Norman Solomon: «Aucun dirigeant n’a sapé le droit autant qu’Obama»

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Norman Solomon : «Nous devons défier la puissance destructrice de l’état de guerre.» D.R.

English version here: https://mohsenabdelmoumen.wordpress.com/2014/04/13/norman-solomon-to-algeriepatriotique-no-leader-has-undermined-the-right-as-obama/

Mohsen Abdelmoumen : En tant que militant anti-guerre et auteur, pensez-vous que la politique des Etats-Unis consiste essentiellement à provoquer des guerres dans le monde dans le seul but de protéger leurs intérêts stratégiques ?

Norman Solomon: Beaucoup de facteurs ont contribué à la forte tendance du gouvernement américain de s’engager dans la guerre. L’arrogance du pouvoir s’est combinée avec l’énorme puissance militaire et économique des Etats-Unis pour propulser un effort continu de dominer en termes géopolitiques. En définissant «des intérêts stratégiques» de façon très large, de hauts responsables à Washington ont été à la recherche d’ennemis, en les créant souvent en cours de route.

Vous avez travaillé sur la collaboration entre la CIA et Amazon, pourriez-vous nous éclairer à ce sujet ?
Amazon a signé un contrat de 600 000 000 dollars avec la CIA pour fournir à l’agence des services informatiques, après avoir convaincu la CIA de ses capacités techniques supérieures dans le domaine numérique. Amazon a maintenant les moyens, le mobile et la possibilité de fournir d’énormes quantités d’informations sur ses clients à son nouveau partenaire d’affaires. En effet, l’entreprise a accumulé, sauvegardé et analysé plusieurs milliards de renseignements sur les êtres humains. Amazon fait maintenant partie intégrante de la politique étrangère du gouvernement des Etats-Unis en étant responsable de la tenue des secrets de la CIA et de l’accumulation des données pour aider l’organisme à faire son travail, y compris les frappes de drones.

Vous avez été vous-même surveillé par le FBI depuis votre jeunesse, pouvons-nous dire que les Etats-Unis sont un pays démocratique, sachant l’espionnage massif qu’ils pratiquent sur la scène mondiale, d’après les révélations d’Edward Snowden ?
Il y a des éléments forts de démocratie aux Etats-Unis, obtenus par les mouvements sociaux et les nombreuses personnes qui ont lutté pour obtenir les libertés civiles et les droits démocratiques. La question de savoir si un pays est «démocratique» ou non est généralement, à mon avis, une question à inscrire dans un spectre de gris plutôt que noir ou blanc. C’est le cas aux Etats-Unis. Nous avons quelques libertés réelles durement gagnées et certaines suppressions très graves de liberté.

Quel est le rôle aujourd’hui d’un militant anti-guerre, quels sont ses moyens de lutte ?
Aux Etats-Unis, nous devons défier – sans violence et avec insistance – la puissance destructrice de l’état de guerre. Cela implique l’éducation du public, l’agitation, l’organisation et l’insistance de toujours porter en avant une vision alternative qui peut contrer l’élan de ce que Martin Luther King Jr appelait avec justesse «la folie du militarisme».

Quelle lecture donnez-vous de ce qu’il se passe actuellement en Ukraine ?
Le droit international est soudainement devenu très populaire à Washington. Le président Obama a répondu à l’intervention militaire russe en Crimée en accusant la Russie de «violation du droit international». Le secrétaire d’Etat John Kerry a suivi en déclarant que la Russie a commis «une violation directe manifeste du droit international». Malheureusement, au cours des cinq dernières années, aucun leader mondial n’a fait plus pour saper le droit international que Barack Obama dont la poursuite de la «guerre contre le terrorisme» de Bush a contourné le droit international.

Quel message pouvez-vous adresser aux peuples, comme le peuple algérien, qui sont visés par l’impérialisme américain et autres ?
La solidarité sur base de relation humaniste est cruciale. Nous sommes tous frères et sœurs. Nous devons trouver des façons de créer, de manière non violente et avec insistance, un monde meilleur pour les générations futures.

Entretien réalisé par Mohsen Abdelmoumen

Qui est Norman Solomon ?
Norman Solomon, né en 1951 en Californie, est un journaliste américain, critique des médias et activiste anti-guerre. Il a été candidat en 2012 pour la Chambre des représentants des Etats-Unis. Il est un associé de longue date du groupe de surveillance des médias pour l’équité et l’exactitude des rapports (FAIR). En 1997, il a fondé the Institute for Public Accuracy, qui travaille à fournir d’autres sources pour les journalistes, et en a été le directeur général jusqu’en 2010. Auteur de plusieurs ouvrages, un recueil complet de ses articles intitulé The Habits of Highly Deceptive Media a remporté le Prix George Orwell en 1999 pour contribution exceptionnelle à l’honnêteté et à la clarté dans la langue publique. En 2000, Salomon a fait équipe avec le journaliste d’investigation Robert Parry pour écrire une série de rapports d’enquête sur George W. Bush et son secrétaire d’Etat Colin Powell, publiés sur consortiumnews.com. Son best-seller Objectif Irak : ce que les Nouvelles dans les médias ne vous ont pas dit, coécrit avec Reese Erlich, a été publié en 2003 et traduit dans plusieurs langues. Son livre War Made Easy : How Presidents and Pundits Keep Spinning Us to Death paru en 2005 a été l’objet d’un documentaire en 2007 dont le narrateur était Sean Penn.

Published in English on Oximity: https://www.oximity.com/article/Norman-Solomon-No-leader-has-undermine-1

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