Interviews

Prof. Martin E. Jay: « Hélas, nous vivons tous maintenant dans une zone de guerre »

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Prof. Martin E. Jay. DR.

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Mohsen Abdelmoumen : Vous avez écrit “Marxism and Totality: The Adventures of a Concept from Lukacs to Habermas”. Pourquoi,  d’après vous, la totalité a-t-elle été au centre de la pensée des premiers philosophes marxistes tels que Lukács, Korsch, Gramsci et Bloch?

Prof. Martin E. Jay : La catégorie de la totalité, dont l’importance pour la théorie marxiste a été soulignée par Lukács dans Histoire et Conscience de classe (1923), a été introduite pour surmonter le rôle exagéré donné à l’économie par le traditionnel, deuxième internationale marxiste. Bien que sous le capitalisme, l’économie en tant que sous-sphère distincte de la société dans son ensemble ait joué un rôle exorbitant, elle n’a jamais été simplement une « base » ou « sous-structure » dont une « superstructure » de culture, politique, religion, etc. était entièrement dépendante. Plus important encore, dans la transition à l’écart du capitalisme, dont les théoriciens que vous mentionnez espéraient qu’elle était réellement en train de se produire, l’autonomie relative de la culture et de la politique dans la totalité des relations sociales pourrait se développer. Lire la suite »

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Étienne Chouard : «Les Gilets Jaunes constituants lancent un appel à toute l’humanité.»

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Etienne Chouard. DR.

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Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre manifeste très percutant « Nous ne sommes pas en démocratie ! », vous faites un constat pertinent. N’est-ce pas plutôt une ploutocratie ?

Etienne Chouard : Oui, tout-à-fait. Nous sommes en ploutocratie et cela depuis deux cents ans, depuis les révolutions anglaise, américaine, française, depuis l’avènement du gouvernement représentatif qui désigne les acteurs politiques par la procédure de l’élection parmi des candidats qu’on peut aider. Cette procédure, puisqu’on peut aider, donne tout le pouvoir – car quand on a gagné les élections on exerce tout le pouvoir pendant le mandat – à ceux qui ont le plus les moyens d’aider, c’est-à-dire les plus riches. Lire la suite »

Dr. Tomasz Pierscionek : «Le capitalisme est un système défaillant incapable de résoudre les grands problèmes mondiaux»

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Dr. Tomasz Pierscionek. DR.

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Mohsen Abdelmoumen : Vous avez travaillé sur le thème de la gauche occidentale. D’après vous, peut-on dire que cette gauche est en crise ?

Dr. Tomasz Pierscionek : La dernière décennie d’austérité, qui a vu les riches s’enrichir aux dépens de tous les autres et a montré que le capitalisme est un système défaillant incapable de résoudre les grands problèmes mondiaux offre à la gauche l’occasion de présenter des programmes alternatifs bénéficiant à la majorité plutôt qu’à une minorité riche et puissante. En Europe occidentale et aux États-Unis, touchés par des années d’endoctrinement sur les «échecs» du socialisme, les politiciens de gauche et les partis ouvriers ont fait preuve de prudence pour ne pas paraître trop gauchistes et ont été confrontés à la colère des riches et de leurs auxiliaires des médias. Ce faisant, ils ont échoué à prendre conscience du potentiel de la gauche pour expliquer et défendre les idées socialistes et défier directement le capitalisme. Loin d’être marxistes, diabolisés par les médias, les dirigeants de la gauche occidentale ont adopté les idées mal dégrossies de la gauche du centre social-démocrate, par exemple : bricolons sur les bords du capitalisme et lissons ses parties les plus rugueuses tout en laissant ses principes fondamentaux inchangés. Lire la suite »

Le Dr. T. J. Coles : « Contrairement à la guerre, la paix n’est pas une activité rentable »

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Dr. T. J. Coles. DR.

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Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre magistral « Britain’s Secret wars« , vous démontrez la face cachée de la politique britannique et son implication directe dans des conflits majeurs via ses services de renseignement. Ne pensez-vous pas que la Grande Bretagne est responsable, comme son allié les USA, du chaos qui règne dans des zones comme le Moyen Orient et le Sahel ?

Le Dr. T. J. Coles : Oui. La Grande-Bretagne a des responsabilités à la fois historiques et contemporaines dans une grande partie du carnage au Moyen-Orient, en Asie centrale et ailleurs. Il y a différents degrés de responsabilité. Lorsqu’un gang commet un crime, par exemple un meurtre et un vol à main armée, chaque membre du gang est condamné par un tribunal en fonction de son degré de participation au crime. La personne qui a appuyé sur la gâchette est le meurtrier, son associé est le complice, etc. Le même principe s’applique ou, si nous nous soucions de moralité, devrait s’appliquer aux affaires internationales. À l’heure actuelle, les États-Unis sont la superpuissance mondiale. Ils assument donc l’essentiel de la responsabilité pour envahir l’Afghanistan, lancer des drones sur des Pakistanais, des Somaliens et des Yéménites, envahir l’Irak et utiliser des terroristes par procuration en Syrie et en Libye. Lire la suite »

Sam Pizzigati : «Un nouveau militantisme syndical fait son apparition»

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Sam Pizzigati. DR.

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Mohsen Abdelmoumen : Comment expliquez-vous que face à l’offensive ultralibérale sans précédent, on remarque un mouvement ouvrier et des syndicats affaiblis ?

Sam Pizzigati : Aux États-Unis, depuis les années 1920, et en particulier dans le secteur privé, les syndicats n’ont jamais été aussi faibles qu’ils le sont aujourd’hui, selon les critères habituels de mesure de la force syndicale. Seulement 7% des travailleurs du secteur privé sont affiliés à un syndicat. Ces chiffres suggèrent que parmi les grandes entreprises américaines, les syndicats du secteur privé n’existent presque plus. Lire la suite »

Mike Ferner : «C’est en raison de notre manque de démocratie que la politique étrangère des États-Unis est si militariste et destructrice»

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Mike Ferner. DR.

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Mohsen Abdelmoumen : D’après vous, les États-Unis d’Amérique sont-ils une vraie démocratie ou est-ce un régime ploutocratique ?

Mike Ferner : Les États-Unis n’ont jamais eu l’intention d’être une véritable démocratie.

Tout d’abord, c’est une république, c’est-à-dire des représentants élus, et non pas le peuple directement, qui instituent les lois. Cette disposition a été modifiée quelque peu lorsque certains États ont adopté des lois d’initiative et de référendum, permettant aux citoyens de soumettre directement le projet de loi aux électeurs en obtenant un grand nombre de signatures sur des pétitions. Lire la suite »

Maria Poumier : « L’État juif a une logique mafieuse détestable et pratique le mensonge historique à une échelle inédite »

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Maria Poumier. DR.

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Mohsen Abdelmoumen : Pourquoi, à chaque fois que quelqu’un soutient la cause juste du peuple palestinien, on lui fait subir un véritable lynchage avec des accusations d’antisémitisme, négationnisme, etc. ?

Maria Poumier : Il est évident que les Israéliens ont peur, précisément, que la défense des Palestiniens conduise à remettre en question les mythes fondateurs de la politique israélienne. Et ils savent que c’est une bataille perdue d’avance pour eux. La récurrence de leur férocité contre les Palestiniens, contre les militants occidentaux qui défendent la cause palestinienne, et contre les historiens qui pointent du doigt toutes les fraudes et les chantages pour imposer une version aussi dogmatique qu’incohérente sur l’histoire des persécutions subies par un certain nombre de juifs pendant la Deuxième guerre mondiale, tout cela est de plus en plus voyant. Cette répression valide, globalement, l’idée que depuis le début, l’État juif a une logique mafieuse détestable et pratique le mensonge historique à une échelle inédite : de quoi traîner devant des tribunaux internationaux de nombreuses personnalités politiques israéliennes. Lire la suite »