Du syndicalisme d’Eugène Debs et d’Aïssat Idir à celui du corrompu Abdelmadjid Sidi Saïd

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À l’heure où les acquis sociaux se désintègrent pendant que le syndicalisme se vautre dans les privilèges et la connivence avec le patronat, il n’est pas inutile de se souvenir de ceux qui ont lutté et sont morts pour défendre la classe ouvrière. Partout dans le monde, des hommes se sont dressés à mains nues face à la violence du système capitaliste et/ou colonialiste pour la juste reconnaissance des droits des travailleurs. L’Américain Eugène Debs et l’Algérien Aïssat Idir étaient de ces hommes-là.

Eugène Debs, né en 1855 dans l’Indiana, est l’un des fondateurs du syndicat des IWW (Industrial Workers of the World : les Travailleurs Industriels du Monde). Il a été candidat à la présidentielle pour le parti socialiste US à cinq reprises. Ouvrier du chemin de fer dès l’âge de 14 ans, il devient chauffeur et participe quelques années plus tard à la fondation de la Fraternité des chauffeurs, dont il devient secrétaire en 1880. En 1884, il est élu à la législature de l’État de l’Indiana pour le Parti démocrate. En 1893, il organise l’un des premiers syndicats industriel aux États-Unis, le Syndicat américain des chemins de fer (ARU : American Railway Union). En avril 1894, le syndicat engage un conflit social contre le Great Northern Railway et obtient satisfaction de la plupart de ses revendications. La même année, Debs est emprisonné pour son soutien à la grève de l’entreprise de construction de wagons Pullman à Chicago, qui avait affecté la plupart des lignes à l’ouest de Detroit, et plus de 250 000 travailleurs dans 27 États. Debs lit les œuvres de Karl Marx pendant ses six mois de détention et, après sa libération en 1895, commence sa carrière d’homme politique socialiste. Il est candidat à l’élection présidentielle américaine de 1900, 1904, 1908, 1912 et 1920 pour le Parti socialiste US. Le 30 juin 1918, Debs est arrêté et condamné à 10 ans de prison pour avoir prononcé un discours contre l’engagement américain dans la 1ère guerre mondiale. Il est également déchu à vie de ses droits électoraux pour avoir enfreint l’Espionage Act (la loi sur l’espionnage). Il est emprisonné le 13 avril 1919, à l’âge de 64 ans, ce qui entraîne une manifestation regroupant des syndicalistes, socialistes, anarchistes et communistes, manifestation qui dégénère en émeutes et en violents affrontements avec la police le 1er mai à Cleveland dans l’Ohio. Il se présente à l’élection présidentielle de 1920 alors qu’il est détenu au pénitencier fédéral d’Atlanta en Géorgie. Il obtient le deuxième meilleur score du parti socialiste jamais obtenu avec 919 799 voix (3.4%). Il écrit des articles critiques sur le système carcéral et le 25 décembre 1921, il est gracié par le président Harding. Lorsque Debs a été libéré du pénitencier d’Atlanta, les autres prisonniers l’ont salué avec un grand cri de joie et une foule de 50 000 personnes ont fêté en musique son retour à Terre Haute. En 1924, Debs a été nommé pour le prix Nobel de la paix par le socialiste finlandais Karl H. Wiik au motif que « Debs a commencé à travailler activement pour la paix pendant la Première Guerre mondiale, principalement parce qu’il considérait la guerre comme étant dans l’intérêt du capitalisme ». Il a passé les dernières années de sa vie à essayer de recouvrer sa santé qui avait été gravement altérée par l’internement pénitentiaire. Eugène Debs s’éteint pour insuffisance cardiaque le 20 octobre 1926 au sanatorium d’Elmhurst dans l’Illinois, à l’âge de 70 ans.

Aïssat Idir est un syndicaliste algérien né en 1915 sous l’occupation coloniale française dans la wilaya de Tizi Ouzou, il est le fondateur de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens). Issu d’un milieu modeste, il est orphelin de sa mère à l’âge de six ans et rejoint la famille de son oncle à Tunis. Il y fait des études supérieures en droit et en économie jusqu’en 1938, et son service militaire dont il sort avec le grade de sergent. Il rentre à Alger où il est reçu au concours de recrutement du personnel des ateliers industriels aéronautiques d’Afrique du Nord à Bordj El Bahri où il restera près de 10 ans. Il y est promu cadre supérieur à la comptabilité et est chargé du contrôle des filiales de l’entreprise en Afrique du Nord. Au cours de ses voyages, il apprend à connaître le milieu syndical tunisien et s’investit dans le syndicalisme. Il est élu par ses camarades dans la commission exécutive pour les travailleurs du secteur d’État, affiliée au syndicat communiste français, et examine la possibilité de fonder une organisation syndicale algérienne autonome. Dans les années 1946-47, Aïssat participe à la rédaction du journal clandestin du Parti du peuple algérien, La Nation Algérienne, où il est en charge de la rubrique « Le prolétariat algérien ». Soupçonné d’avoir des relations avec l’OS (l’Organisation spéciale), il est arrêté quelques jours en 1950. L’entreprise où il travaille le licencie aussitôt. Il trouve un poste de chef de service à la CACOBAT (Caisse des Congés et du Chômage – Intempéries des Travailleurs du secteur du Bâtiment et des Travaux Publics) et adhère au syndicat CGT de l’entreprise. De 1949 à 1954, il anime un groupe de syndicalistes affiliés au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques puis il choisit de soutenir le FLN (Front de Libération Nationale). Il est arrêté et incarcéré quelque temps pour ses activités syndicales, puis relâché en décembre 1954. Soutenu par le FLN, le congrès du 26 février 1956 signe la création de l’UGTA et place Aïssat Idir à sa tête en tant que secrétaire général. Pendant deux mois, Aïssat se consacre à la mise en route du syndicat et établit des liens avec la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). Des grèves patriotiques soutenues par le syndicat conduisent à une arrestation massive des dirigeants les 23 et 24 mai 1956. Aïssat est arrêté avec une quarantaine de syndicalistes. Soupçonné d’être un membre du Comité de coordination et d’exécution, il est torturé par les parachutistes français du colonel Bigeard qui ne sauront jamais qu’Aïssat était affilié au Conseil national de la Révolution algérienne. Il est inculpé d’atteinte à la sûreté externe de l’État français et est incarcéré jusqu’à son acquittement le 13 janvier 1959. Il est à nouveau arrêté dès sa sortie de prison et est transféré à la prison de Birtraria. Le 17 janvier, il est hospitalisé pour brûlures graves. L’armée française déclare qu’il a voulu se suicider, ce que nie Aïssat, puis prétend que le prisonnier a mis le feu à sa paillasse en fumant. La CISL entreprend de vaines démarches pour le faire transférer dans un hôpital pour grands brûlés et alerte l’opinion publique sur le sort du syndicaliste. Aïssat Idir succombe à ses blessures entre le 25 et le 27 juillet 1959, à 44 ans, soulevant une vague d’indignation dans le milieu syndical international.

Après cette évocation de deux hommes illustres qui ont sacrifié leur liberté et leur vie pour un idéal de justice et de liberté, il est difficile de descendre dans la fange de la scélératesse et de la trahison dont le porte-étendard est Abdelmadjid Sidi Saïd, « syndicaliste » algérien et secrétaire général de l’UGTA dont j’ai évoqué plus haut la vie et l’engagement du fondateur. Sidi Saïd, ce faux syndicaliste, est un traître de classe qui a fini par soutenir les oligarques et leur chef Ali Haddad, patron du FCE (Forum des chefs d’entreprise), un mafieux qui défraie régulièrement la chronique pour ses détournements, malversations, fuite de capitaux, et qui s’est rebellé contre le gouvernement algérien qui lui a tout donné. Proche du clan des Bouteflika, Ali Haddad a volé des milliards de dollars à l’Algérie en obtenant des chantiers de travaux publics en gré à gré, en empruntant auprès des banques (1 milliard de dollars qu’il ne rembourse pas, mettant ainsi les banques en difficulté), en empochant des avances sans réaliser les travaux dont il a la charge ou en les faisant traîner pendant des années et en les bâclant. Pour couronner le tout, il ne paye pas ses impôts. Il a acquis diverses propriétés à l’étranger dont, entre autres, un hôtel de luxe, le Palace Hôtel à Barcelone, pour la coquette somme de 68 millions d’euros, ainsi qu’une banque et une usine de céramique, toujours en Espagne. Bien sûr, tout ceci n’est une goutte d’eau dans un océan de billets de banque volés par cet escroc qui a commencé son business pendant la décennie noire en traficotant avec les terroristes. Aujourd’hui en disgrâce, Ali Haddad se voit rappelé à l’ordre chaque jour avec des mises en demeure provenant de divers ministères (Défense, Travaux publics, Ressources en eau) pour qu’il achève les travaux qui sont en rade depuis des années. Mais ce criminel économique notoire, plutôt que de faire profil bas, se rebiffe et attaque le gouvernement algérien, lui réclamant une dizaine de milliards de dinars (±US $100 millions) d’impayés.

Sidi Saïd, censé défendre les travailleurs, s’est ligué avec ce patron mafieux dans ce qui n’est rien d‘autre qu’une tentative de coup d’État de l’oligarchie pour se préserver des enquêtes qui sont menées contre eux. Il s’agit d’une situation inédite où le secrétaire général d’un grand syndicat s’avère être un délinquant qui a accumulé des milliards tout au long de ses vingt années à la tête de l’UGTA, qui a détourné les œuvres sociales d’Algérie Poste dont le montant s’élève à 400 milliards de centimes (± $3 600 000) pour, entre autres, acquérir des biens immobiliers en France. Sidi Saïd s’était déjà illustré lors du procès Khalifa lorsqu’il avait avoué avoir dilapidé l’argent de la CNAS (caisse nationale des assurances sociales) dont il était le président du Conseil d’Administration, en transférant plusieurs millions de dollars, à l’aide d’un faux procès verbal, à la Khalifa Bank qui a fait faillite. Sidi Saïd a également favorisé ses fils qui sont chefs d’entreprise et font des affaires avec Ali Haddad et des membres de son FCE. Il a succédé à Abdelhak Benhamouda, syndicaliste intègre, martyr assassiné en 1997 par les terroristes, qui a toujours pris la défense des travailleurs. Bafouant sa mission, Sidi Saïd a utilisé l’UGTA dans le but de s’enrichir par des pratiques mafieuses au détriment des travailleurs algériens. Il mérite un châtiment. Le nom de ce bandit ne doit plus être associé au sigle glorieux de l’UGTA. Ce traître doit être traduit en justice avec toutes les autres brebis galeuses qui ont pillé l’Algérie. La purge entamée par le gouvernement algérien doit s’étendre à tous ceux qui ont dilapidé l’argent du peuple et aux responsables qui ont permis que cela se produise. Nous voulons que ces gens soient jugés et punis, sinon toute cette agitation n’est que de la poudre aux yeux.

Sidi Saïd, je te connais très bien, toi le lâche, le traître, souviens-toi, ya El Roumi. Tu craignais mes mots, des mots qui ont toujours soutenu les prolétaires algériens, et je suis fier de t’avoir fait peur et d’avoir défendu jusqu’au bout la lutte des travailleurs algériens. Toi et tes semblables vous êtes vendus aux oligarques pour des privilèges, tu voulais obtenir un poste pour ton fils chez ETRHB, l’entreprise d’Ali Haddad, une villa à Club des Pins, des gardes du corps et je n’oublie pas que tu offrais régulièrement des chèques à des journalistes qui te ciraient les pompes. Le moment de ton départ est arrivé et tout le monde en sera heureux. Les corrompus tels que toi et tes complices êtes la gangrène de mon pays. Votre fin et la neutralisation de vos maîtres est une nécessité historique.

Bien que cette « opération mains propres » du premier ministre Abdelmadjid Tebboune ait tout l’air d’une tentative de rendre une virginité à Saïd Bouteflika en vue de la succession monarchique de son frère, ou à préparer le 5ème mandat d’Abdelaziz Bouteflika avec un nouveau casting, nous ne pouvons qu’encourager le Premier ministre à continuer à pourchasser les corrompus, même s’il semble avoir reculé en invitant Ali Haddad et Sidi Saïd à une réunion ce dimanche 30/07 au Palais du Gouvernement. Si, par contre, cette opération est menée à terme, personne ne pleurera ces crapules. Au contraire, nous nous réjouirons de voir ces prédateurs économiques en prison. Je n’ai pas cessé de combattre les oligarques à travers mes articles, et particulièrement Ali Haddad, le prête-nom de Saïd Bouteflika. Les évènements me donnent raison et je ne vais pas bouder mon plaisir. Cependant, nous voulons la tête de ceux qui ont permis l’ascension des Ali Haddad, Ouyahia, Sellal, Ould Abbes, Bouchouareb, Mohamed Laïd Benamor, Chakib Khelil, Tliba, Amar Ghoul, les frères Kouninef, Takhout, etc.  Sans oublier Amar Saadani qui a disparu des radars mais qui a détourné les fonds (US$ 27.5 millions) des terres agricoles et qui n’a jamais été puni, ni Ould Kaddour, l’actuel PDG de la Sonatrach bien qu’il ait été emprisonné pour intelligence avec l’ennemi, ni Anis Ramani, alias Mohamed Mokadem, une prostituée de la presse qui s’est enrichi en quelques années et dont les câbles Wikileaks révèlent qu’il est un supplétif des services US. Tous ces oligarques se sont bâti un empire sous l’ère Bouteflika en saignant l’Algérie à blanc, à commencer par le frère cadet du président, Saïd Bouteflika, chef de cette clique de mafieux. N’oublions pas que le clan des Bouteflika a dissous le SIE (service d’intelligence économique) relevant du DRS pour empêcher les enquêteurs d’investiguer et de révéler au grand jour les diverses malversations perpétrées par ces corrompus. De nombreux officiers de valeur et intègres du DRS se sont retrouvés soit en prison soit à la retraite anticipée, alors qu’ils n’avaient fait que leur devoir. Il faudrait des milliers de pages pour énumérer les exactions, malversations, détournements, trahisons, fuite de capitaux, surfacturation, et j’en passe, de ces gangsters en col blanc. Il faut que tous soient jugés et pourquoi pas dans des tribunaux populaires. À partir du moment où ces crapules se réclament appartenir au clan de Saïd Bouteflika, que celui-ci soit également traduit en justice ! Tous doivent être punis et jetés en prison, leurs biens saisis par l’État. L’argent qu’ils ont volé au peuple algérien doit être restitué, leurs comptes en banque à l’étranger doivent être gelés et l’argent rapatrié. Nous devons neutraliser les corrompus, la survie de notre patrie en dépend et c’est notre devoir envers nos martyrs.

Mohsen Abdelmoumen

Published in American Herald Tribune, July 29, 2017: http://ahtribune.com/world/africa/1813-eugene-debs-aissat-idir-sidi-said.html

In Palestine Solidarité: http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mohsen_abdelmoumen.300717.htm

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