Interviews

Mohsen Abdelmoumen explique à Algeriepatriotique pourquoi les autorités belges veulent l’intimider

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Le journaliste et sa femme ont été menacés par les inspecteurs. D. R.

Le journaliste et sa femme ont été menacés par les inspecteurs. D. R.

 

Algeriepatriotique : Comment s’est déroulée la perquisition de votre domicile ?

Mohsen Abdelmoumen :Deux inspecteurs se sont présentés samedi à 8h30 disant qu’ils étaient chargés par le Parquet d’effectuer une perquisition. L’un des deux était particulièrement provocateur, et pendant que l’autre parlait, il ne cessait d’examiner les lieux avec insistance, y compris en regardant de près les photos du grand-père de mon épouse – résistant fusillé par les nazis –, laquelle lui a dit d’un ton cinglant que cet homme était mort pour son pays. Ma femme manifestant son désaccord face à cette intrusion, nous nous sommes vu menacer d’être embarqués au commissariat. La menace était précise : «Ou ça se passe bien et ça ne durera pas longtemps, ou ça se passe mal», a dit un inspecteur. L’autre s’agitait dans tous les sens et ne disait pas un mot. Il s’est même approché très près de moi et je suis persuadé qu’il cherchait à me faire réagir agressivement. J’ai deviné leur jeu et j’ai demandé à ma femme de se calmer pour éviter les complications. Sachant que nous n’avons aucune procédure en cours, que nous n’avons commis aucun délit, nous étions sous le choc et nous le sommes toujours. Quand ils sont sortis, ma femme s’est rendue chez le libraire voisin qui est un ami et a appris que les policiers étaient passés chez lui et lui avaient dit qu’ils avaient effectué une perquisition chez des gens «qui n’étaient pas contents». Le libraire, croyant que cette perquisition avait eu lieu chez des dealers ou des malfrats, a été abasourdi d’apprendre qu’il s’agissait de nous. Ainsi, cette perquisition indigne et injustifiée avait même été divulguée aux voisins. Lire la suite »

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Edouard Delruelle à Algeriepatriotique : «Nous sommes dans une société de montée aux extrêmes destructrice»

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Edouard Delruelle : la philosophie est mouvement. D.R.
 
 
Algeriepatriotique : Comment peut-on définir le rôle du philosophe dans la société moderne ?

 

Edouard Delruelle : Il y a différentes conceptions, mais quand vous dites «la société moderne», personnellement, ma conception de la philosophie n’est pas différente de celle de Socrate à Athènes au Ve siècle av. J.-C. Pour moi, le philosophe est quelqu’un qui doit s’engager dans les affaires de la Cité et dont le rôle d’aiguillon et de critique est d’inquiéter la collectivité, je dirais même d’essayer de non pas tellement trouver des réponses – parce qu’après tout c’est le jeu démocratique qui doit trouver des réponses aux questions –, mais essayer de formuler les bonnes et les vraies questions, notamment sur l’interculturalité et le racisme. Pour moi, le philosophe est quelqu’un qui doit essayer d’amener ses concitoyens à s’interroger, ce qui est la seule façon de toucher le réel, et qui n’est pas tellement d’avoir une connaissance objective, scientifique, de la réalité, mais de se poser les bonnes questions à propos du monde qui nous entoure. Tel est pour moi le rôle du philosophe.

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Eric David à Algeriepatriotique : «Ce qui s’est passé en Afrique du Sud pourrait se reproduire en Palestine»

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Eric David. D. R.

Eric David. D. R.

 

Algeriepatriotique : Quels sont les objectifs du Tribunal Russell ?

Eric David : Le Tribunal Russell est une institution qui a été créée en 1967 par le philosophe britannique Bertrand Russel et l’écrivain français Jean-Paul Sartre. A l’époque, ce tribunal était destiné à analyser la guerre du Vietnam sous l’angle du droit international. Autrement dit, il s’agissait non pas tellement de créer un énième groupe de pression pour mettre fin à la guerre du Vietnam et à l’agression des Etats-Unis contre le Vietnam, mais il s’agissait surtout de le faire sous l’angle du droit international. Comme aucun groupe de pression à l’époque ne s’en chargeait, l’idée de confier la question de la guerre du Vietnam à des individualités connues pour leur engagement politique progressiste s’est développée afin que ces dernières déclarent à la suite des faits qui leur seraient soumis, et après une analyse tout à fait rigoureuse et précise de la situation, que celle-ci était contraire au droit international. Ce n’était pas simplement une analyse politique, c’était une analyse qui se prétendait juridique. Le même type de travail a été effectué ensuite par le Tribunal Russell – qui entretemps s’est transformé en une fondation de droit britannique – pour le Chili, pour l’Irak, et pour le Zaïre de Mobutu. Dans chacun des cas, il y a eu des sessions organisées au coup par coup par le Tribunal Russell qui, bien qu’en restant une entreprise privée, réunissait à chaque fois des personnalités politiques, juridiques, des écrivains, des artistes, des personnalités morales connues pour leur engagement afin que ces personnalités donnent un avis, fassent une sorte d’analyse juridique, plus ou moins analogue à celle que feraient des juristes professionnels. C’est ainsi que le Tribunal Russell a pris en charge le dossier de la Palestine depuis 2010. Ce tribunal, à chaque fois, a rendu «des jugements» qui en réalité sont les analyses juridiques des événements qui lui sont soumis. Quand je dis analyse juridique, je veux dire une analyse au regard du droit et plus précisément du droit international. Lire la suite »

Alain Charret à Algeriepatriotique : «Le printemps arabe a redonné espoir aux radicaux»

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Alain Charret. D. R.

Alain Charret. D. R.

 

Algeriepatriotique : Beaucoup de spécialistes du renseignement s’accordent à dire que le désert libyen est devenu un sanctuaire pour les terroristes, qu’en pensez-vous ?

Alain Charret : Le président nigérien Mahamadou Issoufou l’a rappelé, encore récemment, en déclarant que les auteurs du double attentat meurtrier qui a frappé le Niger le 23 mai seraient venus du sud libyen. Il a même ajouté que d’autres attaques qui pourraient frapper des pays voisins comme le Tchad étaient en cours de préparation. Ce n’est pas vraiment une surprise. Depuis l’intervention française au Mali, on a pu remarquer un repli des membres de différents groupes djihadistes dont Al-Qaïda au Maghreb islamique. Certains spécialistes affirment même que ce repli avait débuté juste avant l’intervention française. Cette zone sert de refuge, voire de base arrière, à toutes sortes de djihadistes et de contrebandiers. L’État libyen, tel qu’il est maintenant, n’est pas en mesure de contrôler des villes importantes telles que Benghazi. Comment serait-il à même de contenir ces groupes terroristes présumés, a priori solidement implantés dans le désert libyen ? Lire la suite »

Mateo Alaluf à Algeriepatriotique : «Ce qui se passe en Algérie est très important pour l’Europe»

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Mateo Alaluf. D. R.

Mateo Alaluf. D. R.

Algeriepatriotique : En quoi se résume la menace sur les acquis sociaux de la classe laborieuse en Occident ?

Mateo Alaluf : On peut dire que depuis les années 1980, en rapport avec un nouveau régime du capitalisme qui se met en place – un capitalisme à la fois financiarisé et mondialisé – sur le plan social, nous assistons en fait à un développement de contre-réforme. Je veux dire par là que si dans la période précédente nous avions assisté à des réformes qui avaient transformé les sociétés dans le sens d’une répartition plus juste des richesses et d’une protection sociale des salariés, à partir des années 80, les réformes induisent le résultat contraire. C’est en ce sens que je les appelle des contre-réformes qui affaiblissent les protections sociales, l’Etat social et donc les droits sociaux. Ils consistent pour l’essentiel dans le fait que le système des droits sociaux est basé sur l’idée que les protections dont bénéficient les personnes sont des droits. Il en est ainsi par exemple du droit au chômage quand on perd son emploi, qu’on est disponible sur le marché de l’emploi, on a droit à une indemnité du chômage tant qu’on n’a pas trouvé du travail. L’assurance-maladie quand on est malade donne droit à être soigné et si cela dure longtemps on a droit à un revenu de remplacement. En matière de retraite, de pension, quand on est plus âgé, qu’on est retraité, on a droit à une pension. Donc, tous ces droits étaient des droits inconditionnels, alors qu’à partir des années 80, de plus en plus, ils deviennent conditionnels. Lire la suite »

Anne Morelli à Algeriepatriotique : «La plupart des djihadistes belges sont d’origine marocaine»

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Anne Morelli. Ageriepatriotique

Anne Morelli. Ageriepatriotique

 

Algeriepatriotique : On assiste en Europe au retour d’un mouvement fasciste très fort accompagné d’une démobilisation générale de la population privée d’un encadrement ouvrier combatif face à ce phénomène. Comment pouvez-vous l’expliquer ?

Anne Morelli : Il ne faut pas négliger le fait qu’il n’y a plus vraiment de parti ouvrier avec la disparition de la classe ouvrière en Europe, mais, par contre, il y a beaucoup de gens qui protestent de manière désorganisée. Cela n’ennuie personne quand les gens disent gentiment «un autre monde est possible» ou «nous sommes des protestataires pacifistes», etc. Cela ne dérange personne, et certainement pas les mouvements fascistes qui surgissent, notamment en Hongrie, et dans bien d’autres pays. Par exemple, on a laissé se produire récemment à Milan un grand rassemblement de néo-nazis sans rien faire pour l’empêcher. Ce qui manque beaucoup aujourd’hui, quand on compare la situation actuelle avec celle des années trente ou même soixante, c’est un encadrement de quelque parti qui aurait l’appui de l’ensemble de la population. En général, les populations européennes éprouvent un véritable dégoût de la politique, ce qui est justifié car les partis politiques au pouvoir sont tous plus corrompus ou achetés les uns que les autres, mais l’alternative politique qui pourrait émerger de ce dégoût est inexistante, et c’est là qu’est le problème, selon moi. Lire la suite »

Le député belge Laurent Louis à Algeriepatriotique : «Les salafistes sont manipulés par nos services secrets»

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Laurent Louis manifestant avec des Algériens et des Syriens à Bruxelles. D. R.

Laurent Louis manifestant avec des Algériens et des Syriens à Bruxelles. D. R.

Algériepatriotique : Vous avez été perquisitionné alors que vous êtes un élu du peuple, je l’ai été également alors que je suis journaliste correspondant et collaborateur de deux journaux algériens, en Belgique. Pouvons-nous affirmer que nous vivons en démocratie, ici, en Belgique, et en Occident en général ?

Laurent Louis : Clairement, non. Nous ne vivons pas en démocratie, mais sous les apparences de la démocratie. Le système a fait en sorte de montrer une certaine image de la démocratie en nous faisant croire que nous vivions en démocratie. Mais lorsque l’on dérange en s’exprimant, on voit très rapidement que nous sommes mis au ban. Se mettent alors en œuvre toutes des procédures pour nous faire taire. Or, j’estime qu’en démocratie, on doit avoir le droit de parler et de dénoncer ce qui ne va pas, et encore plus quand on est journaliste ou parlementaire. En ce qui me concerne, lorsque j’ai subi ces perquisitions tout simplement pour avoir osé dire la vérité dans le dossier Dutroux, dossier très sensible de pédophilie, j’ai été particulièrement surpris. Il est très rare qu’un parlementaire soit perquisitionné, cela n’arrive presque jamais, et il faut pour cela l’accord du président de la Chambre, avec en plus l’autorisation du président de la cour d’appel, donc des personnalités de haut niveau. Le but était de m’impressionner et de me faire taire en me privant de certains documents essentiels. Il faut savoir que normalement un parlementaire jouit d’une immunité et que celle-ci s’applique également à son domicile, c’est-à-dire que le domicile d’un parlementaire est inviolable. Ils ont donc utilisé un petit article de la Constitution permettant de faire cette perquisition. C’est clairement une procédure de menaces déguisées. Il ne faut pas croire que cela va plus loin que ça. La volonté était de m’effrayer et de me faire taire, et cela prouve que nous ne sommes pas en démocratie. Le jour où l’on interdit à un parlementaire de dénoncer des manipulations, des dysfonctionnements dans une enquête judiciaire qui a touché tout le pays, qui a été l’une des affaires les plus connues, que Marc Dutroux est l’ennemi public n°1 en Belgique, je crois que là, il y a véritablement un problème. Un parlementaire doit être libre de s’exprimer mais cela montre qu’aujourd’hui, nous ne vivons pas en démocratie, parce qu’on a tout cadenassé. La presse est financée par les partis politiques avec des subsides, et il n’y a plus de presse libre en Belgique. Il y a des organes de presse mais ils disent tous la même chose, Les politiques sont muselés, parce qu’ils savent très bien que s’ils disent certaines vérités, ils n’auront plus aucun avenir, ils seront stigmatisés, mis au ban, On l’a vu par exemple avec Madame Lizin. Il ne faut surtout pas faire de vagues en politique, pour permettre au pouvoir de garder son emprise. En plus, en Occident, au niveau de l’Europe, nous ne vivons certainement pas en démocratie puisque même les parlements nationaux n’ont plus de marge de manœuvre véritable, toutes les décisions étant dans les mains des technocrates de l’Union européenne, ces gens qui ne sont pas élus et qui n’ont de compte à rendre à personne. Donc, à partir du moment où l’on vit dans un système où les personnes qui prennent les décisions ne sont pas élues par la population et n’ont pas de compte à rendre à celle-ci, ce n’est plus une démocratie. Lire la suite »