Prof. Richard Falk : « Israël défie continuellement le droit international »

Publié le Mis à jour le

 

Press Conference  by Special Rapporteur on the situation of human rights in the Palestinian occupied territories since 1967 and Special Rapporteur on the situation of human rights in Myanmar

Prof. Richard Falk. DR.

English version here

Por traducir, haga clic derecho sobre el texto

Per tradurre, cliccate a destra sul testo

Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text

Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести

Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο

Mohsen Abdelmoumen : Vous avez écrit le livre : « Achieving Human Rights ». À votre avis, les nombreuses interventions de l’impérialisme américain sous prétexte de répandre les droits et la démocratie n’ont-elles pas vidé de sa substance le concept même des droits de l’homme ?

Prof. Richard Falk : Je mettrais l’accent sur les effets dévalorisants de la désastreuse intervention impériale américaine et de l’occupation subséquente de l’Irak à partir de 2003. Surtout quand l’allégation de cacher des stocks d’armes de destruction massive s’est révélée fausse, les États-Unis ont justifié l’intervention en tant que libération classique du peuple irakien, une pratique de ce qu’on appelait la «promotion de la démocratie». Plus tôt encore, le gouvernement américain a tenté de justifier son intervention en faveur du changement de régime en Afghanistan comme bénéfique pour les femmes, comme une entreprise qui a été décrite sous le titre de «l’émancipation des femmes.» Comme avec l’Irak, l’intervention en Afghanistan a provoqué des souffrances massives au peuple du pays et a remis en cause toutes les affirmations selon lesquelles les droits de l’homme et la démocratie pourraient être obtenus par une intervention militaire.

D’autres facteurs au cours de cette période ont également été responsables de la diminution de la pertinence des droits de l’homme internationaux, surtout la montée croissante mondiale du populisme de droite et le contrôle des gouvernements par des dirigeants autocratiques démocratiquement élus. De tels leaders, dirigés par Trump aux États-Unis, méprisent les droits de l’homme dans leur propre pays et invoquent les droits de l’homme de manière opportuniste et critiquable pour attaquer leurs adversaires géopolitiques. Parmi les explications de cette tendance, on trouve une réaction nationaliste contre la mondialisation néolibérale et contre les pressions exercées sur l’Europe et ailleurs par les interventions ratées au Moyen-Orient.

La principale leçon à tirer est que les droits de l’homme doivent se développer et évoluer naturellement dans des sociétés établies et par la propagation mondiale des valeurs associées à la dignité humaine et à l’égalité, y compris le respect des droits souverains. L’intervention, quel que soit son prétexte, contribue rarement au développement d’un soutien durable pour les droits de l’homme, bien que les revendications à cet effet invoquent souvent l’expérience de la Seconde Guerre mondiale et l’imposition de gouvernements constitutionnels démocratiques solides en Allemagne et au Japon. Ce sont des circonstances particulières qui sont tout à fait différentes des interventions impériales dirigées géopolitiquement par les puissances occidentales dans les régions non-occidentales, en particulier dans les pays précédemment gouvernés par des puissances coloniales européennes.

Dans votre livre « (Re)imagining Humane Global Governance », vous proposez un monde débarrassé de la domination de l’empire US. Les propositions que vous faites et votre vision d’un monde plus juste sont-elles réalisables à court ou moyen terme ?

Il semble certainement improbable que l’effort des États-Unis pour maintenir le premier «État mondial» (pas un empire, comme c’est généralement compris) sera effectivement surmonté dans un avenir prévisible, bien que ce soit difficile à dire dans cette période de menaces nucléaires irréfléchies, de guerres commerciales probables et de risques élevés d’un effondrement économique mondial. Le réseau mondial américain de bases étrangères, s’élevant à près de 1 000, de forces navales dans tous les océans, le contrôle militaire de l’atmosphère et de l’espace cybernétique, d’unités d’opérations spéciales dans plus de 100 pays, sont les composantes d’un projet de domination mondiale renforcé par le capitalisme mondialisé et la prédominance de la culture populaire américaine. De telles réalités semblaient de prime abord remises en cause par les appels de la campagne de Trump pour le réajustement de la politique étrangère et «l’Amérique d’abord», mais jusqu’ici, l’État profond a forcé Trump en tant que président à abandonner le recul de l’internationalisme militarisé.

Vous avez coécrit avec David Krieger le livre Path to Zero: Dialogues on Nuclear Dangers. Pensez-vous que l’humanité soit à l’abri d’une guerre nucléaire quand on voit l’escalade actuelle entre l’administration Trump et la Corée du Nord ?

Je pense que le danger de la guerre nucléaire est plus grand aujourd’hui qu’à tout autre moment depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Même pendant la crise des missiles cubains de 1962, il y avait des chefs responsables dotés d’une mentalité stable dans le contrôle des gouvernements soviétique et américain. Aujourd’hui, la confrontation entre Donald Trump et Kim Jong-Un exhibe des personnalités hautement instables et belligérantes engagées dans un dangereux jeu de bluff. Comme dans le poker, si les deux parties ont des mauvaises cartes et continuent à bluffer de part et d’autre, le résultat presque certain est catastrophique pour l’une des parties ou les deux.

La plus grande carence de l’ordre mondial à l’heure actuelle est l’absence de tout mécanisme adéquat pour encourager les biens collectifs mondiaux tels que le changement climatique, l’évitement de la guerre nucléaire, et faire face aux défis des flux migratoires mondiaux. L’ONU est trop faible pour jouer un tel rôle, servant principalement comme arène dans laquelle les États souverains poursuivent des intérêts nationaux de manière antagoniste ou coopérative, mais quand un intérêt mondial ou humain important est en jeu, la géopolitique domine et l’ONU est neutralisée. Certains commentateurs et journalistes des États-Unis ont soutenu que le leadership mondial américain depuis 1945 a favorisé les biens collectifs mondiaux ainsi que ses propres intérêts. Un tel argument, bien que n’étant jamais convaincant, a perdu toute crédibilité dans les années qui ont suivi la fin de la guerre froide, et depuis que Trump est devenu président, le rôle des États-Unis a effectivement régressé en ce qui concerne les biens publics mondiaux et pratiquement toutes les questions.

Vous assimilez le régime nazi et le régime israélien. Pensez-vous que nazisme et sionisme font partie de la même matrice ?

J’ai été mal compris sur cette question. Je n’ai jamais tenté d’«assimiler» les deux régimes, mais il y a dix ans, j’ai fait une comparaison en ce qui concerne la dépendance israélienne et nazie à la punition collective, avec une référence particulière à Gaza. Rétrospectivement, je pense que même cette comparaison limitée était une erreur de ma part car elle permet aux partisans sionistes de modifier la discussion, en mettant l’accent sur le caractère odieux de la comparaison et en affirmant qu’il reflète un antisémitisme implicite.

J’appuie les comparaisons entre Israël et d’autres exemples de «colonialisme de peuplement», et surtout en ce qui concerne l’ancrage des structures d’«apartheid» pour établir et maintenir «un État juif» dans une société non juive face à la résistance autochtone.

Comment expliquez-vous que ceux qui sont contre l’idéologie sioniste et l’État fasciste d’Israël soient qualifiés d’antisémites ?

Je pense que c’est une tactique sioniste délibérée pour détourner la conversation des questions de fond et des griefs palestiniens vers la nature indigne du messager. Il est souhaitable de blesser et d’offenser le messager plutôt que de faire face au message. Au cours des dernières années, il a été reconnu dans les cercles sionistes et israéliens que leurs contre-arguments sont faibles dans tout débat politique de fond, et leurs intérêts sont mieux servis en discréditant leurs critiques plutôt qu’en essayant de défendre les politiques et les pratiques d’Israël. Il existe une campagne en Europe et en Amérique du Nord pour assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme qui est profondément malhonnête et trompeuse, bien que la crédibilité de certains dirigeants soit reconnue, comme le président français Emmanuel Macron. Milton Viorst démontre de façon exhaustive dans son livre récent sur l’histoire du sionisme que les Juifs sont depuis le début du mouvement sioniste profondément divisés quant aux mérites du sionisme. Il est tout à fait faux et tendancieux d’assimiler le sionisme au judaïsme.

Vous avez été rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Dans votre rapport final pour l’ONU, vous avez mentionné qu’Israël pratique une politique d’apartheid dans les territoires palestiniens. Pourquoi la communauté internationale n’applique-t-elle pas sur Israël les mêmes sanctions que sur le régime d’apartheid d’Afrique du sud ? Ne pensez-vous pas que le droit international est bafoué par Israël ?

La réponse la plus directe à ces questions est que la géopolitique sous la forme de «relation spéciale» entre les États-Unis et Israël empêche d’imposer des sanctions à Israël similaires à celles qui ont été appliquées contre l’Afrique du Sud. De plus, l’Europe est inhibée par rapport à Israël par son sentiment de culpabilité énorme en raison de ses échecs à agir de manière énergique pour protéger les Juifs de la persécution nazie et plus tard du génocide. Par ailleurs, Israël a réussi à promouvoir sa marque comme «la seule démocratie au Moyen-Orient», en tant qu’État moderne et en tant qu’acteur militaire puissant qui réagira à des actes hostiles dirigés contre lui. Il existe un mouvement de solidarité mondial croissant qui commence à exercer une pression efficace sur Israël grâce à la Campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) et par son succès dans la guerre de légitimité contre Israël, c’est-à-dire en gagnant la sympathie de l’opinion publique mondiale et en occupant de plus en plus le terrain en ce qui concerne la morale internationale et le droit international.

Israël défie continuellement le droit international et ne subit aucune conséquence négative. Le droit international soutient tous les principaux griefs palestiniens concernant la fin de l’occupation, l’élimination du blocus de la Palestine, le statut de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés palestiniens, l’illégalité du mur de séparation et les nombreuses violations du droit international humanitaire par Israël en tant que puissance occupante en vertu des Conventions de Genève. Bien sûr, quand il semble aider Israël, il fera référence au droit international, par exemple, des champs de gaz naturel ou des droits souverains, ou en revendiquant son droit souverain de se défendre comme il le souhaite.

Dans l’exercice de votre fonction en tant que rapporteur spécial des Nations Unies dans les territoires palestiniens occupés, avez-vous subi des pressions ou des menaces de la part de l’État fasciste d’Israël ?

Je n’ai pas été menacé par Israël en tant qu’État, mais toujours menacé par des organisations sionistes et des activistes militants. J’ai été arrêté à l’aéroport Ben Gourion en tant que Rapporteur spécial des Nations Unies quand j’ai essayé d’entrer en Israël en 2008, et confiné dans un centre de détention pendant 20 heures avant d’être expulsé. Aucune explication n’a été donnée pour mon expulsion, sauf que le ministère des Affaires étrangères a publié une déclaration malhonnête selon laquelle j’avais été averti de ne pas venir. Au contraire, mon itinéraire avait été montré au consul israélien à Genève sans aucune indication que je serais confronté à des difficultés si j’essayais d’entrer dans le pays, et mes deux assistants avaient reçu des visas pour entrer en Israël. Je crois qu’Israël voulait donner une leçon aux Nations Unies pour avoir nommé un représentant de sécurité qui était perçu comme un critique potentiel, comme ce serait le cas pour quiconque s’engage à une présentation objective des faits et une interprétation professionnelle de la loi appropriée.

Depuis ma nomination à l’ONU, j’ai souvent été accusé d’être un antisémite et un juif qui se déteste lui-même. En fait, l’Institut Wiesenthal à Los Angeles m’a catalogué il y a quelques années comme le troisième antisémite le plus dangereux au monde, derrière le Guide suprême d’Iran et le Premier ministre turc. Une telle accusation était assez ridicule. Je n’ai jamais pensé ni parlé en termes raciaux contre aucun peuple, et certainement pas contre le peuple juif qui a souffert si souvent au cours de l’histoire. Cela m’a fait sentir que je devais faire un travail honnête au nom de l’ONU pour produire un tel profil élevé, quand bien même il serait dérangeant, inquiétant, offensant. Confondre la critique d’Israël, compte tenu de son comportement, avec l’antisémitisme a pour effet négatif d’embrouiller l’opinion publique sur le caractère virulent de la haine raciale du genre de celle qui a atteint son apogée au cours de la période nazie en Allemagne.

Vous êtes un homme engagé pour la cause palestinienne, peut-on dire que l’État d’Israël est un État terroriste ?

Je m’abstiens d’utiliser ce genre de langage, bien que j’admire le livre de Thomas Suarez qui appelle Israël « un État terroriste » dans son titre, bien que je pense que le titre détourne l’attention de l’accumulation minutieuse de preuves extrêmement préjudiciables sur les moyens peu scrupuleux invoqués par le mouvement sioniste pour favoriser ses objectifs d’établissement d’un État juif dans la Palestine non juive. Comme indiqué précédemment, je pense qu’il est exact de décrire Israël aujourd’hui comme «un État d’apartheid » parce que ses politiques et ses pratiques ont créé une structure d’assujettissement systématique du peuple palestinien afin de maintenir par la force et les «actes inhumains» la prétention d’être un État juif. En outre, Israël s’engage dans des politiques et des pratiques terrorisantes envers le peuple palestinien dans le cadre de son plan général visant à contenir, contrôler et démoraliser la résistance palestinienne.

Vous avez écrit le livre « Palestine’s Horizon: Toward a Just Peace ». D’après vous, un autre souffle et une autre forme de résistance ne s’imposent-t-ils pas pour que le peuple palestinien retrouve sa terre ? Comment expliquez-vous le statu quo actuel ? Et quelle est la forme de résistance la plus adéquate face à un État voyou comme Israël ?

Le choix du mode de résistance est une question qui ne peut être authentiquement tranchée que par les Palestiniens. Au fil des années, diverses tactiques ont dépendu des Palestiniens avec des frustrations et des réussites. À bien des égards, la première Intifada de 1987 a réalisé un progrès dans la compréhension publique à la fois du recours palestinien à une forme créative de résistance non violente et du degré de représailles collectives et de déni des droits fondamentaux auquel sont soumis les Palestiniens entre les mains des Israéliens. À mon avis, la combinaison actuelle de la résistance palestinienne, plus récemment en ce qui concerne la tentative d’ingérence israélienne dans l’accès des musulmans à la mosquée d’Al Aqsa, et les initiatives de solidarité mondiale, soulignées par la campagne Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) semble être un moyen efficace de faire pression sur les dirigeants israéliens en travaillant à une sorte de recalcul des intérêts israéliens similaire à ce qui a finalement conduit à l’effondrement du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Il appartient à la direction palestinienne, qui semble maintenant avoir décalé son centre de gravité vers la société civile, de guider et de façonner le mouvement de solidarité mondiale. Depuis 1945, l’équilibre des forces dans le monde passe de la puissance dure à la puissance douce. Le côté qui gagne la guerre de légitimité menée pour le soutien de l’opinion publique finit habituellement par contrôler le résultat politique dans les situations de conflit, mais parfois à un prix élevé et après une longue lutte. Toutes les guerres anticoloniales peuvent être comprises dans cette perspective. Être du bon côté de l’histoire est presque une garantie d’une éventuelle victoire palestinienne.

Dans toutes vos œuvres ainsi que dans votre parcours, la Palestine occupe une place centrale. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Il n’a pas toujours été vrai que la Palestine a été mon principal souci. Mon éveil politique était celui d’un opposant à la guerre du Vietnam. J’étais également impliqué en tant qu’activiste dans l’opposition à l’apartheid en Afrique du Sud, puis en tant qu’opposant au pouvoir du Shah en Iran. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que j’ai commencé à me concentrer sur la lutte palestinienne, en partie à cause de mon amitié avec Edward Said. Plus j’apprenais sur ce sujet, plus je m’impliquais et plus je m’impliquais, plus j’étais attaqué, ce qui me conduisait à me sentir encore plus impliqué. Pour des raisons complexes, j’ai été attiré tout au long de ma vie par l’identification avec ceux qui sont vulnérables et abusés, et pour agir en solidarité avec eux, apprenant de leurs luttes et m’en inspirant. De cette façon, mon engagement envers le peuple palestinien ne s’affaiblira jamais tant que sa lutte ne sera pas couronnée de succès, que je conçois comme une paix durable pour les deux peuples dans laquelle les revendications rivales de l’autodétermination sont acceptées sur la base de l’égalité des droits.

Ne pensez-vous pas que George Bush, Dick Cheney, Tony Blair, les néocons et leurs alliés doivent être jugés dans un tribunal comme celui qui a jugé les nazis à Nuremberg ? Vous siégez dans plusieurs organisations mondiales dont le Tribunal BRussells. Envisagez-vous des actions futures afin de traduire ces criminels devant un tribunal compétent ?

Comme je suis actuellement à Nuremberg pour une cérémonie associée au Prix international des droits de l’homme de Nuremberg, l’idée de rendre compte des crimes de guerre a été très utile. Ma conclusion fondamentale est que Nuremberg lui-même était un exercice de «justice de vainqueur», bien que les accusés aient été clairement reconnus coupables. Depuis Nuremberg, les dirigeants politiques des pays dominants ont bénéficié d’une totale impunité en matière de responsabilité au regard du droit pénal international. L’extension de Nuremberg se limite aux ennemis de l’Occident qui sont vaincus dans la guerre et aux dirigeants des pays d’Afrique subsaharienne. Malgré la création encourageante de la Cour pénale internationale en 2002, il n’y a pas eu de contestation de cette distinction opérationnelle entre la responsabilité pour les faibles et l’impunité pour les forts. Parmi les héritages les plus positifs de Nuremberg, il y a celui de fournir un outil à la société civile pour évaluer le comportement des pays forts et leurs dirigeants par référence au droit pénal international. De tels tribunaux en Malaisie et à Istanbul ont jugé George W. Bush, Cheney et Blair coupables de graves crimes internationaux. Ces résultats sont des évaluations objectives importantes même si elles ne sont pas exécutoires, et peuvent aider à délégitimer les gouvernements qui se livrent à des comportements criminels, ce qui a été l’intention et la teneur de la session du Tribunal Russell sur la question de savoir si Israël a été coupable d’imposer un régime d’apartheid au peuple palestinien.

Dans le passé, quand vous étiez en fonction à l’ONU, vous avez été la cible d’attaques entre autres de la part de Susan Rice, Jen Psaki, John Bolton, même Ban Ki-moon,  visant à votre destitution. Pourquoi faites-vous peur aux Néocons ?

Je pense que ces attaques personnelles reflètent certaines inquiétudes que mes rapports de l’ONU, lorsque j’ai servi de Rapporteur Spécial sur la violation israélienne des droits de l’homme en Palestine occupée, ont eu un certain effet contrecarrant les prétentions d’Israël d’être une société démocratique et au-dessus de la loi. De telles attaques visaient de manière uniforme ma crédibilité dans mon rôle d’observateur et de rapporteur de l’ONU, et ne faisaient aucun effort pour contester le contenu de ce qui était signalé. Souvent, le langage de l’attaque diffamatoire par des personnalités éminentes provenait directement de lettres exhortant à une telle action émanant d’ONG telles que ONU Watch, qui n’avait pas de scrupules quand il s’agissait de lancer des attaques contre les critiques d’Israël, en particulier si l’on avait un certain impact sur le discours utilisé au sein du système des Nations Unies pour discuter de la lutte palestinienne. Lorsque je me suis plaint au bureau du Secrétaire général de l’ONU au sujet de ces diffamations, j’ai été rassuré que mes paroles avaient été prises hors de leur contexte, souvent extraites de mon blog, et il a été admis que «nous n’avons pas fait la diligence raisonnable», c’est-à-dire que nous n’avons pas lu ce que vous avez réellement dit mais répété les insultes diffusées par les légions d’apologistes d’Israël rémunérés et non rémunérés.

Vous avez préfacé « The New Pearl Harbor: Disturbing Questions About the Bush Administration and 9/11″, un livre sur les attentats du 11/9 et écrit un chapitre dans « 9/11 and American Empire: Intellectuals Speak Out » de David Ray Griffin, où vous remis en question la version officielle des attentats de New York. Beaucoup de voix contestent la version officielle des faits. Pouvez-vous nous dire comment vous êtes arrivé à ces conclusions ? Avez-vous des éléments nouveaux qui confirment que ces attentats sont un false flag ?

Je ne suis pas un expert du 11/9 ou de la controverse entourant la véracité de la version officielle des événements du 11/9. Je connais David Ray Griffin comme un érudit scrupuleux de grande distinction et je respecte son travail au moins jusqu’à l’acceptation de son analyse selon laquelle d’importantes questions non résolues relatives à la version officielle ont été continuellement éludées. J’ai recommandé que les gens de bonne volonté adoptent une «éthique de suspicion» étant donné notre connaissance de la volonté des principaux gouvernements de s’engager dans des opérations de faux drapeau et de cacher ou de déformer des faits gênants qui révèlent la complicité ou la grave négligence du gouvernement dont la société a été attaquée par «un ennemi». Le record des États-Unis à cet égard n’inspire pas la confiance. En même temps, je ne connais pas suffisamment l’interaction des critiques et des apologistes pour prendre position sur ce qui s’est réellement passé le 11/9, mais les livres doivent être maintenus ouverts jusqu’à ce qu’une explication complète ait lieu.

Les falses flags ne sont-ils pas nécessaires à la politique interventionniste et belliciste de l’impérialisme US ?

Cela semble être vrai. Sinon les «faux drapeaux», du moins la manipulation des événements afin de justifier une action militaire. Cette tendance est particulièrement effrayante à l’heure actuelle avec Trump à la Maison Blanche, une personne avec une volonté inquiétante d’agir de manière impulsive et d’utiliser un langage incendiaire dans des contextes internationaux fragiles (par exemple la Corée du Nord et l’Iran).

Peut-on dire qu’Al Qaïda et Daesh n’ont fait que servir les desseins de l’impérialisme ? Ne sont-ils pas en même temps la création et les idiots utiles de l’empire ?

Je ne suis pas sûr de répondre à cette question et je suis réticent à répondre de manière définitive sans plus de preuves, sauf des considérations circonstancielles. Il ne fait aucun doute que les attentats du 11/9 attribués à Al-Qaïda ont créé un mandat politique pour poursuivre l’agenda de la politique étrangère des Néocons au Moyen-Orient, qui a porté sur les interventions de changement de régime en commençant avec l’Irak. En outre, nous ne devrions pas réduire l’influence d’Israël pour pousser les États-Unis dans une direction similaire.

Vous êtes une personnalité avec un parcours exceptionnel. Envisagez-vous d’écrire vos mémoires pour apporter votre témoignage si précieux de Juste et d’homme engagé pour tous les résistants de la Terre?

Merci pour ces mots gentils et généreux d’encouragement. En fait, j’ai passé les derniers mois à gravir les contreforts de cette montagne impossible, que j’appelle «mes mémoires». Je ne sais pas jusqu’où je vais monter, ni même si la montée vaut l’effort, mais je suppose que je devrais être patient et donner au processus une opportunité de se dérouler dans les mois et les années à venir.

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen

 

Qui est le professeur Richard Falk ?

Richard Falk est professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton où il a enseigné pendant quarante ans. Il a obtenu un baccalauréat en droit à l’Université de Yale et a obtenu son doctorat en droit (SJD) de l’Université de Harvard. Le professeur Falk a commencé à enseigner à l’Ohio State University and Harvard. Il est un juriste réputé du droit international et des relations internationales qui a récemment assumé un mandat de six ans en tant que Rapporteur Spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme en Palestine occupée. Il dirige le projet “Global Climate Change, Human Security, and Democracy” (Changement climatique mondial, Sécurité humaine, et Démocratie) à l’Orfalea Center of Global Studies à l’Université de Californie, Santa Barbara, et dirige également le « Projet POMEAS sur la politique au Moyen-Orient après le printemps arabe » au Centre de politique d’Istanbul, Université Sanbaci.

Le professeur Falk a consacré sa carrière pour la promotion de la justice et des droits de l’homme par le biais d’institutions juridiques internationales. En 2001, il a siégé à une Commission d’enquête des Nations Unies sur les droits de l’homme pour les territoires palestiniens, qui a examiné si Israël en tant que puissance occupante assumait sa responsabilité de protéger la société qui est soumise à son contrôle et a évalué le droit des Palestiniens occupés de s’engager dans la résistance. Auparavant, il a été membre de la Commission internationale indépendante sur le Kosovo. Le professeur Falk a également agi en tant qu’avocat de l’Ethiopie et du Libéria dans les affaires de l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de Justice.

Le professeur Falk est l’auteur ou le co-auteur de plus de 20 livres, ainsi que d’innombrables volumes et articles édités sur les droits de l’homme, le droit international et les institutions mondiales. Le professeur Falk a également présidé ou siégé au conseil d’administration de nombreuses organisations dont la Nuclear Age Peace Foundation basée à Santa Barbara.

Parmi ses livres : Palestine’s Horizon: Toward a Just Peace (2017), Path to Zero: Dialogues on Nuclear Dangers (2012), A Global Parliament: Essays and Articles co-auteur avec Andrew Strauss (2011), Achieving Human Rights (2008), The Declining World Order: America’s Imperial Geopolitics (Global Horizons) (2004), Human Rights Horizons: The Pursuit of Justice in a Globalizing World (2000), Revolutionaries and Functionaries: The Dual Face of Terrorism (1988), etc.

Son site officiel

Published in American Herald Tribune, October 05, 2017:  https://ahtribune.com/world/north-africa-south-west-asia/palestine/1936-richard-falk.html

In Palestine Solidarité: http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mohsen_abdelmoumen.061017.htm

Publicités

Une réflexion au sujet de « Prof. Richard Falk : « Israël défie continuellement le droit international » »

    […] via Prof. Richard Falk : « Israël défie continuellement le droit international » — Algérie Résis… […]

Les commentaires sont fermés.