Non, nous ne voulons pas faire votre interview, Monsieur Kissinger !

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Henry Kissinger. D.R.

Dans le souci d’effectuer au mieux notre travail en donnant la parole à diverses personnalités, même à celles pour lesquelles nous n’éprouvons pas de sympathie – cela s’appelle la déontologie journalistique -, nous vous avions sollicité pour une interview dans le but d’obtenir votre témoignage sur votre longue carrière d’homme politique qui a marqué l’Histoire, même si ce n’est pas dans le bon sens du terme. Après avoir ignoré longtemps nos sollicitations, nous avons reçu votre réponse lénifiante qui nous félicitait pour notre professionnalisme, mais qui n’était rien d’autre qu’un moyen de vous esquiver comme vous l’avez fait toute votre vie. Bien que vous nous ayez remerciés pour notre travail d’investigation, en regard de votre parcours, nous nous demandons s’il s’agit d’un compliment ou d’une insulte à notre égard et à celui de nos lecteurs. Votre refus ne nous étonne pas car nous connaissons votre faculté à vous soustraire aux questions embarrassantes. Le juge chilien Juan Guzman l’a bien compris aussi, puisque vous n’avez jamais voulu répondre aux trente questions concernant vos liens avec Pinochet qu’il vous a soumises. Quant à la citation à comparaitre que vous a adressée un juge français lors d’un de vos séjours à Paris, vous avez préféré fuir la France plutôt que d’y répondre. Il semble que les juges et les collectifs vous pourchassent à travers la planète pour crimes de guerre. Comment se fait-il que vous soyez toujours en liberté alors que vous êtes recherché dans plusieurs pays ?

Relatons les faits qui vous sont reprochés. Commençons par vos liens avec la famille Rockefeller quand vous souteniez la candidature à la présidentielle en 1968 de votre ami et mentor Nelson Rockefeller qui avait des liens privilégiés avec la CIA puisqu’il a supervisé ses opérations secrètes en prenant la tête de l’Operation Coordinating Board (OCB) et qui avait déjà été chargé du poste de sous-secrétaire d’Etat pour promouvoir la culture nord-américaine en Amérique latine. Plus que les Nazis réfugiés en Amérique du sud, il redoutait l’URSS et les communistes. Est-ce lui qui vous a inculqué le goût des réunions cachées et des opérations criminelles contre tous les progressistes de cette planète? Votre ami évincé, vous avez été recruté par le nouveau président Nixon, et c’est à cette époque que l’on voit votre accession à un poste de contrôle inégalé avec un pouvoir total sur la politique étrangère des Etats-Unis, en relation directe avec la CIA, le Pentagone, le chef d’Etat major, le département d’Etat, bref, vous dirigiez à la fois la diplomatie et la politique militaire. C’est alors que vous décidez de  conduire des bombardements secrets au Cambodge en 1969, sans l’aval du Congrès des Etats-Unis. Pour reprendre vos propos : « Notre but est d’obtenir qu’il y ait un intervalle décent entre le retrait des troupes américaines et le viol de la première vierge » (sic !). Ces bombardements massifs ont tué des centaines de milliers de civils (3600 missions secrètes en 14 mois et 110 000 tonnes de bombes larguées) et ont été nommés « Opération Menu », dont les raids meurtriers étaient appelés cyniquement « Petit-déjeuner », « Casse-croûte », « Dîner », etc. Vous avez instauré le système des double-rapports destiné à dissimuler les attaques aériennes, vous avez financé le coup d’Etat contre Sihanouk, la prise de pouvoir de Lon Nol, et conduit l’invasion du Cambodge ainsi que les bombardements du Nord Vietnam alors que des accords de paix avaient été conclus deux mois plus tôt (129 bombardiers ont déversé 40 000 tonnes de bombes sur le Nord Vietnam pendant 11 jours).

Auparavant, alors que vous étiez encore conseiller du président Johnson (en même temps qu’agent du candidat Nixon), vous avez manœuvré pour saboter les accords de paix sur le point d’être conclus en 1968 à Paris entre les deux Vietnam et les Etats-Unis, et avez ainsi prolongé de plusieurs années une guerre dévastatrice qui a tué des millions de Vietnamiens, de Cambodgiens, et des dizaines de milliers de soldats Américains, vous avez réduit le peuple du Cambodge à la famine et favorisé l’émergence des Khmers rouges. Lorsque des articles de presse ont commencé à dévoiler vos opérations secrètes au Cambodge, vous n’avez pas hésité à mettre les journalistes sur écoute, ce qui a mené directement à mettre en place les célèbres « plombiers » du Watergate, l’équipe secrète de la Maison Blanche censée empêcher les fuites, ce qui a entraîné la démission de Nixon. L’une des rubriques du dossier de son « Impeachment » traitait de la dissimulation au Congrès des bombardements au Cambodge. Le ministre de la Justice John Mitchell et d’autres membres de l’administration Nixon ont fait de la prison, mais vous, l’instigateur de ces trahisons envers votre nation, meurtrier de masse, génocidaire, menteur, dissimulateur, manipulateur, avez réussi à vous en tirer plus blanc que neige. Plus tard, dans l’administration Ford, vous avez sur la conscience votre complicité dans le génocide commis contre le peuple du Timor oriental par le régime sanguinaire de Soeharto que vous avez soutenu, encouragé et armé, bien sûr en trompant toujours le Congrès quant à la destination des armes que vous fournissiez à l’Indonésie, vendues au régime fasciste indonésien pour sa défense et non pour une invasion. En plus de massacrer le peuple timorais (plus de 200 000 morts sur une population inférieure à un million), votre ami dictateur a exterminé plus d’un million de ses concitoyens, toujours avec votre bénédiction.

Parlons maintenant de l’Opération Condor. Vous avez ordonné en octobre 1970 l’assassinat par vos sbires de la CIA du général René Schneider, chef de l’armée chilienne, considéré comme le principal obstacle au coup d’Etat militaire du sinistre Pinochet au Chili. Votre attaché militaire à Santiago, Paul Wimert, a reçu 250 000 dollars pour préparer l’opération et payer les tueurs du général Schneider. Le 9 septembre 1973, votre ami Pinochet a pris le pouvoir et a tué le président Salvador Allende ainsi que des milliers de Chiliens. Vous avez soutenu et placé des dictatures sanguinaires non seulement au Chili, mais en Argentine, en Uruguay, au Paraguay, au Panama, en Bolivie où vous avez organisé la traque et l’assassinat d’Ernesto Che Guevara, et vous avez offert un soutien sans faille à la junte militaire du Brésil, les peuples de ces pays étant martyrisés par les escadrons de la mort responsables des détentions secrètes, des assassinats, des disparitions, et des « vols de la mort ». En fait, vous avez toujours été très proche des pires crapules qui polluent cette planète, et voici que des documents déclassifiés publiés ce 1 octobre relatent votre intention d’envahir Cuba et d’écraser celui que vous qualifiez « d’avorton », à savoir Fidel Castro, lorsque les Cubains sont allés aider l’Angola envahi par l’armée sud-africaine que vous souteniez. Cet « avorton », comme vous dites, a réussi à échapper à 638 tentatives d’assassinat et, malgré l’embargo crapuleux que les Etats-Unis exercent sur Cuba depuis 1962, a doté son peuple d’un enseignement de qualité et d’une médecine de pointe, tout en aidant les peuples frères dans le besoin en envoyant notamment des équipes médicales dans divers pays. Castro a transformé Cuba, l’ancien lupanar de la pègre américaine, en nation autonome où la mortalité infantile est la plus basse du monde, où tout le monde mange à sa faim, se soigne et jouit d’un enseignement gratuit, malgré le blocus que les USA lui imposent. En fait, Fidel Castro a donné à son peuple tout ce que le gouvernement des Etats-Unis n’offre pas à ses citoyens.

Et dire que vous avez obtenu le prix Nobel de la Paix, vous qui avez causé la mort de plusieurs millions de personnes à travers le monde. Avez-vous déjà comptabilisé tous les cadavres d’enfants, de femmes, de vieillards, de jeunes hommes en pleine force de l’âge, massacrés à cause de votre politique criminelle et de votre goût du pouvoir? Viennent-ils vous hanter dans vos moments de solitude ? Vous n’êtes pas seulement un criminel et un assassin de masse, vous êtes l’incarnation de l’ennemi n° 1 de l’Humanité. On a abattu Dillinger pour bien moins que ce que vous avez fait.

Votre implication dans l’opération 9/11-Anthrax où, sous les ordres de Dick Cheney, vous avez été nommé par George W. Bush chef de la Commission d’enquête sur les attentats, pardon, disons plutôt la Commission de dissimulation des éléments troublants du 11 septembre 2001 commence à voir le jour. Il est étrange que leWashington Post ait publié un article dans lequel il était annoncé que le fils du général René Schneider vous attaquait en justice pour l’assassinat de son père, juste le 11 septembre 2001. Evidemment, les événements qui se sont déroulés se jour-là ont éclipsé toute autre information. Un mot-clé revient souvent, accolé à votre parcours de 25 ans de pouvoir : « dissimulation ». En tous cas, connaissant votre goût pour les coups d’Etat, et en particulier le 11 septembre, les familles des victimes du 11/9/2001 se sont élevées contre votre nomination à la tête de la commission et vous ont contraint à démissionner. Vous avez été remplacé par Philip Zelikow, adepte fervent des guerres « préventives ». Pouvez-vous nous donner une explication concernant vos propos : « Ce qui est illégal nous le faisons sans plus attendre, ce qui est anticonstitutionnel est un peu plus long » ? (sic). Comment qualifiez-vous l’opération 9/11-Anthrax ? La jugez-vous seulement illégale ou anticonstitutionnelle ? Ou les deux à la fois ? Comment peut-on définir vos échanges avec Zbigniew Bzrezinski et vos amis néocons Paul Wolfowitz, Richard Perle dit « le Prince des Ténèbres » qui avait demandé à l’apéro un nouveau Pearl Harbor en 2000, et qui l’a obtenu en 2001, ou encore Scooter Libby, Douglas Feith, Dov Zakheim, et Cie, tous responsables de la destruction de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Somalie, du Soudan, de la Libye, de la Syrie, dans un programme planifié et révélé par le général Wesley Clark, qui consistait à détruire 7 pays en 5 ans au plus grand bonheur d’Israël ?

Comment vont vos amis du Project for a New American Century (PNAC) ? Avez-vous obtenu assez de sang ou vous en faut-il encore davantage ? Nous aimerions savoir où vous en êtes, vous et votre copain Bzrezinski, dans vos conversations de vieux séniles planqués dans vos palaces luxueux. Quel est le programme du jour ? L’extermination du peuple iranien, voire la destruction d’un autre pays ? Non, vraiment, ce n’est pas la peine d’interviewer un énergumène tel que vous, car les crimes innombrables qui ont jalonné votre carrière sont plus éclairants que tous vos mensonges. En bon soldat du capital et stratège du néo-conservatisme, vous ne connaissez aucune limite. Pour vous et vos semblables, la caste des 1% qui dirige le monde, tout est permis. Le pouvoir est « l’aphrodisiaque ultime » (sic), n’est-ce pas Monsieur Kissinger ? Votre agenda est rempli de rendez-vous avec des peuples à exterminer pour les beaux yeux d’Israël, car vous êtes un éternel sioniste qui se battra jusqu’à son dernier souffle pour la paix et la prospérité de l’Etat sioniste. Le président Kennedy avait compris et critiqué le poids du lobby sioniste, il l’a payé de sa vie. Vous devriez savoir qui a assassiné les Kennedy et pourquoi, vous la véritable boîte noire de l’Empire. Vous partagez avec Edgar Hoover, dit la « chochotte », la même aura nauséabonde de toute l’histoire des Etats-Unis. Nul besoin d’attendre cinq ans après votre disparition pour connaître vos méfaits, ainsi que vous l’avez stipulé en offrant vos documents officiels à la bibliothèque du Congrès, nous savons déjà à quel point votre âme est sombre.

Vous êtes passé maître dans la manipulation et la dissimulation, et toutes les interviews que vous avez accordées ne sont qu’une série de diversions, car vous êtes un spécialiste de l’art de noyer le poisson. On vous sait rétribué grassement par des think tanks et autres instituts stratégiques qui sollicitent vos derniers neurones à propos de la troisième guerre mondiale. Certains s’empressent même, dans les médias mainstream, de décrocher une exclusivité, et pourquoi pas la date de la prochaine guerre ? Face aux milliers de progressistes que vous avez exterminés, face au sourire de Che Guevara qui vous hantera jusqu’à votre dernier soupir, vous, le mourant ambulant qui s’est pris dans son propre piège, vous assistez avant de partir à la faillite de votre système capitaliste qui se mord la queue. Detroit est en faillite, à l’abandon, elle n’a pas d’eau courante, ne peut plus payer ses pompiers, ses ambulanciers, ses ouvriers de la voierie, et ce n’est pas dû à une invasion des légions marxistes ou à un siège de Staline. C’est le système dans lequel vous avez placé votre foi qui s’écroule comme un château de cartes, et vous avez beau ramener des réformateurs à toutes les sauces, le processus est inéluctable : le système capitaliste agonise. Comme vous. Aujourd’hui, Nicolas Maduro, le président du Venezuela et hériter direct de l’inoubliable Hugo Chavez que vous avez essayé d’éliminer à plusieurs reprises, est reçu par la population du Bronx où il est accueilli avec reconnaissance pour l’aide vénézuélienne offerte aux déshérités de ce quartier pauvre de New York et pour le modèle qu’il représente aux yeux d’un peuple que vous avez abandonné avec indifférence. Toute l’Amérique latine vit sous des gouvernements progressistes, elle a réussi à s’affranchir de votre joug fasciste, voilà l’échec personnel de Henry Kissinger qui mourra seul face à ses actes ignobles et qui rejoindra dans la mémoire collective tous les Papa Doc, les Bébé Doc, les Pinochet, les Batista, les Soeharto et autres raclures fascistes de l’Empire. L’Amérique latine est aujourd’hui libre et progressiste, malgré vos innombrables réunions secrètes, vos manigances, vos paramilitaires et vos escadrons de la mort. Alors, si je regrette d’avoir raté des interviews avec un Jacques Vergès que la mort a fauché trop vite, je n’ai aucun scrupule à vous dire que vous offrir une tribune serait un autre assassinat de masse contre les peuples que vous avez massacrés au cours de votre carrière de criminel génocidaire. Vous réussirez à fuir les tribunaux comme vous le faites depuis des années, à l’instar de vos amis néocons, mais chaque fois que vous vous regardez dans un miroir, vous y voyez le visage d’un assassin ennemi de la vie. Pour le reste, nous vous laissons avec vos héritiers qui attendent votre décès pour pouvoir dilapider vos diamants de sang, vos palaces peuplés de fantômes et vos comptes en banque souillés par les larmes de vos victimes. Personne ne vous pleurera, Henry Kissinger. Vous et votre ami Bzrezinski, vous les fossoyeurs des peuples et des nations, criminels sionistes, malgré les milliards que vous avez engrangés en exterminant des nations, vous avez du mal aujourd’hui à changer vos couches. Dites-nous, quel est votre « aphrodisiaque ultime » en ce moment ? Quand vous mourrez enfin, usé jusqu’à la corde, le cerveau en bouillie, la Maison Blanche fera un communiqué dans lequel elle rendra hommage à votre mémoire putride et saluera vos actions « patriotiques ». Savez-vous pourquoi on recrute des spins doctors tels que vous ? Ce n’est pas parce que vous êtes des génies ou des grands savants, c’est juste parce que vos présidents ont une moëlle épinière à la place du cerveau. Bref, Monsieur Kissinger, vous faites le plus vieux métier du monde, puisque vous avez toujours tapiné pour l’Empire. Après votre enterrement, vos héritiers se précipiteront chez le notaire pour se partager la cagnotte comme des vautours, car quelles valeurs avez-vous inculquées à votre famille sinon celles du gain et du capital ? Et votre fils cadet toxicomane invétéré dilapidera son héritage en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. C’est ça, la production de la maison Kissinger. En attendant, vous traînez péniblement votre vieille carcasse douloureuse quand des rêveurs révolutionnaires sont partis trop tôt à la fleur de l’âge pour une idée.

La terre se portera mieux sans vous, Monsieur Kissinger, soyez-en sûr. Il vous reste juste quelques mois à végéter entouré de vos médecins qui ont du mal à soigner vos maladies multiples. Quant à nous, même si nous sommes peu nombreux, nous vous survivrons, et nous triompherons par l’idée et non pas par la baïonnette. Nous serons plus forts que vos drones, vos F16, vos mercenaires et vos missiles, car nous portons le projet de vie, de solidarité et de fraternité, un projet dont vous êtes la négation. Le jugement de l’Histoire départagera celui qui a voulu élever l’Homme du stade de la bête et celui qui a voulu le transformer en loup pour son prochain. Enfant gâté du système capitaliste, vous payerez vos actes ignobles avec le mépris des générations futures, comme vous payez à présent en tant que stratège du chaos qui, au bout de sa vie, assiste impuissant à l’écroulement de tout ce qu’il a construit en vendant son âme au diable. Les peuples se réveillent, le vent de la révolte se lèvera partout et défiera tous les Kissinger abjects qui ont pollué la planète Terre. La fin du capitalisme et de l’impérialisme se profile à l’horizon. Au nom des peuples que vous avez exterminés, au nom de nos frères massacrés par l’Empire et par votre acharnement à combattre tout ce qui est progressiste à travers le monde, je vous souhaite de griller en enfer en compagnie de tous vos amis fascistes. Et personnellement, j’irai pisser sur vos tombes à vous et vos pareils. Considérez cet article comme mon éloge funèbre anticipatif. Le corbillard n’est pas loin, préparez-vous.

Mohsen Abdelmoumen

Published in Oximity, on 6/10/2014: https://www.oximity.com/article/Non-nous-ne-voulons-pas-faire-votre-in-1
and in Whatsupic:http://fr.whatsupic.com/sp%C3%A9ciale-usa/1412594112.html

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