est également présent au Burundi et est impliqué des deux côtés dans la guerre sanglante du Congo et au Moyen-Orient. Les intérêts de Forrest en RDC comportent l’aviation, les aliments, les plantations, la construction, l’exploitation forestière, l’exploitation minière du cuivre et de cobalt. Les entreprises de Forrest participent au pillage du coltan dans l’est du Congo. En 2004 et 2005, l’instabilité était tellement grande dans le pays que les multinationales minières n’osaient pas encore s’y aventurer. Les seuls à oser le faire étaient des personnes comme George Forrest, actif au Congo depuis des décennies déjà, et Dan Gertler, qui était devenu un ami personnel de Joseph Kabila. Cette première vague de privatisations s’est déroulée à la veille des premières élections présidentielles. Et il ne fait aucun doute que tant George Forrest que Dan Gertler ont largement financé la campagne électorale de Kabila, ce qui leur a d’ailleurs valu de figurer en première ligne lors du partage des mines. Deux grands contrats miniers ont donc été conclus au Congo, scindant en deux entités la Gécamines-Ouest, le complexe minier auquel la ville de Kolwezi doit son existence. Ainsi, la mine souterraine de Kamoto et les installations de production sont allées à Kinross Forrest Limited (KFL), tandis que la gigantesque et très riche mine à ciel ouvert de KOV est allée à Nikanor, l’entreprise de Dan Gertler, deux entreprises de taille plutôt réduite pour gérer ces fleurons de la RDC. Pourtant, il ne s’agissait pas là d’entreprises disposant des connaissances et des capitaux requis pour exploiter ces immenses richesses minières, car tout y est tellement gigantesque que les montants nécessaires doivent se calculer non pas en dizaines de millions, mais bien en milliards d’euros. George Forrest et Dan Gertler ont obtenu les concessions, sans pour autant devoir quoi que ce soit à l’Etat congolais. Certes, aux termes du contrat, un loyer devait être payé pour les installations et des dividendes versés sur les 25% de la Gécamines. Or, aucun loyer n’a été payé et aucun dividende n’a été versé. En contrepartie, George Forrest et Dan Gertler étaient censés réunir les moyens nécessaires à la reprise de la production. En 2006, le groupe Forrest a créé la Kamoto Copper Company (KCC), mais l’enjeu dépassait les possibilités financières d’une entreprise familiale. KFL a changé de nom pour devenir la Katanga Mining Limited (KML). Cette dernière conservait 75% de la KCC, la Gécamines les 25% restants. Le problème, c’est qu’alors que les concessions de Forrest et Gertler étaient naturellement en synergie, elles se retrouvaient à présent séparées, la KCC détenant ainsi la fabrique de cuivre à Luilu. La KML a produit son premier cuivre en décembre 2007, mais un mois auparavant, la multinationale en matières premières Glencore avait déjà avancé quelque 150 millions de dollars. La KML a ensuite eu de grosses difficultés financières et elle s’est efforcée de persuader les investisseurs d’acheter des actions en échange de capital, sans succès. Glencore a, une nouvelle fois, injecté en janvier 2009 quelque 100 millions de dollars dans la KCC. Afin d’apurer sa position financière et poursuivre le développement planifié, la KML avait encore besoin de 250 millions de dollars, une somme qu’elle n’est pas parvenue à rassembler. Glencore est intervenue une nouvelle fois en convertissant ses prêts en nouveau capital, ce qui s’est traduit par une forte dilution de la participation de George Forrest, qui a chuté de 40% à 1%. Ce fut l’influence croissante de Glencore qui a fini par imposer une fusion entre la KML et Nikanor. C’est ainsi qu’une implantation de niveau mondial a pu voir le jour. En 2014, avec une production de 300 000 tonnes, la KCC devrait devenir la plus grande entreprise cuprifère du Congo. Entretemps, George Forrest a vendu les quelques pour cent qu’il détenait encore dans la société. Au moment de la transaction, George Forrest est en outre parvenu à décrocher un gros contrat de service chez Glencore : c’est désormais EGMF qui se charge de l’exploitation de la mine KOV. George Forrest semble avoir perdu les faveurs d’une certaine frange de l’élite congolaise qui lui préfère Dan Gertler qui obtient des contrats lucratifs à la pelle. Gertler achète ou investit dans les entreprises simplement pour les fermer. L’entreprise kazakhe ENRC (Eurasian Natural Resources Corp) a fait part aux autorités britanniques de ses préoccupations au sujet de Dan Gertler. Selon Africa Confidential, ENRC coopère avec une enquête du Bureau des fraudes graves (Serious Fraud Office) à Londres et a soumis un «rapport d’activité suspecte» à l’Agence britannique pour le crime organisé (Serious Organized Crime Agency) dès le 12 août 2010, faisant part de ses soupçons que «les actifs du groupe Highwind, propriété de Dan Gertler, aient pu être obtenus par corruption». Selon la lettre d’affaires, cette dénonciation concerne l’achat de Kolwezi Tailings, une concession dont Highwind avait acheté 70% des parts au gouvernement congolais pour 60 millions de dollars, soit «à peu près 5% de sa valeur sur le marché». En outre, le groupe Fleurette Properties Ltd de Gertler, société enregistrée à Gibraltar, détient des participations dans diverses mines congolaises à travers au moins 60 sociétés holding dans des paradis fiscaux à l’étranger tels que les îles Vierges britanniques.

Dan Gertler est aussi présent en Angola
Tout dernièrement, Dan Gertler a de nouveau défrayé la chronique, sur le chapitre pétrolier cette fois-ci. Sa société Nessergy qui avait acquis des droits pétroliers sur le bassin côtier pour 500 000 dollars, vient de conclure un accord avec le gouvernement qui lui rapporterait un montant des centaines de fois supérieur à sa mise de départ. Que ce soient les mines ou le pétrole, les conséquences sur la saignée des finances publiques est la même, et l’Etat congolais refuse de publier l’accord pétrolier déficitaire conclu avec la société offshore de Dan Gertler. Cette affaire présente de nombreuses caractéristiques communes avec toute une série d’accords secrets passés dans le secteur minier congolais, en vertu desquels des droits miniers ont été achetés par des compagnies offshore pour un prix dérisoire, pour ensuite être rapidement revendus à de grandes sociétés internationales moyennant un profit immense. L’Africa Progress Panel de Kofi Annan estime que cinq de ces accords impliquant Gertler entre 2010 et 2012 auraient coûté à l’Etat congolais au moins 1,36 milliard de dollars. Cela représente près du double des dépenses annuelles du Congo dans les secteurs conjugués de la santé et de l’éducation. Les droits pétroliers potentiellement lucratifs ont été obtenus par Nessergy en 2006 sans appel d’offres public. Bien que les termes de ce contrat soient secrets, des éléments de preuve émergent cependant d’un contrat de 2008 signé par des représentants de Nessergy et de H Oil, société établie par Jacques Hachuel, l’un des fondateurs du géant des matières premières, Glencore. Selon le contrat de H Oil, Nessergy devait être achetée pour la somme initiale de 194 millions de dollars, avec potentiellement un montant supplémentaire. Bien que cet accord n’ait finalement pas abouti en raison de tensions entre la RDC et l’Angola, ce prix – convenu alors que le prix du pétrole était la moitié d’aujourd’hui – donne une bonne indication de la valeur minimale de la vente effectuée en 2012. Un prix alternatif de 150 millions de dollars pour le contrat 2012 a été publié dans une revue congolaise – cette somme est certes inférieure aux 194 millions de dollars du contrat H Oil, mais elle représente toutefois 300 fois le prix payé par Nessergy en 2006. En vertu de l’accord Nessergy de 2012, les compagnies pétrolières d’Etat congolaise et angolaise ont acheté la société et, avec elle, les droits qu’elle détient dans des eaux riches en pétrole que se partagent les deux pays. Cela a ouvert la voie à la création d’une zone pétrolière détenue à parts égales par chaque pays, dans laquelle les grandes compagnies pétrolières mondiales pourraient se voir attribuer des droits. La Sonangol, compagnie pétrolière d’Etat angolaise, a convenu de payer les droits de Nessergy dans un premier temps. Cependant, la RDC finira par rembourser la Sonangol à partir des recettes dégagées de la future production du bloc. Nessergy est elle-même immatriculée à Gibraltar, et est détenue à 75% par des sociétés immatriculées dans les îles Vierges britanniques, paradis fiscal également connu pour son secret bancaire, et Fleurette a confirmé qu’il en était le propriétaire majeur. Bien que ces sociétés soient toutes liées à Gertler, la liste complète des actionnaires est tenue secrète, ce qui fait qu’il est difficile de connaître l’identité des personnes qui ont effectivement bénéficié de cet accord. Il n’était pas clair alors qu’il y avait tant de pétrole dans la région et jusqu’à ce que Gertler ait été impliqué, les eaux et les gisements de pétrole ont été entièrement détenus par l’Angola. C’est seulement après que Gertler a employé des experts que les Congolais ont réussi à négocier un accord avec l’Angola pour partager les dépouilles de pétrole de la région. Fleurette confirme par ailleurs la cession des droits de Nessergy aux sociétés d’Etat congolaise (Cohydro) et angolaise (Sonangol), tout en refusant d’indiquer le montant versé.

Mohsen Abdelmoumen

Part 6 (end):https://mohsenabdelmoumen.wordpress.com/2014/02/24/the-end-of-my-journalistic-investigation-on-the-israeli-businessman-who-bleeds-africa/

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