Des membres du Congrès américain : «Nous allons auditionner Kerry»

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Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, devant le Congrès. D.R.

Suite à la visite de John Kerry en Algérie, j’ai pu joindre des sénateurs et des membres du Congrès américain pour avoir leur avis, notamment concernant l’interprétation de cette visite présentée comme une éventuelle caution au candidat Bouteflika dans sa campagne électorale; Mes interlocuteurs, autant Républicains que Démocrates, ont été unanimes à exprimer leur stupéfaction et leur indignation face à la manipulation de l’agence de presse officielle algérienne qui a déformé les propos du secrétaire d’Etat américain. Ils ont affirmé que John Kerry «a pris un gros risque» lors de cette visite et qu’ils «l’attendent de pied ferme pour l’auditionner», ajoutant qu’«il portera seul la responsabilité de ses actes». Ces sénateurs et membres du Congrès s’étonnent de la façon dont le secrétaire d’Etat John Kerry a engagé la politique étrangère américaine, «aux antipodes de la tradition diplomatique». Ils assurent que «ni eux ni la Maison-Blanche n’ont cautionné la candidature du président Bouteflika de manière directe ou indirecte», ajoutant que les élections algériennes «ne concernent que le peuple algérien». Dès son retour aux Etats-Unis, John Kerry sera donc questionné sur les motifs de sa visite en Algérie. L’ambiance risque d’être chaude suite à ce qui est considéré comme un «faux pas» du secrétaire d’Etat américain et qui va certainement profiter aux Républicains qui ont fermement condamné «la légèreté avec laquelle il a traité son voyage en Algérie». De leur côté, des personnalités et des ONG très actives dans le monde politique et médiatique m’ont confirmé que «John Kerry a dérogé à une règle très importante en visitant un président sortant en pleine campagne». Tous dénoncent énergiquement la dégradation de la gestion diplomatique du département d’Etat dirigé par John Kerry et lui en font porter l’entière responsabilité, tout en s’interrogeant sur l’annulation de son voyage à Ramallah alors que le processus de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne est plus que compromis, au profit d’une «excursion touristique» en Algérie et au Maroc, «avec l’argent du contribuable américain». Mes interlocuteurs du Sénat et du Congrès – ce dernier a reçu la militante sahraouie Aminatou Haidar récemment –, se sont, par ailleurs, étonnés que John Kerry «n’aborde pas la question essentielle du Sahara Occidental» lors de ses visites dans les Etats «qui sont les principaux acteurs du règlement de cette question sensible». Ils attendent des réponses quant à l’utilité des visites de John Kerry «qui n’a pas jugé bon d’aborder cette question majeure qui constitue, pourtant, une priorité, considérant son silence comme une occasion ratée par l’administration Obama de faire avancer un dossier épineux». Le monde médiatico-politique à Washington est en ébullition et le voyage de John Kerry dans ces deux pays suscite de nombreuses interrogations. Cette visite de John Kerry que l’entourage du président sortant en Algérie a tenté de récupérer, n’a pas eu le même effet auprès des élites américaines qui, au contraire, sont décidées à mettre le bras droit d’Obama sur le grill, ce qui ne manquera pas d’embarrasser la Maison-Blanche qui aura du mal à justifier cette bévue comme cela s’est produit avec l’implication du président américain auprès des Frères musulmans en Egypte. Voilà qui tombe mal après le récent scandale de la CIA, accusée d’avoir violé la Constitution en fouillant des ordinateurs utilisés par les parlementaires américains, dans une affaire relative aux anciennes techniques d’interrogatoire de la très controversée agence d’espionnage. Les accusations ont déclenché un grabuge public d’une rare intensité entre la CIA et le Congrès, le directeur de l’agence d’espionnage, John Brennan, niant avoir cherché à faire obstruction à l’enquête de la commission du renseignement du Sénat, sans toutefois commenter les faits en détail.

Mohsen Abdelmoumen

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