Le Kenya, un autre modèle de la faillite politique en Afrique

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NASA-coalition

L’opposition kenyane NASA en mode « Men in Black ». DR.

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La récente crise du Kenya suite aux élections présidentielles du 8 août dernier révèle l’aspect tribal qui sape les processus électoraux dans les pays d’Afrique. En effet, les courants politiques sont souvent secondaires, la préférence allant à l’appartenance tribale des candidats, comme on vient encore de le voir dans les récentes élections kenyanes. Ces élections opposaient le président sortant, le « libéral » Uhuru Kenyatta, à Raila Odinga, du « centre-gauche » et chef de l’opposition. C’était la quatrième campagne présidentielle de ce dernier. L’opposition était représentée par une coalition de 5 partis de « centre-gauche » appelée NASA (National Super Alliance). Les dirigeants de l’opposition ont tous occupé des postes de pouvoir dans les précédents gouvernements et bien qu’ayant souvent des intérêts contradictoires, ils ont accepté de suivre Odinga sous la bannière de la NASA à condition de partager le pouvoir : Stephen Kalonzo Musyoka chef des Kambas, Wycliffe Musalia Mudavadi chef des Luhyas, Moses Wetangula, et Isaac Kiprono Ruto sont tous d’anciens ministres, des hommes riches et puissants. Raila Odinga, quant à lui, est un « social démocrate » qui a fait fortune dans l’éthanol, profitant de l’économie dérégulée du Kenya. Uhuru Kenyatta, dont le père Jomo Kenyatta a été le premier président du Kenya, appartient à la puissante tribu des Kikuyus. Raila Odinga, lui, provient de la tribu Luo et est le fils d’Oginga Odinga, qui a été vice-président de Jomo Kenyatta. Les pères se sont opposés férocement, les fils perpétuent la tradition. Car les Kikuyus détestent les Luos, et vice-versa. De fait, ces deux tribus ne cessent de s’opposer depuis l’indépendance du pays en 1963.

Après quelques jours de flottement, le vendredi 11 août au soir, Kenyatta est officiellement réélu avec 54 % des voix contre 44 % pour Odinga. Celui-ci dénonce alors une fraude électorale massive. Sûr de sa victoire, Odinga avait promis de contester les résultats de l’élection dans la rue en cas de défaite. Immédiatement, des émeutes éclatent, des commerces sont incendiés dans les bidonvilles de Nairobi et de Kisumu. La police tire à balles réelles et plusieurs personnes sont tuées. Les violences font 24 morts et plus de 200 blessés. Odinga veut continuer la lutte quitte à reproduire les évènements tragiques de 2007 qui ont fait 1500 morts et 600 000 déplacés suite à la reconduction du président sortant le Kikuyu Mwai Kibaki face à (déjà) le Luo Raila Odinga, mais les divisions sont profondes au sein de la fragile coalition. Deux tendances s’opposent concernant l’attitude à adopter suite à la défaite. D’un côté, les proches d’Odinga qui sont essentiellement des membres de l’ethnie luo et qui préconisent des manifestations de masse. De l’autre, les modérés qui veulent à tout prix éviter un bain de sang. John Kerry, à la tête de la Fondation Carter chargée de surveiller les élections, pèse de tout son poids et rappelle tout le monde à l’ordre pour faire cesses les violences. Enfin, sous la pression internationale, de la Maison Blanche à l’Union européenne en passant par la Grande Bretagne, le 16 août, Raila Odinga renonce à son projet de faire appel à la rue et place désormais son avenir entre les mains des juges de la Cour suprême.

Nous avons pris contact avec Raila Odinga mais il n’a pas voulu répondre à nos questions parce qu’elles étaient jugées embarrassantes pour lui et ses amis de l’opposition qui reçoivent leurs ordres des puissances occidentales. La triste réalité du Kenya et des autres pays africains, c’est que la décision politique ne se fait pas dans ces pays mais dans les capitales occidentales. Ce qui se passe au Kenya et qui est symptomatique de ce que vit tout le continent africain, c’est qu’une caste dirigeante pille les ressources tout en servant les intérêts occidentaux, comme on le voit aussi en Algérie ou en RDC, etc. Sans l’Occident qui est le principal appui de cette élite, celle-ci ne pourrait se maintenir au pouvoir plus d’un quart d’heure. L’Afrique regorge de richesses alors que sa population vit sous le seuil de pauvreté et qu’une caste oligarchique vit dans l’opulence en saignant le continent. La principale caractéristique de ces dirigeants est la corruption, la fraude et le refus d’une vraie alternance qui viendrait d’un parti ou d’une force qui mettrait à plat leurs alliances avec l’Occident et qui menacerait leurs intérêts ainsi que ceux de leurs maîtres occidentaux. La question de l’achèvement de l’indépendance des pays africains tels que le Kenya et beaucoup d’autres, reste à l’ordre du jour. Le principe de la prédisposition à être colonisé de l’Afrique reste à poser, comme celui de l’indépendance. Sans de véritables dynamiques de changement véritable qui dépasserait le tribalisme, le népotisme, le clientélisme et la corruption de ces politiciens africains qui ne servent pas les intérêts de leur pays, sans institutions fortes tels des parlements légitimes, et avec une presse corrompue dans sa totalité à l’image de la caste oligarchique dirigeante, l’Afrique continuera à reproduire les mêmes échecs. De fait, le combat politique qui se déroule actuellement au Kenya et dans certains pays africains, prend l’aspect d’un combat de coqs plutôt que d’un combat politique avec des enjeux majeurs tels que la justice sociale, la liberté d’expression, une justice indépendante et une véritable alternance, etc.

En outre, ces régimes despotiques tribaux font le lit de groupes terroristes très présents en Afrique, notamment au Kenya, tels que Boko Haram et autres, qui profitent de la paupérisation de la population et recrutent pour répandre le sang dans cette région. Le Kenya à l’instar d’autres régimes africains est loin d’être réformable et donc incapable d’offrir une perspective de vie meilleure à ses citoyens. De ce fait, la criminalité qui caractérise ce pays et ce continent ainsi que les vagues migratoires et le terrorisme resteront les seuls horizons du peuple kenyan et des autres peuples d’Afrique tant qu’existeront ces dirigeants corrompus et serviles des anciens colonisateurs et des puissances occidentales. Ces despotes et ces opposants factices interchangeables, dans leur aveuglement d’avoir un pouvoir absolu, barreront la route au progrès de leur pays en le sacrifiant sur l’autel de leur profit personnel et celui de leurs maîtres occidentaux.

Mohsen Abdelmoumen

Published in English in American Herald Tribune: https://ahtribune.com/world/africa/1861-kenya.html

In Palestine Solidarité: http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mohsen_abdelmoumen.280817.htm

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