Des tractations secrètes seraient en cours : la France veut-elle imposer un vice-président à Bouteflika ?

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François Hollande avec Abdelmalek Sellal et Réda Hamiani. Amine/New Press

Tout le monde se prépare à la journée du «couronnement» en se demandant, pour ceux qui sont invités, s’il faut y assister ou non, et en spéculant sur les différentes positions du Président lors de la célébration de sa prestation de serment. Se lèvera-t-il ? Marchera-t-il ? Parlera-t-il ? Et si le miracle a lieu, sera-t-il capable de prononcer la phrase protocolaire sans se tromper ? Si les performances de la technologie de pointe sont assurées, un «couac» dû à un malaise subit est toujours à craindre.Le clan n’en dort plus, mais il peut compter sur le soutien sans faille de son seul appui effectif : la France. Peu à peu, les messages de l’étranger parviennent à la présidence, mais avec retard et du bout des lèvres. La presse d’Etat s’empresse à publier la moindre missive émanant de chefs d’Etat, afin de tenter de rendre légitime un pouvoir qui ne l’est pas, car ce régime en déficit de légitimité a besoin d’exposer tous les messages de félicitation, y compris de la part de minuscules émirats à peu près inconnus. Il est cependant des silences assourdissants. Les Etats-Unis, grande puissance mondiale, n’ont pas encore daigné se manifester, même avec un bref message protocolaire, pour la réélection de Bouteflika. Pourquoi les Américains se taisent-ils, contrairement aux Français qui ont été les premiers à congratuler le potentat ? Est-ce dû à l’affaire de la manipulation des propos de John Kerry par le clan présidentiel ? Souvenons-nous que dans un précédent article, nous avions évoqué le tollé qu’avait provoqué aux Etats-Unis la visite de John Kerry en pleine campagne électorale. Washington refuse-t-il de cautionner les résultats réels du scrutin et son déroulement qu’il connaît très bien ? Est-ce qu’il nous réserve des surprises dont il a le secret ? En tout cas, ce retard est un message adressé à Alger, et il n’est certainement pas anodin. Autre indice, Sid-Ahmed Ghozali, ancien chef de gouvernement et l’invité de marque de Kerry lors de sa visite à Alger, déclare dans une interview accordée au Journal Du Dimanche que «l’Algérie va se trouver dans une situation terrible avant cinq ans», notamment à cause de l’épuisement des hydrocarbures, ce qui réduira à néant l’achat de la paix sociale, fondement du règne de Bouteflika. Ignorant ces indicateurs très graves, Ie pouvoir algérien pratique la politique de l’autruche et dilapide l’argent public avec entrain. Connaissant la proximité de Sid-Ahmed Ghozali avec John Kerry et constatant le silence de l’Amérique devant ce simulacre d’élections, le clan présidentiel préfère s’accrocher à une France dont le président est l’un des plus faibles de l’histoire de ce pays qui travaille en outsider par rapport à l’Union européenne. Le pouvoir algérien s’entête à encourager la Françafrique en accordant des concessions illimitées au régime français en proie à une crise économique majeure, dans le seul but de se perpétuer. La question essentielle est celle-ci : l’Algérie peut-elle fermer les yeux sur la position américaine dont le mutisme est un message codé que les décideurs d’Alger éludent ? Comment ne pas prendre en considération la position des Etats-Unis qui va de plus en plus s’aligner sur les exigences de certains segments de l’opposition algérienne et dont la confirmation vient de la déclaration du secrétaire général de l’ONU qui, dans son message adressé à Bouteflika au lendemain du 17 avril, lui rappelle qu’il faut travailler avec l’opposition. Que nous réservent les Américains au courant de la faiblesse et de l’illégitimité de ce nouveau règne et sans doute bien mieux informés que le pouvoir algérien lui-même sur la situation qui prévaut dans la région ? Y a-t-il un scénario qui se prépare dans l’ombre au moment où Alger n’a d’yeux que pour Paris ? Souvenons-nous des régimes politiques faibles qui pensaient que distribuer argent et contrats à des multinationales, leur permettrait de survivre à des crises de gouvernance aigües. Le cas de Kadhafi est le plus éloquent, lui qui a tout concédé pour finir traîné et tué dans les égouts par sa population. Dans tous les cas de figure, un pouvoir qui ne prend pas ces signes au sérieux court à sa perte et entraînera tout le pays dans sa chute certaine.
D’après le quotidien londonien Al-Quds Al-Arabi, la France serait en pleines tractations pour imposer un vice-président à Bouteflika, ce qui la place dans la position de l’ex-colonisateur faisant la loi dans sa basse-cour. La France essaie de rafler la mise en s’associant avec le pouvoir plus que fragile de Bouteflika qui négocie tout à la baisse pour gagner du temps. L’ère Bouteflika a donc réduit la République algérienne à un statut de département français. Où nous mènera l’alliance du clan présidentiel avec une France sans aucun poids sur la scène internationale ? Personne ne peut répondre, et ce ne sont pas les acrobaties et les trucs de magie que le clan s’apprête à nous montrer le jour de la prestation de serment qui vont nous rassurer sur l’avenir de notre pays, désormais tributaire de toutes les incertitudes les plus chaotiques. La position de l’Amérique montre qu’elle est au courant de toutes ces manigances. Le fait de ne pas cautionner le président actuel signifie-t-il que les Etats-Unis ne reconnaissent pas la validité des élections et qu’ils veulent travailler avec un président légitime ? Ayant la certitude que l’Algérie restera dans la zone d’influence française, les Etats-Unis révisent-ils leur position dans leur démarche de pakistanisation de l’Algérie en voyant qu’elle n’est plus qu’une «préfecture» française ? Dépassant les Français par leur vision globale stratégique, les Américains préfèrent miser sur l’avenir plutôt que sur le présent. Relevons la froideur suscitée par l’élection de Bouteflika dans une certaine presse américaine, notamment celle proche de la Maison-Blanche, tel le Washington Post. Quant aux Français, leur situation économique catastrophique les encourage à s’inscrire dans la rapine du clan présidentiel pour renflouer leurs caisses. Alger peut-il se passer du soutien et du partenariat américains ? Ce qui se passera les prochains mois nous le dira. Le régime Bouteflika ne peut pas garantir la stabilité dans la région, surtout après l’attentat qui a coûté la vie à onze braves soldats de l’ANP et la répression démesurée de la police à Tizi Ouzou. L’Amérique prend en considération bien des éléments que semblent occulter les monarques d’Alger.

Mohsen Abdelmoumen

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