Documentaire sur l’affaire Tibhirine : les responsables français de l’exécution des moines seront-ils jugés ?

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Jean-Charles Marchiani (à gauche) avec Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur au moment des faits. D. R.

Après tant d’années de mensonges et de manipulations inouïes de la part des autorités et de la presse françaises concernant l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibhirine, des bribes de vérité commencent à émerger du magma fangieux dans lequel le régime français a toujours voulu nous enfoncer. Le documentaire de Malik Aït-Aoudia et Séverine Labat, Le martyre des sept moines de Tibhirine, diffusé tard dans la soirée d’hier (jeudi) sur France 3 après le film Des hommes et des dieux a, pour la première fois depuis le déroulement de ces évènements tragiques, levé une partie du voile en nous présentant les commanditaires, les terroristes impliqués dans l’enlèvement et l’assassinat des moines, leurs geôliers, des témoins directs, et nous nous sommes demandés, en écoutant tous ces témoignages, où étaient passés ces gens pendant autant d’années au cours desquelles notre armée était accusée d’avoir orchestré le rapt et le meurtre des moines. Fait remarquable, le journal du soir a même été supprimé sous prétexte d’un arrêt de travail afin que le reportage puisse passer dans une tranche horaire acceptable au lieu d’être relégué à minuit comme prévu dans le programme initial. Cet arrêt de travail intempestif est décidément bien étrange. Alors que nous avions eu droit durant des années à toutes les versions possibles et imaginables venant d’individus recrutés (dont des Algériens) par les services français pour la sale besogne du «qui tue qui» à des fins politiciennes, aujourd’hui, nous sommes abasourdis de constater la quantité et la qualité des témoignages émanant de personnes ayant vécu les évènements, de personnalités politiques françaises et des terroristes eux-mêmes. Lire la suite »

Annie Lacroix-Riz : «Nous sommes entrés dans une phase de guerres impérialistes continues»

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Annie Lacroix-Riz D.R.

M. Abdelmoumen et J. De Ruytter : La crise économique actuelle nous renvoie à une page sombre de l’Histoire de l’humanité, en l’occurrence les années ’30, sauf que l’on remarque aujourd’hui l’absence flagrante de forces d’encadrement de la classe ouvrière. Pouvez-vous nous expliquer cet état de fait ?

Annie Lacroix-Riz : Pour expliquer cet état de fait, il faut revenir au moins autant à la première crise systémique du capitalisme qu’à la deuxième, c’est-à-dire autant, sinon plus, à la très longue crise de 1873 qui a débouché sur la première guerre mondiale et qui a duré plus de quarante ans. Elle a certes des caractéristiques communes avec celle des années 1930, encore plus grave, mais, à la différence de cette dernière, elle a été très longue, à cette date aussi longue que la nôtre. Que signifie une crise très longue ? C’est une crise qui, réglée de manière drastique, c’est à dire se traduisant par des baisses considérables de salaire, se déroule sans que le patronat soit confronté à une situation sociopolitique intenable. Le fait que ça n’explose pas démontre que le patronat a, par une stratégie habile, réussi à la fois à casser les salaires et à le faire globalement accepter par ses victimes. Cela nous ramène évidemment à la manière dont les crises se règlent à la phase impérialiste.

À la veille de la Première Guerre mondiale, où l’on distinguait déjà de fait entre le « centre » (impérialiste) et la « périphérie » (colonisée), Lénine a montré que le patronat avait pu corrompre ce qu’il appelait « l’aristocratie ouvrière » : sur la base d’une exploitation coloniale extrêmement violente, plus violente encore que celle qui résultait de la baisse drastique des salaires ouvriers du « centre », il était possible de dégager des miettes pour l’aristocratie ouvrière, c’est à dire les cadres du mouvement ouvrier. Ceux-ci s’étaient recrutés dans la catégorie des ouvriers qualifiés, syndiqués les premiers, et par conséquent au cours de cette crise pendant laquelle la baisse drastique avait été, malgré des révoltes ici ou là, globalement supportée, le patronat le plus concentré s’était trouvé en mesure de régler momentanément la crise en maintenant voire en augmentant son profit sans provoquer d’explosion sociale. Par exemple, dans l’Italie qui connaissait une situation sociale explosive, la crise sociale majeure fut esquivée par une émigration massive (jusqu’au million de départs annuels) , comme l’ont montré un certain nombre d’historiens, dont Vera Zamagni, c’était la fuite, l’émigration ou la révolution (Vera Zamagni, Dalla periferia al centro: la seconda rinascita economica dell’Italia 1861-1981, Bologna, Il Mulino, 1990). Cela n’a donc pas été la révolution mais l’émigration : des millions d’Italiens privés de terres ont fui, ce qui a constitué par conséquent un moyen de maintenir les miettes pour l’aristocratie ouvrière. Lire la suite »

L’Historien Jacques Pauwels : «Il fallait conquérir ou sauvegarder des marchés et des sources de matières premières»

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L’Historien Jacques Pauwels D.R.

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Mohsen Abdelmoumen : Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un travail de mémoire sérieux a-t-il été effectué en Europe occidentale ?

Jacques Pauwels : En Europe occidentale et dans le monde « occidental » en général, c’est-à-dire non seulement dans des pays comme la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne, mais aussi aux États-Unis et au Canada, d’innombrables historiens et journalistes se penchent depuis des décennies sur le thème, toujours actuel, de la Deuxième Guerre mondiale. Le résultat : un gigantesque et interminable tsunami d’articles, livres, et documentaires – et il ne faut pas oublier les productions hollywoodiennes, telles que ‘La liste de Schindler’ et ‘Valkyrie’, qui sont inspirées par des faits historiques et dont le public croit par conséquent qu’on peut y apprendre d’importantes leçons historiques. Or, tandis que l’on ne peut certainement pas se plaindre de la quantité de ces « travaux de mémoire » du courant dominant ou mainstream, comme on dit en anglais, la qualité est généralement loin d’être satisfaisante. Tout d’abord, le message est presque toujours le même : la Deuxième Guerre mondiale fut « la guerre d’Hitler ». En autres mots, c’était une guerre voulue et déclenchée par un monstre, Hitler, assisté par une poignée d’autres « gangsters » nazis tels que Goering et Goebbels, qui avaient su séduire le peuple allemand. Mais qui était cet Hitler, qui a aidé à le placer au pouvoir, quels intérêts représentait-il? Qui a soutenu le fascisme, dans ses variétés allemande et autres, et qui furent les bénéficiaires du régime nazi en Allemagne et dans les autres pays où des régimes fascistes purent accéder au pouvoir ? Ce genre de questions n’est jamais posé dans l’historiographie « occidentale » du courant dominant sur la Deuxième Guerre mondiale ; on n’y trouve presque jamais une analyse sérieuse du phénomène du fascisme en général, et du fascisme allemand, c’est-à-dire du soi-disant « national-socialisme » ou nazisme, en particulier. La raison : une telle analyse révélerait les liens entre le fascisme et le capitalisme, et cela non seulement en Allemagne. Une telle analyse révélerait également comment les capitalistes allemands ont en fait voulu une guerre et ont aidé à installer Hitler au pouvoir parce qu’ils pouvaient compter sur lui, d’abord pour réarmer le pays, ce qui fut pour eux un business extrêmement lucratif, et ensuite pour déclencher la guerre de conquête et de rapine dont ils rêvaient. Et il est évident qu’ils rêvaient surtout d’une guerre contre l’Union Soviétique, non seulement un pays de possibilités illimitées en termes de matières premières dont l’industrie allemande avait besoin, mais également la grande source d’inspiration et d’encouragement pour les adversaires naturels des capitalistes allemands, à savoir les nombreux communistes et autres anticapitalistes du pays.  Lire la suite »

La banane, l’émir, les cancrelats et le big brother

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Le changement opéré ces derniers jours au Qatar, et qui s’est déroulé dans la plus pure tradition du théâtre shakespearien, n’est ni une passation paisible du pouvoir ni un renoncement de la part de l’émir. Ce n’est ni plus ni moins qu’une destitution comme ce fut le cas pour l’émir paternel de celui qui cède sa place aujourd’hui. Au Qatar, le coup d’Etat est congénital. Malgré tout, la lecture que nous offrent certains lobbies de mèche avec cette dynastie de chameliers illettrés voudrait que dans ce micro-Etat, on renonce facilement au pouvoir. «Les hommes doivent souffrir leur départ comme leur venue ici-bas ; le tout est d’être prêt», disait Shakespeare. Est-ce que l’émir déchu Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani était prêt à disparaître de l’échiquier politique ? Que semblent nous dire ceux qui sont derrière le coup d’Etat au palais qatari ? Plusieurs réponses s’offrent à nous. Tout d’abord, le big brother américain semble opter pour l’effacement d’empreintes par rapport à tout ce qui est lié aux conséquences du simulacre de «printemps arabe» qui n’a rien ramené de démocratique. Bien au contraire, il a enfoncé le monde arabe dans les abîmes des ténèbres des Frères musulmans et des islamistes. Donc, les USA essaieraient de rectifier le tir en direction de leurs partenaires islamistes en procédant au ravalement de la façade qatarie, axe central de la métamorphose des régimes opérée lors des coups d’Etat que je nommerais «populaires» de 2011. Lire la suite »

Quand la Télévision belge vante les «conquêtes coloniales» de la Légion étrangère en Algérie

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La Légion étrangère : des mercenaires au service de la France coloniale. D. R.

Comme tout citoyen intéressé par l’histoire politique de son pays, j’ai regardé, ce 21 juillet, la retransmission télévisée de l’abdication du roi Albert II et de l’accession au trône de Belgique de son fils Philippe, faits marquant ce jour de fête nationale belge, sur la chaîne nationale francophone. Quels que soient mon opinion sur le bien-fondé d’une monarchie plutôt qu’une république en Belgique et mon degré de sympathie à l’égard des personnes de la famille royale, il me semblait naturel d’être directement informée de cet évènement majeur de la vie politique belge, via la RTBF qui avait consacré la journée à couvrir le Te Deum, la passassion de pouvoir, la prestation de serment, le salut au balcon, le défilé militaire, et la soirée festive, ponctués bien entendu par les états d’âme des nombreux badauds qui scandaient «Vive le Roi ! Vive la Reine !», hilares sous un soleil de plomb et dans une chaleur écrasante. J’ai supporté stoïquement les commentaires populistes des «journalistes» dépêchés en plusieurs endroits stratégiques de la capitale, l’interview du couturier des reines et des princesses décrivant en long et en large le choix des tissus et la couleur des robes, le débat des invités en studio sur l’intensité des baisers échangés sur le balcon par le nouveau couple royal, mais j’ai risqué la crise cardiaque lorsque l’un des reporters nous a qualifiés, nous, citoyens belges, de «sujets» du nouveau roi, comme à l’époque du Moyen-Age. Et dire que l’école de journalisme belge a été l’une des plus réputées au niveau international… J’ai eu une pensée fraternelle pour le député communiste wallon Julien Lahaut en me rappelant son «Vive la République !» qu’il avait lancé avec ses camarades en plein parlement lors de la prestation de serment du roi Baudouin Ier, le 11 août 1950. Quelques jours plus tard, le grand résistant et syndicaliste Julien Lahaut, celui que ses compagnons de captivité dans les camps nazis surnommaient «l’homme qui avait le soleil dans sa poche», était assassiné sur le pas de sa porte par deux individus qui n’ont jamais été identifiés. Lire la suite »

Le DRS se réorganise face à la subversion

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Le profil des commandants récemment promus aux différentes directions de la DCSA, de la DSI et de la DDSE nous renseigne sur la capacité d’adaptation de notre pays aux nouveaux enjeux liés à la subversion interne. Jusqu’ici, la priorité portait sur la lutte contre le terrorisme et ses réseaux, dirigée par des hommes de valeur, les généraux-majors Tartag, Djebbar et Lallali, mais d’autres défis surgissent désormais pour nos services sécuritaires. La nécessité d’une lecture s’impose loin des récentes et intenses spéculations qu’a connues la scène médiatique embourbée dans une interprétation politicienne et obéissant davantage aux intérêts des clans plutôt qu’à une vision s’inscrivant dans la stratégie. La presse a fait, à cette occasion, un ratage monumental et s’est fourvoyée dans des méandres marécageux en se substituant aux partis politiques ; elle doit faire son autocritique, retrouver sa vigueur d’investigation et se consacrer à son rôle premier qui est d’informer le citoyen. La mise au point sans appel de l’ANP à travers El Djeich a d’ailleurs mis fin aux commérages avec, entre autres, cette phrase cinglante : «L’ANP, qui a toujours été le rempart sur lequel se sont brisées toutes les convoitises et manœuvres, a apporté sa contribution décisive à la sauvegarde de la République, lui évitant de sombrer dans le terrorisme barbare.»

Il est à remarquer que les nouveaux généraux-majors ont tous un parcours très pointu et connaissent fort bien les ramifications des cercles anti-algériens, que ce soient des ONG ou des associations liées à des forces structurées qui visent la stabilité de l’Algérie, menaçant sa sécurité en instrumentalisant des partis politiques, des associations et même des médias. A titre d’exemple, on peut citer le récent voyage au Qatar d’Abderrezak Mokri, nouveau chef du MSP, l’aile algérienne de la confrérie des Frères musulmans, au cours duquel il a rencontré l’ancien dirigeant du FIS, Abassi Madani, assassin et criminel notoire, suivi par sa rencontre en Jordanie avec le représentant de Freedom House, où ce dernier lui a octroyé des fonds pour son parti. Il est inutile de rappeler que le financement d’un parti politique par une organisation étrangère constitue une violation de la loi. Ajoutons à cela la dernière sortie de Benjamin Stora, dans l’édition du 26 septembre de Jeune Afrique, où il a déclaré, suite à son éviction de l’exposition sur Albert Camus prévue à Aix-en-Provence, qu’elle avait été court-circuitée par le lobby des nostalgiques de l’Algérie française qui, d’après ses propos, n’a jamais désarmé. Rappelons, au sujet de Camus, que notre grand écrivain Kateb Yacine disait de lui qu’il ne connaissait de l’Algérie que les plages de Tipasa. Lire la suite »